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Oklahoma: l'ère des conséquences

21/05/2013 11:30 EDT | Actualisé 21/07/2013 05:12 EDT
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« Nous entrons dans une période de conséquences » - Winston Churchill, 12 novembre 1936

Dans le film Une vérité qui dérange, paru en 2006, Al Gore réagissait à l'ouragan Katrina qui a pratiquement détruit la Nouvelle-Orléans, affirmant que nous étions entrés dans l'ère des changements climatiques, une ère de conséquences et d'inconnu aux impacts environnementaux, financiers et humains d'une ampleur sans précédant dans l'histoire de notre civilisation. La puissante tornade de catégorie EF-5 qui a frappé l'Oklahoma vient nous ramener à la nouvelle réalité climatique. Alors même que les concentrations de gaz à effet de serre dépassent 400 parties par million, un seuil qui n'a pas été atteint depuis 3,2 millions d'années, le climat se dérègle littéralement sous nos yeux. Peut-on encore qualifier de tels événements de catastrophes naturelles?

Les liens entre les changements climatiques et les événements météorologiques extrêmes sont complexes, mais de mieux en mieux compris par la communauté scientifique. Les climatologues s'entendent sur le fait qu'aucun événement météorologique extrême ne peut à lui seul être attribué aux changements climatiques. Il est toutefois de plus en plus documenté que les changements climatiques augmentent le nombre et l'intensité des événements climatiques extrêmes comme les sécheresses, inondations, vagues de chaleur, ou tempêtes.

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Pour expliquer le phénomène, plusieurs scientifiques utilisent aujourd'hui l'analogie d'une partie de dés pipés. Les changements climatiques augmentent la probabilité de tirer des 10, 11 ou 12 lorsque l'on tire les dés. Un peu comme si nous avions peint plusieurs faces avec des 5 ou des 6. Mais certains scientifiques vont désormais plus loin: ils affirment qu'avec l'augmentation des concentrations de GES dans l'atmosphère, nous ajoutons des 7 et des 8 sur les faces de nos dés, ce qui fait qu'il est aujourd'hui possible de tirer des 13, des 14 ou même des 15.

Ces changements à notre réalité climatique sont corroborés par les données des compagnies d'assurances dans le monde. Ainsi Munich Re affirme dans son rapport 2012 que le nombre de catastrophes climatiques a été multiplié par cinq en trente ans en Amérique du Nord, occasionnant des dommages de plus de 1000 milliards de dollars et plus de 30 000 victimes depuis 1981 sur ce seul continent.

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May 2013 Central U.S. Tornadoes (GRAPHIC IMAGES)


Il est donc évident que nous sommes entrés dans une nouvelle réalité climatique. Une période de conséquences comme le disait Churchill. Ironiquement, la catastrophe de l'Oklahoma s'est produite le jour même où la Cour Suprême des États-Unis refusait d'entendre la cause du village de Kivalina, en Alaska, qui souhaitait poursuivre des compagnies pétrolières - dont ExxonMobil - ainsi que des producteurs d'électricité afin de leur réclamer le versement de dédommagements pour les dégâts provoqués par des inondations et l'érosion causées par la fonte de la banquise due au réchauffement climatique. La Cour a jugé qu'il n'était pas de son ressort de se saisir des effets du réchauffement climatique.

Les compagnies pétrolières, gazières et l'industrie du charbon pourront donc poursuivre leur expansion sans être tenues responsables des conséquences climatiques, des pertes économiques et des pertes de vies humaines associées à la pollution atmosphérique. Ces entreprises qui ont investi des milliards de dollars en activités de lobbying pour contrer les efforts de lutte aux changements climatiques, et qui ont même financé des campagnes mensongères niant la menace climatique, pourront également continuer leur travail de sape en toute impunité, sans craindre des incidences financières potentielles pour leurs actionnaires.

Avec des concentrations de gaz à effet de serre qui continuent d'augmenter de manière incontrôlée, les conséquences des changements climatiques vont être de plus en plus sévères, engloutissant des centaines de milliards et des milliers de vies humaines. Devant cet état de fait, les lobbys du charbon, du pétrole et du gaz maintiennent toujours un verrou sur toute action décisive de lutte aux changements climatiques. Cette attitude est non seulement irresponsable : elle est un crime contre les prochaines générations.

Nous avons suffisamment de connaissances scientifiques pour lier le charbon, le pétrole et le gaz à l'accroissement du nombre et de l'intensité des catastrophes naturelles causées par le réchauffement planétaire. Si la Cour Suprême des États-Unis juge que les entreprises pétrolières ne peuvent être tenues juridiquement responsables des dommages causés par leurs activités, elles auront néanmoins à répondre tôt ou tard de leurs actes puisqu'en retardant la lutte aux changements climatiques, elles ont joué un rôle central dans l'aggravation d'une crise dont nous commençons à peine à mesurer l'ampleur.

Dans son discours de 1936, Churchill affirmait que: « L'ère de la procrastination, des demi-mesures, des expédients apaisants et déroutants, des délais, arrive à sa fin. » Il est temps d'entrer dans une ère de responsabilité, une ère où ceux qui bloquent l'action pour protéger le climat sont tenus responsables juridiquement ou politiquement des coûts économiques et humains de leurs actions.

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