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Éloge de la simplicité volontaire

Plus nous sommes légers, plus nous sommes heureux.

17/09/2017 08:00 EDT | Actualisé 17/09/2017 08:00 EDT
SrdjanPav via Getty Images
Un jour, ma mère m’a fait remarquer que j’avais beaucoup d’objets inutiles dans mon appartement.

J'ai donné mon téléviseur. Je ne regarde plus les unes de presse et les journaux télévisés. Il s'en dégage trop de violence, trop de clinquant. Je vais au théâtre et au cinéma. Je lis des romans, de la philosophie et de la poésie. J'imite le promeneur solitaire de Rousseau. Je marche dans les bois ou au bord d'une rivière et je médite. J'emprunte le langage des oiseaux, des arbres, de l'eau et des insectes. Je me reconnecte avec la nature. Je rêvasse. Je vais parfois au café. Je prends mon temps. Je regarde les gens courir. Ils sont pressés et stressés. Ça klaxonne. Des enfants, comme des agnelets, attachés les uns aux autres par une corde, sortent d'une garderie. On leur apprend déjà la discipline. On les éduque. Bientôt, ils deviendront grands. Ils feront des études. Ils travailleront. Ils riront et ils pleureront, puis, un jour, ils mourront riches ou pauvres, seuls ou en famille, avec un peu d'amour et un peu de vie.

Je ris du destin de l'homme. Quelle comédie ! Il travaille durant les meilleures années de sa vie avant de prendre sa retraite et d'attendre, usé et déprimé, sur une chaise à bascule, le wagon de la mort. La plus grande partie de son temps est dévorée par le boulot, le transport, le téléphone, les malentendus et le ressentiment.

Une vieille dame m'a dit un soir, alors que j'étais stressé par un projet professionnel et plusieurs engagements que j'avais du mal à honorer : « Si la vie te frappe, ne lui rends pas les coups. » Sa phrase, formulée comme une boutade, m'a beaucoup amusé. Je lui ai répondu avec dérision : « Entendu, je lui offre davantage mon dos ! » Elle m'a répliqué avec une grimace en coin : « Oui, laisse la vie te frapper... jusqu'à épuisement. » « Faut-il aimer la vie malgré les échecs, l'ennui et le mal ? » « Absolument. Nous sommes les invités de la Terre et nous devons l'aimer. La vie, c'est sacré, on l'aime ou on la quitte ! »

J'ai décidé depuis de ne plus empêcher le déroulement naturel des événements.

Cet échange ne m'a pas seulement fait rire, mais il m'a surtout fait réfléchir. Il m'a appris le véritable sens du lâcher-prise. J'ai décidé depuis de ne plus empêcher le déroulement naturel des événements. Non seulement c'est illusoire, mais c'est aussi contre-productif. Le naufragé, pour s'en sortir, ne doit pas résister au courant ; il doit, au contraire, en suivre le sens jusqu'à ce qu'il soit rejeté sur la rive.

J'ai appris aussi à ne plus pester contre le climat. Lorsque je tire le rideau et que je découvre la neige, le verglas, la grisaille ou la pluie, ou peu importe, je les accepte avec le sourire. Un peu comme le footballeur qui bloque le ballon : pour l'amortir, il doit suivre son mouvement, car s'il l'accueille brusquement, il risque de se blesser, du moins servir l'équipe adverse.

Plus nous sommes légers, plus nous sommes heureux.

Un jour, ma mère m'a fait remarquer que j'avais beaucoup d'objets inutiles dans mon appartement. Elle m'a dit que le stress est proportionnel aux futilités que nous traînons avec nous. Plus nous sommes légers, plus nous sommes heureux.

C'est elle qui m'a appris à vivre dans la simplicité volontaire. Je me suis débarrassé des choses encombrantes. Je ne suis pas exigeant : mes vêtements sont sans marque, je n'achète ni produits de beauté ni objets de luxe. Je suis devenu minimaliste, heureux comme un têtard dans un ruisseau.

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