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Révolte-toi !

Dédié aux femmes et aux hommes de culture, aux artistes, aux écrivains, aux animateurs des Cafés littéraires de Kabylie qui résistent à la censure et à la bêtise sans fin ni fond des autorités algériennes.

24/07/2017 10:07 EDT | Actualisé 24/07/2017 10:07 EDT
Mister Sam

Révolte-toi, jeune homme, jeune fille, vieillard au bord de la vie, adolescent grisé par la technologie, sœur des montagnes ou frère de l'exil, toi qui cherches à digérer la trahison des notables, à tourner la page de la République des vaincus, à graver de grandes utopies dans la rocaille et les arbres, dis non à la gouvernance des fous, au bateau qu'on conduit à la dérive ; dis stop à la comédie sans fond, à l'absurde sans margelle, au cirque des assemblées officielles, au long mutisme des invisibles, à la frustration qui croît chez toi et ailleurs, en ville et en campagne, où les forêts s'embrasent avec leurs animaux et les oiseaux ont soif et meurent sur les routes ; indigne-toi contre les pyromanes de l'histoire, contre les ennemis du beau et de l'équilibre ; dis non au mensonge qui se veut grammaire, aux Pinocchios des palais de Justice, aux perruches des casernes, aux roitelets des cimetières ; révolte-toi contre l'arabisation qui étouffe tes ancêtres, contre le prophète qui tue par procuration, contre la religion qui assassine le rêve ; dis non aux princes choisis par la junte, au petit Machiavel cloué à une chaise mécanique, autoproclamé chef à vie ou chef à mort ; dis merde aux cultivateurs de haine, ceux qui crachent sur les réfugiés d'Afrique, ceux qui utilisent la peur comme slogan, ceux qui misent sur hier pour voler le présent ; indigne-toi contre les galonnés en cravate, les docteurs en képi, les diplomates sans talent, les talents sans éthique, les tyranneaux qui volent le sous-sol des Touaregs, les douaniers travestis en vipère, les truands qui se caressent le nombril et qui dansent dans un bordel de luxure ; indigne-toi contre la censure, la vérité divine et la vérité unique, contre ceux qui ferment les agoras et qui ouvrent des prisons, contre ceux qui brûlent les bibliothèques et qui érigent des mosquées ; contre les califes sans culotte, qui enfouissent les dollars dans le corsage des roulures ; dis non à la bêtise, aux prédicateurs de l'apocalypse, à l'École sans raison ni foi, à la haine qui fleurit sur le cadavre d'un État voyou ; indigne-toi contre la connivence des clercs, le consentement des imbéciles, la transe des pleutres ; contre le chacun-pour-soi et le sauve-qui-peut ; révolte-toi, grand jeune, petit vieux, la gamelle est pleine, la colère est fermentée ; sors du café maure, quitte la fourrure de la soumission, crie dans un micro, écris une chanson à la gloire d'un nouveau printemps ; dessine un tigre ivre, marche, débroussaille la route, cherche ton issue, tombe, rampe, retrouve ta dignité, relève-toi, révolte-toi, veille la nuit, cours le jour et sois souverain pour le reste de ta vie.

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