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Lettre aux climato-sceptiques

10/09/2013 01:33 EDT | Actualisé 09/11/2013 05:12 EST

Chers climato-sceptiques,

Nous approchons à grands pas de votre saison. Chaque automne, un peu avant l'Halloween, à l'approche des grandes conférences sur le climat, vous apparaissez dans le paysage médiatique comme des morts vivants dans des films de série B. On vous voit émerger sur les écrans de télé, à la radio, sur les blogues, dans les cohortes de trolls qui commentent machinalement tout ce qui s'écrit sur le web à propos des changements climatiques. Invisibles le reste de l'année, vous êtes omniprésents dans les cinq ou six semaines qui précèdent les rencontres décisives sur le climat.

Cette année, votre saison sera devancée par la publication du cinquième rapport des Nations-Unies sur le climat à la fin du mois de septembre. Un rapport dont on connaît déjà les grandes lignes et qui est soutenu par 25 années de recherche et par des milliers de scientifiques dans le monde. La dernière fois, en 2007, vous avez trouvé deux erreurs dans le rapport du GIEC : deux erreurs sur 2823 pages représentant le travail de 1325 auteurs, et rassemblant 17 969 sources différentes. Ces deux erreurs portaient sur le rythme de déclin des glaciers de l'Himalaya et sur la superficie des Pays-Bas qui risquait d'être inondée par l'élévation du niveau de la mer. Sur tout le reste, vous n'avez rien trouvé. Mais ces deux erreurs ont fait les manchettes pendant des semaines.

Puis, en 2009, quelques semaines à peine avant le grand rendez-vous de Copenhague, vous avez fabriqué le «climate gate». Vous avez publié des dizaines de milliers de courriels mystérieusement volés des grandes universités britanniques et américaines qui font des recherches sur le climat. La controverse a duré juste assez longtemps pour faire dérailler le Sommet sur le climat. Finalement plusieurs enquêtes indépendantes ont démontré que rien dans ces courriels privés n'invalidait la science du climat, forçant même le New York Times à publier un éditorial sur le sujet. Mais le mal était fait. Personne ne vous a jamais questionné sur l'usage de courriels volés comme preuve scientifique, ou sur l'origine de ces actes criminels.

Depuis ce temps, vous vous employez à soutenir toutes sortes de théories farfelues : le réchauffement est causé par les volcans sous-marins, les orages solaires, Mars se réchauffe aussi, les changements climatiques sont une conspiration des Nations-Unies et des écologistes, les scientifiques qui ont prouvé que le climat ne se réchauffe pas se sont vu refuser leur financement, et j'en passe des meilleures. Votre dernière trouvaille : la Terre a cessé de se réchauffer en 1998, année que vous choisissez comme référence parce qu'elle était particulièrement chaude. C'est un peu comme si je choisissais 2005-2006 pour prouver que Scott Gomez est un marqueur de 33 buts. Habile, mais insuffisant.

C'est que vous avez compris une chose essentielle : les médias se font un devoir de représenter tous les points de vue. En manufacturant un point de vue sans aucun fondement scientifique, vous avez obligé les médias à parler de vous, et vous avez ainsi transporté un enjeu scientifique sur le terrain de l'opinion. C'est brillant, et je vous en félicite. Même si 97% des scientifiques et toutes les académies des sciences dans le monde adhèrent à la science du climat, vous avez réussi à obtenir la parité dans les médias, sans même présenter un seul fait, une seule étude scientifique valable !

Vous êtes l'incarnation de la campagne organisée de déni la plus réussie de l'histoire, depuis celle qui a nié le lien entre le tabagisme et le cancer il y a une génération. Une note de l'industrie du tabac datant de 1969 mentionnait que « le doute est notre produit, car il est le meilleur moyen de rivaliser avec le « corps de fait » [le lien entre le tabagisme et le cancer] qui existe dans l'esprit du grand public. C'est aussi le moyen d'établir une controverse...». Bien plus tard, en 1991, le New York Times révélait qu'une campagne avait été lancée pour « repositionner le réchauffement climatique en tant que théorie plutôt que fait ». Vos organisations fondatrices, comme le Heartland Institute, sont les mêmes qui ont mené les campagnes pro-tabac des années 60 aux années 80. En 2007, une enquête de Newsweek concluait qu'une « campagne bien coordonnée et financée articulée par des think-tanks pro-libre marché et par l'industrie avait créé un brouillard de doute paralysant autour des changements climatiques».

Vous vous appelez Elgrably-Lévy, Brassard, Allègre, Monkton, et des dizaines d'autres, vous publiez dans le National Post, Sun News, le Journal de Montréal, Fox News, le Wall Street Journal. Vous êtes affiliés à l'Institut économique de Montréal, l'Institut Fraser, l'American Enterprise Institute. Vous servez de porte-voix pour une campagne bien orchestrée et plusieurs d'entre vous ont des liens financiers avec l'industrie du pétrole et du charbon.

Mais il y a une chose que vous ne possédez pas : la vérité. Les centaines de millions investis par l'industrie pour alimenter votre campagne n'ont pas réussi à produire une seule étude scientifique en vingt-cinq ans. Pas une seule. Rien. Parce que l'argent peut peut-être acheter des campagnes médias ou votre intégrité, mais il n'a pas de prise sur les faits.

L'antidote le plus puissant contre votre pollution intellectuelle est la réalité. Et la réalité vous rattrape. La Terre se réchauffe du fait de l'activité humaine. Les conséquences se font sentir partout, et les gens les observent chaque jour. Ils ne vous croient plus. Ils ont aujourd'hui accès à des ressources pour contrer vos mensonges.

Une campagne hilarante a été lancée pour nommer les ouragans en utilisant les prénoms de climato-sceptiques notoires, une manière de montrer le ridicule de vos positions. Je pense que c'est vous faire trop d'honneur. L'Histoire se chargera de salir le peu de réputation qu'il vous reste.

Mais sachez que votre temps est compté. Tout le monde voit clair dans votre jeu. Vous n'avez rien dans votre main et votre bluff est terminé. On ne joue pas au poker avec l'avenir d'une planète. Comme les morts-vivants des mauvais films d'horreur, il est temps de retourner d'où vous êtes venus. Et à ceux qui veulent agir pour résoudre la crise climatique : il est temps de retrousser nos manches.

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