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J'épouserai le Petit Prince

09/06/2014 09:15 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:12 EDT

Il me fait plaisir d'offrir aux lecteurs du Huffington Post Québec la primeur d'un chapitre de mon roman-conte, J'épouserai le Petit Prince (éd. Dialogue Nord-Sud), dont voici le résumé:

Le jour de son neuvième anniversaire, Godia fait l'étrange vœu d'épouser le héros d'Antoine de Saint-Exupéry, le Petit Prince. Face à l'incrédulité de ses parents, elle jure qu'il sera exaucé. Un jour, elle découvre sous un buisson un faucon blessé. Elle l'amène à la maison et le soigne. Guéri, le rapace décide de partir. En guise de remerciement, il propose à son hôte de l'assister dans sa quête. Accrochée à ses ailes, Godia sillonne le monde et croise une galerie de personnages qui vont soit l'aider, soit la décourager.

J'épouserai le Petit Prince se situe à mi-chemin entre le roman merveilleux et le conte philosophique. Les épreuves que traverse l'héroïne sont ponctuées de dialogues piquants et savoureux qui éveilleront les sens de l'enfant comme de l'adulte.

Godia parviendra-t-elle à réaliser son rêve ?

Extrait - Chapitre IV

Nous avons traversé mille mers et mille montagnes sans faire de pause. Nous y avons croisé toutes sortes d'insectes et d'oiseaux : des grives, des hirondelles, des mouches, des aigles, des guêpes, des papillons, des mouettes et des coccinelles. Nous y avons même aperçu des créatures fantastiques : Pégase, le cheval ailé ; Cyclope, le borgne ; Sirène, l'envoûtante. J'ai entendu des sons étranges, des musiques fascinantes. Des minotaures ont beuglé, des griffons ont jacassé, des sphinx ont hurlé...

Fatigués, nous entamons une descente vertigineuse. Nous atterrissons sur le sommet d'un monastère. À l'intérieur, un vieux barbichu, assis en fakir, médite devant un feu. De temps à autre, il oscille la tête tantôt en arrière, tantôt en avant. Il bat avec un morceau de bois un énorme tambour suspendu au toit.

Je pousse doucement la porte. Je marche sur la pointe des pieds. Le faucon me suit.

Je murmure :

- Est-ce le père du Petit Prince ?

- Non, c'est le maître des lieux... Il est aussi mon maître.

- Je te croyais libre...

- Ma liberté a ses limites, comme toute liberté, Godia.

- Donc tu ne voleras pas ?

- Non. Je ne volerai que sur demande. Je suis au service de mon maître. Je suis son messager.

- Tu m'abandonneras ici ?

- Je ne sais pas. C'est le maître qui décidera.

- Est-ce que le maître connaît le Petit Prince ?

- Il n'ignore rien des secrets du monde.

- Penses-tu qu'il m'aidera ?

- Il est gentil. Il ne vit que pour aider les autres. Il suffit d'écouter attentivement ses conseils.

- Je ferai tout ce qu'il me demandera, pourvu qu'il m'aide à retrouver le Petit Prince... Qui l'aide, lui ?

- Dieu.

- Qui t'aide, toi ?

- Mon maître.

Soudain, le vieux donne un dernier coup au tambour et se lève. Il a probablement perçu nos chuchotements. Il a le crâne rasé et les yeux bridés. Il chausse des savates trouées. Je m'accroche à la queue du faucon. Le vieux s'approche. Le faucon pousse un cri, monte sur un perchoir et agite ses ailes. Il est excité.

Le moine me dit avec un large sourire :

- Merci infiniment, mon enfant. Tu as pris soin de mon messager comme personne ne l'aurait fait.

- Il n'y a pas de quoi, maître.

- Tu es une petite fille touchante, Godia.

Il me caresse les tresses et ajoute :

- Tu viens me voir pour exaucer un rêve, n'est-ce pas, mon enfant ?

- C'est exact, maître. Je veux épouser le Petit Prince.

- Ah ! toutes les filles veulent l'épouser. Le Petit Prince est très demandé.

- Savez-vous où il est ?

- Je crois le savoir, Godia.

- Où est sa terre ?

- Très loin d'ici.

- Quel chemin prendre pour aller chez lui ?

- Le chemin pour aller chez le Petit Prince est long, Godia... Il est tortueux... mais fascinant.

- Pourriez-vous me le montrer ?

- J'essaierai, mon enfant.

J'ouvre ma sacoche et en sors le cahier et le crayon.

- S'il vous plaît, dessinez-moi le chemin qui mène chez le Petit Prince.

Le sage dodeline de la tête. Il esquisse un cercle à l'intérieur duquel il trace approximativement les cinq continents.

Je crie :

- C'est une boucle que vous avez dessinée !

- C'est le monde, Godia.

- Euh !...

- Pour rencontrer le Petit Prince, il faut parcourir toute la Terre.

- C'est impossible, maître.

Le sage pose affectueusement sa main sur mon épaule.

- Rien n'est impossible, Godia. C'est l'homme qui rend les choses impossibles, soit par ignorance, soit par paresse. La recette de la victoire, ce n'est pas sorcier : chercher, c'est trouver ; et trouver, c'est gagner.

- Mais comment y arriver ?

- Applique la règle des quatre P : Passion, Patience, Persévérance et Perspicacité.

- Je ne possède aucune de ces qualités.

- Elles sont toutes en toi. Il suffit de les éveiller.

- Comment les éveiller ?

- Il faut que tu croies en toi.

- Comment croire en soi ?

- Il faut croire en la vie et en les autres.

- Comment croire en la vie et en les autres ?

- Ouvre grand tes yeux et dresse l'oreille, Godia. Regarde et écoute. Chaque paysage qui t'entoure mérite que tu l'admires. Chaque son que tu entends vaut une belle mélodie. Apprends à découvrir le monde. Sois curieuse. Ne dis pas que tu connais tout car celui qui se dit connaisseur ignore tout de lui. La vie est un apprentissage quotidien... Que tu dormes ou que tu sois en éveil, rêve. Conduis tes rêves jusqu'au bout. Celui qui rêve a une longueur d'avance sur les autres. Le monde et ses mystères lui appartiennent...

- C'est un peu compliqué tout ça pour moi...

Il pose son doigt sur le dessin.

- Parcours le monde, Godia. Parle avec chaque personne que tu rencontres sur ton chemin. Le Petit Prince est au bout de leurs réponses. Va d'abord dans le Sud, dans le Sahara. Tu y rencontreras un Targui qui vit dans une tente. Il te guidera.

- Comment le convaincre pour qu'il m'aide ?

- Dis-lui la vérité sur ta mission.

- Je ne parle pas sa langue.

- La vérité est universelle. Seul le mensonge est tribal. Quand tu le regarderas, il comprendra. Il lit dans les yeux des enfants.

Il tire d'un coffre une petite statue de Bouddha.

- Tiens cette statue, Godia. Tu la donneras au vaillant Targui qui t'accueillera dans sa tente. Elle portera bonheur aux gens de sa tribu. Une fois chez lui, demande-lui de t'aider.

Il chuchote quelques mots au faucon, va s'asseoir et donne deux coups de bâton à son tambour. Les mains en porte-voix, il chante :

Doutez de tout

Surtout de ce que je vais vous dire...

Le monde est aveugle

Rares sont ceux qui voient...

Je quitte le monastère, agrippée aux ailes du faucon...

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