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Au nom de la liberté d'expression, défendons Hamza Chaoui

05/02/2015 08:27 EST | Actualisé 07/04/2015 05:12 EDT

La liberté d'expression est une vertu dont plusieurs se réclament défenseurs. Il suffit de penser par exemple au slogan « Je suis Charlie » qui entraîna un mouvement de solidarité collective afin de défendre le droit des caricaturistes de dessiner le prophète. En fait, c'est malheureusement dans ces moments-là que l'on estime que la liberté d'expression est très variable aux yeux de tout un chacun. Il ne fit pas rare de lire dans les différentes tribunes ou encore sur internet qu'au fond Charlie Hebdo fut en partie artisan de son propre malheur en cherchant la provocation par ses caricatures politiquement incorrectes.

Si un élan de solidarité se fit entendre pour Charlie Hebdo, qu'en est-il pour la plupart des autres polémistes? La polémique attire rarement la sympathie des masses. Elle divise et s'acharne plus souvent qu'autrement à faire la promotion d'idéologies politiques ou d'idées contraires à la pensée populaire. Il est parfois facile d'avoir une opinion fixe sur un sujet dont la sortie semble être si évidente, alors qu'il est en fait régulièrement nécessaire de décortiquer tout en nuances afin de décisivement accrocher une enseigne aux portes de cette évidence. Il est davantage pernicieux de se refuser d'explorer les différents points de vue de manière pragmatique. Finalement, j'oserais qualifier de dangereux quiconque voulant baliser l'expression d'autrui prétendument pour des considérations de sécurité. Il en va bien souvent de l'incapacité d'apporter l'argumentation nécessaire afin de démontrer l'invalidité d'un point de vue divergeant. Peut-on laisser n'importe qui dire n'importe quoi? Une citation bien connue indique que « la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres ».

La Ville de Montréal votait une motion empêchant l'ouverture du centre communautaire de l'imam Hamza Chaoui puisqu'on juge que celui-ci est un « agent de radicalisation ». Effectivement, la question se pose : au nom de la sécurité publique, doit-on collectivement prendre des actions afin de limiter les tentatives de propagande d'un individu faisant notamment la promotion des « sciences du Coran »? Le potentiel d'influence d'un tel acteur religieux est très certainement à prendre en compte auprès des autorités concernées. Toutefois, qui sommes-nous pour prétendre que le mode de vie occidental doit primer sur un autre mode auprès de ceux qui font ce choix de manière individuelle? Nous revenons donc aux libertés individuelles où la liberté d'être en désaccord profond avec les morales véhiculées par l'islam, au point de trouver qu'elles comportent un anachronisme, s'arrête là où commence la liberté d'y agréer.

À la fin, bien que je souhaite faire du militantisme afin de dénoncer les propos extrémistes d'un tel individu, je souhaite également qu'on lui donne une tribune et de l'exposition médiatique. Certainement, une telle exposition risque d'accélérer le processus de radicalisation d'autres individus souhaitant militer aux côtés de cet imam, mais elle aura surtout pour effet de mobiliser la collectivité dans la prévention, la dénonciation et la coercition des idéaux auxquels il incite. Si nos valeurs communes endossent une autre citation bien connue de Voltaire: «Je défendrai mes opinions jusqu'à ma mort, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez défendre les vôtres», je crois que nous sommes en droit d'espérer que la non-réciprocité - en général - de cette citation ouvrira les yeux de ceux qui seraient tentés de s'abandonner à militer voire même se battre contre ce que véhiculent les Occidentaux.

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