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Message aux usagers du pont Champlain: achetez-vous un char!

19/11/2013 10:31 EST | Actualisé 19/01/2014 05:12 EST

Le ministre des Transports Sylvain Gaudreault a annoncé hier que la voie réservée sur le pont Champlain ne serait pas réinstaurée durant l'heure de pointe du matin, faisant à nouveau volte-face par-dessus sa volte-face de la semaine dernière. Ce faisant, le ministre des Transports envoie un signal clair aux navetteurs de la Rive-Sud : achetez-vous une voiture.

On imagine que les ingénieurs du ministère des Transports du Québec (MTQ) auront su le convaincre que le maintien de la voie réservée au transport collectif au détriment d'une voie pour les automobiles créerait une apocalypse du transport sur la Rive-Sud. La solution est donc de renvoyer les autobus dans le trafic, pénalisant ainsi les 22 000 navetteurs qui ont fait le choix du transport collectif au bénéfice des 6000 navetteurs qui utilisent la même voie en autosolo.

Parce que la voie réservée sur le pont Champlain transporte à elle seule autant de personnes en heure de pointe que les trois autres voies réunies. On avait donc le choix de privilégier le 50% des utilisateurs du pont qui on choisi l'autobus, ou l'autre 50% qui se déplace en voiture. On a décidé de faire attendre les autobus pour laisser passer les autos. Le MTQ a ainsi raté une occasion formidable de favoriser un transfert modal vers les transports collectifs.

Qui s'en surprendra ? Depuis toujours ce ministère, autrefois ministère de la voirie, conçoit sa mission comme celle d'assurer les déplacements d'automobiles. Nous avons bien du ajouter 1000 kilomètres d'autoroutes dans le Grand Montréal depuis une quarantaine d'années avec pour résultat que la ville a pris une expansion totalement incontrôlée, causant une congestion routière aujourd'hui endémique qui coûte annuellement 3 milliards de dollars. Le trop grand nombre de voitures représente la moitié de ces coûts. Depuis 2006, le nombre d'automobiles dans la région croît deux fois plus vite que la population. Le MTQ y voit un problème de croissance de la demande, et il y répond aveuglément en augmentant l'offre routière.

C'est ainsi que le MTQ continue de réaliser 85% de ses investissements dans les routes, et seulement 15% dans les transports collectifs. « Achetez-vous des autos, nous fournissons les routes gratuites ». Et c'est ainsi que le ménage moyen se retrouve à débourser 18% de son revenu disponible, seulement pour le transport, l'auto et l'essence. Presque un dollar sur cinq gagné par les Québécois part en fumée.

Le principal blocage à un virage vers les transports collectifs n'est pas l'automobiliste, c'est le MTQ lui-même. À preuve : il a fallu qu'un viaduc nous tombe sur la tête pour qu'on décide de développer une ligne de train de banlieue sur la Rive-Nord. La ligne existe encore une décennie plus tard et elle ne dérougit pas. « Build it and they will come ». Les automobilistes feront le transfert vers les transports collectifs le jour où ceux-ci seront fiables, confortables et rapides.

Mais on continue d'entretenir le deux poids, deux mesures entre l'auto et les transports collectifs, et ce à tous les niveaux de gouvernement. Le nouveau pont Champlain coûtera la stupéfiante somme de dix milliards : aucun problème. Un train léger sur ce nouveau pont coûtera un milliard pour doubler sa capacité : trop cher. Le train de l'est a d'importants dépassements de coûts : on arrête le chantier. Le coût de l'échangeur Turcot passe de 1,2 à 3,7 milliards : pas de problème. Une ville souhaite développer un service de transport collectif : elle devra assumer 40% des coûts. La même ville veut un prolongement d'autoroute : le MTQ paie tout. Le ridicule ne tue pas, il augmente les budgets du MTQ.

À ce rythme, les coûts de transport vont continuer d'exploser dans le Grand Montréal et la congestion routière ne fera que s'aggraver. Mais le MTQ continue de considérer les usagers des transports collectifs comme des quêteux, des citoyens de seconde zone incapables de se payer une voiture comme tout le monde et auxquels on se contente d'offrir un service minimal. Un peu plus et on les appellerait les « bénéficiaires » du transport collectif.

La perte d'une voie sur le pont Champlain était l'occasion de lancer un signal fort en faveur des transports collectifs. C'est raté. À mesure que les chantiers se multiplieront sur Turcot, Champlain et ailleurs, le MTQ choisira-t-il à nouveau de délaisser les transports collectifs dès qu'il y aura un risque de congestion ? Si c'est le cas, la peinture qui délimitera les centaines de kilomètres de voies réservées promises dans le Grand Montréal n'aura pas le temps de sécher qu'elle sera recouverte pour laisser place à encore plus d'automobiles.

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