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Changements climatiques : des leaders environnementaux tendent la main à l'industrie pétrolière et gazière

28/10/2013 10:26 EDT | Actualisé 28/12/2013 05:12 EST

Cette lettre à Michael Binnion, président de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), est cosignée par André Bélisle, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, Patrick Bonin, Greenpeace, Steven Guilbeault, Équiterre, Marie-Claude Lemieux, WWF - Fonds mondial pour la nature, Christian Simard, Nature Québec et Karel Mayrand, Fondation David Suzuki.

M. Michael Binnion

Président

Association pétrolière et gazière du Québec,

140, Grande Allée Est

Bureau 200

Québec (Québec) G1R 5P7

Monsieur le président,

Vous réunissez les membres de votre association aujourd'hui à l'hôtel Sheraton de Montréal dans le cadre de votre Assemblée générale annuelle. Vous aurez d'ailleurs le privilège d'entendre le ministre des Finances du Québec, Monsieur Nicolas Marceau. Comme ce fut souvent le cas par le passé, vos assises seront certainement l'occasion de porter votre regard sur les obstacles qui vous empêchent de réaliser vos projets d'exploration et d'extraction de pétrole et de gaz de schiste au Québec, notamment sur l'opposition des groupes environnementaux et d'une partie significative de la population et de la société civile.

Cette opposition est légitime, bien qu'elle ne serve pas vos intérêts. Elle s'appuie sur une problématique réelle, celle du réchauffement climatique, et est fondée sur des connaissances scientifiques désormais indéniables. Le dernier Rapport d'évaluation du GIEC est sans équivoque quant aux changements climatiques en cours, à la responsabilité des activités humaines (en particulier de l'exploitation des carburants fossiles) et à la trajectoire catastrophique dans laquelle nous sommes engagés. Vous aurez bien compris que notre position vient du fait que nous ne parvenons pas à comprendre comment on peut aujourd'hui vouloir exploiter du pétrole et du gaz (au Québec, comme partout ailleurs dans le monde) sans contribuer à empoisonner le climat et à dérégler le fonctionnement des cycles naturels et l'intégrité des écosystèmes sur lesquels repose la vie sur Terre. Notre position est la même que celle de la Banque mondiale, de la communauté scientifique internationale, de l'Agence internationale de l'Énergie et des Nations Unies.

Monsieur le président, vous savez certainement que les deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont générés par le secteur des énergies fossiles, que vous représentez ici. Cette situation confère à votre industrie une responsabilité de premier plan dans la destruction en cours du climat. Vous aurez sans doute noté cette information cruciale de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans la plus récente édition du World Energy Outlook (2012), à l'effet que « pas plus du tiers des réserves prouvées de carburants fossiles ne peut être consommé avant 2050, si l'on veut limiter la hausse des températures mondiales en deçà de 2°C ». Nous peinons à comprendre comment, dans ces circonstances, la construction de nouvelles infrastructures d'extraction et de transport d'hydrocarbures est conciliable avec nos responsabilités envers la préservation du climat.

Vous conviendrez avec nous qu'il est devenu difficile, voir impossible de discuter d'enjeux énergétiques et de protection du climat dans le contexte de polarisation qui prévaut actuellement, et en l'absence de forums où l'industrie, les gouvernements, les scientifiques et la société civile peuvent se rencontrer. Vous admettrez également que cette situation dessert à la fois vos intérêts et les objectifs de lutte aux changements climatiques que nous défendons.

C'est pourquoi nous voulons vous inviter à nous rencontrer pour discuter des enjeux de lutte aux changements climatiques et du rôle que votre industrie peut jouer dans notre transition vers un modèle énergétique à faibles émissions de gaz à effet de serre. Nous aimerions profiter de l'occasion pour vous permettre de clarifier vos positions sur les enjeux suivants :

  1. Quelle est la position de votre association et plus largement de votre industrie sur la lutte aux changements climatiques ? Appuyez-vous l'instauration d'un mécanisme de prix sur les émissions de gaz à effet de serre ? Êtes-vous favorables à l'implantation de mesures de réduction de la consommation de pétrole ?
  2. Comment l'industrie entend-elle concilier l'augmentation de la production d'hydrocarbures avec la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 25% d'ici 2020 (par rapport à 1990) au Québec et au Canada, de plafonner les émissions mondiales d'ici 2020 et de les ramener à zéro en 2070 ?
  3. Votre association et votre industrie sont-elles prêtes à renoncer à l'exploitation de certains gisements de gaz et de pétrole et à la construction d'oléoducs pour assurer l'atteinte des objectifs de lutte aux changements climatiques ?

Si vous êtes prêts à discuter de ces enjeux en toute transparence, vous trouverez en nous des interlocuteurs respectueux et intéressés. À défaut, vous comprendrez qu'il nous sera impossible de cautionner des projets qui contribueront au dérèglement du climat mondial et à l'endettement irréversible de notre génération et des suivantes.

En vous souhaitant, à vous et à vos membres, une excellente Assemblée générale.

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