LES BLOGUES

Brisons quelques mythes sur Projet Montréal et l'automobile

08/10/2013 12:54 EDT | Actualisé 07/12/2013 05:12 EST

Quel arrondissement de Montréal a réduit la vitesse maximale de la circulation à 40km/h dans les rues résidentielles sur son territoire, a entrepris de diminuer les places de stationnement, prévoit de doubler son réseau cyclable d'ici 2015 et ferme sa plus grande artère commerciale à la circulation automobile trois mois par année ?

Vous répondez certainement : le Plateau Mont-Royal, avec son maire diabolique qui a juré d'éliminer les automobiles et de tuer les commerces dans son arrondissement. Mais non, c'était une question piège. Il s'agit de Montréal dans son ensemble, et plus particulièrement de l'arrondissement Ville-Marie, cœur commercial de la ville.

Pourquoi amorcer ce blogue par un quiz truqué ? Simplement pour démontrer que les mesures de modération de la circulation sont en voie de transformer Montréal, qui suffoque littéralement sous l'effet du trafic de transit dans ses quartiers centraux. Et pour démontrer qu'étrangement, lorsque ces mesures sont initiées par Projet Montréal, on les qualifie de radicales, alors que des mesures similaires initiées par d'autres administrations ne suscitent pas la même controverse. Manque de rigueur, deux poids deux mesures, campagne de salissage ? Je laisse le lecteur juger par lui-même.

À Montréal, comme à New York, Vancouver et Toronto, c'est à la demande des citoyens que la ville a amorcé un virage majeur au cours de la dernière décennie. New York a fermé une partie de Times Square aux automobiles, bâti un imposant réseau cyclable, importé nos bixis. Comme à Montréal, la résistance au changement vient de spin doctors mal informés ou carrément malhonnêtes, comme le Wall Street Journal qui a accusé le maire Bloomberg d'avoir initié un projet communiste en lançant le Citibike. On croirait entendre les détracteurs du Maire Ferrandez. Mauvaise foi et préjugés.

L'idée maîtresse de ces efforts de modération de la circulation est que la ville doit appartenir à ses habitants, pas aux automobiles, et encore moins aux navetteurs qui utilisent nos rues soir et matin.

Prenons l'exemple de mon quartier, Ahunstic. Le Pont Papineau-Leblanc nous amène à chaque matin plusieurs dizaines de milliers de véhicules qui, dès leur arrivée sur l'ile, passent en quelques dizaines de mètres d'une autoroute à une rue résidentielle. Près de chez moi, le boulevard Henri-Bourassa a neuf voies. Neuf voies pour un boulevard urbain dans un quartier résidentiel. C'est autant que le boulevard René Lévesque en plein centre-ville de Montréal. Résultat : mes enfants ne peuvent pas faire de vélo ou jouer dans la rue sans risquer de se faire frapper. Bien sûr, nous avons la piste cyclable sur le boulevard Gouin, mais le soir des automobilistes enragés y roulent à grande vitesse pour rejoindre l'autoroute 19, et je ne laisserais pas mes enfants y circuler.

En résumé, les navetteurs ont priorité sur la sécurité des résidents d'Ahuntsic. C'est sans surprise que notre arrondissement affiche l'un des plus mauvais bilans de sécurité routière de l'Ile de Montréal. Les chiffres de la direction de la Santé publique ne trompent pas : Villeray, Rosemont et Ahuntsic occupent le premier, deuxième et cinquième rang du palmarès peu enviable du plus grand nombre de piétons blessés à Montréal. Le Plateau occupe le huitième rang. En y regardant de plus près, on constate que les accidents se concentrent dans les axes nord-sud où se concentrent les navetteurs. La DSP démontre aussi une corrélation presque parfaite entre le volume de circulation automobile et le nombre de victimes. C'est simple : plus de voitures, plus de victimes. Le trafic de transit qui déferle dans nos quartiers fait des victimes dont une majorité sont des personnes âgées et des enfants.

Pendant ce temps, le gouvernement du Québec choisit de parachever l'autoroute 19 jusqu'à la 640, histoire d'aggraver encore plus la situation, et met sur pied un énième comité pour se pencher sur l'apaisement de la circulation. Je me pose donc la question : pour offrir un milieu de vie sécuritaire à mes enfants, dois-je déménager en banlieue ? Alors que Montréal perd plus de 20 000 familles à chaque année, les mesures de modération de la circulation devraient être prioritaires, tous partis confondus.

C'est pourquoi les attaques sournoises contre les administrations de Projet Montréal à propos de leurs actions prétendument anti-automobiles sont irresponsables. Oserait-on dire des autres administrations qu'elles sont anti-enfants, anti-aînés, anti-sécurité ou anti-familles ? Il est du devoir de nos élus municipaux de défendre nos intérêts et notre sécurité avant ceux des navetteurs de banlieue. Je me réjouis de voir que tous les candidats à l'élection municipale dans mon arrondissement ont inscrit l'apaisement de la circulation au rang de leurs plus grandes priorités. Mais j'ai du mal à comprendre que certains partis adhèrent à cet objectif et dénoncent en même temps ceux qui ont fait le plus pour l'atteindre.

Lorsque viendra le temps de faire mon choix le 3 novembre, j'appuierai le parti qui a démontré qu'il est prêt à se tenir debout pour la sécurité de mes enfants et des aînés. Et j'invite les citoyens d'Ahuntsic à mettre le pied à terre avec moi. Assez, c'est assez.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

15 ruelles vertes de Montréal

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.