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Daniel Breton au 357c

29/11/2012 10:38 EST | Actualisé 29/01/2013 05:12 EST
PC

Rectificatif : Je tiens à préciser que mon texte ne se voulait en rien accusateur envers le club 357c lui-même. J'ai utilisé le club comme métaphore des divisions de plus en plus grandes qui affligent le Québec. Je remercie les propriétaires et employés du club 357c pour leur compréhension et m'excuse auprès d'eux s'ils se sont sentis ciblés par mon texte. Ce n'était pas mon intention.

Le titre est trompeur. Daniel Breton n'est jamais allé au 357c. C'est justement le contraste entre la liste des personnes qui fréquentent ce club sélect et le ministre Breton qui m'a frappé en apprenant la démission de Daniel Breton ce matin.

Le 357c, c'est l'establishment. C'est un club comme il en existait déjà au 19ème siècle alors que l'establishment d'affaires anglophone du Square Mile régnait sans partage sur le Québec. Depuis toujours, ces clubs sont privés pour éviter que l'establishment soit dérangé par le monde ordinaire.

Daniel Breton, c'est le gars avec un porte-voix dans la rue que les membres du club privé ne remarquent même pas entre la terrine de gésiers confits et la crème brûlée, trop occupés à conclure des marchés entre eux. Breton, c'est le crotté qui chante des slogans à la pluie battante et qui dénonce ce qui se trame derrière des portes closes.

Breton n'est pas supposé entrer dans le club privé, et c'est ce qui s'est produit quand il a été nommé ministre. Le gars de la rue prenait maintenant des décisions, et cela dérangeait la quiétude du club privé. Ce n'est pas censé fonctionner comme ça...

L'acharnement maniaque que l'opposition a mis à salir la réputation du ministre Breton contraste avec le laxisme qu'elle entretient envers certains membres du club. Line Beauchamp, Tony Tommassi et Pierre Bibeau rencontrent des collecteurs de fonds à la réputation douteuse au 357c en pleine campagne électorale de 2007. Rien de mal. Pierre Duhaime, ancien PDG de SNC-Lavalin est arrêté par l'UPAC pour de présumés paiements irréguliers de 22,5 millions pour l'obtention d'un des plus importants contrats publics des dernières années, 1,3 milliard pour la construction du CUSM. Aucun problème. Le Chef de l'opposition officielle, Jean-Marc Fournier, était Vice-président principal planification stratégique chez SNC-Lavalin en 2009, la même année un contrat servant de justification à ces paiements a été signé. Était-il au courant? Personne ne lui pose de questions. Le même homme milite pour la réfection de Gentilly-2 au profit de SNC-Lavalin qui possède Énergie atomique du Canada. Aucun problème. Le club fonctionne.

Breton nomme de nouveaux dirigeants et visite le BAPE? On pousse des hauts cris sur l'indépendance de l'organisme et on omet habilement de mentionner qu'une bonne douzaine d'employés du BAPE sont des membres du PLQ et que la réputation de l'organisme a été ternie par des allégations d'ingérence au profit de promoteurs ces dernières années. Le BAPE aussi doit servir le club.

Que reproche-t-on à Daniel Breton? En 2009, pendant que les membres du club s'échangeaient des millions, il était incapable de payer son loyer. Même chose en 2005. On lui a aussi retiré son permis de conduire pour contraventions non payées et on l'a condamné pour conduite sans permis. Ceux qui connaissent Daniel Breton connaissent l'histoire du militant qui faisait des tournées du Québec et qui devait parfois coucher dans son char, comme le chante Richard Desjardins. Qu'il ait été pauvre ne le disqualifie pas d'être ministre.

Comble de l'inacceptable, il a produit sa déclaration d'impôt en retard en 2007 et il a été condamné pour fraude à l'assurance emploi... il y a 24 ans. Est-ce que ces condamnations administratives le disqualifient à vie comme ministre même après avoir payé ses amendes? Les membres du club, dont plusieurs ont déjà fait faillite ou s'adonnent parfois à l'évasion fiscale, semblent croire que oui.

Des milliers de Québécois sont comme Breton: ils militent dans le mouvement communautaire, pour l'environnement, pour les droits des femmes, des gais et des lesbiennes. Pour les sans-abris, les démunis. Ils tirent le diable par la queue pour payer leur loyer, pour joindre les deux bouts. Leur engagement social ne les enrichira jamais. Ils ne le font pas par intérêt mais par conviction. Ce sont des militants, pas des arrivistes.

Derrière les multiples « affaires Breton » se cachent le malaise des membres du club de voir un non-membre accéder aux sphères du pouvoir. Parions que Breton doit avoir pris bien des décisions pour les indisposer depuis sa nomination il y a deux mois. Aussi, le club a entrepris d'extirper ce corps étranger. Et l'opposition a joué le rôle de videur.

Et elle a réussi. Le ministre a été supprimé, et avec lui, plusieurs des orientations vertes du gouvernement. Les choses sont revenues à la normale. Le gars de la rue a été remis à sa place.

Breton peut aller au 357c. Apparemment on y recherche des plongeurs. Dociles et discrets.

Offre d'emploi: Ministre de l'Environnement. Militants s'abstenir.

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