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La mascarade de la commission parlementaire sur l'oléoduc d'Enbridge

09/12/2013 11:47 EST | Actualisé 08/02/2014 05:12 EST

Une vidéo mise en ligne sur le site GAPPA fait grand bruit depuis quelques jours. Elle montre les tactiques utilisées par deux élus du Parti québécois, Scott McKay et Luc Trudel, pour discréditer à l'avance le représentant de la Coalition vigilance oléoducs, Olivier Huard, lors de son témoignage à la Commission parlementaire qui a fait l'étude du projet d'inversion de l'oléoduc 9b d'Enbridge. Elle laisse un goût amer de Maccarthysme à la sauce québécoise.

Qu'est-ce que les députés McKay et Trudel reprochent-ils au représentant de la coalition citoyenne? Simplement d'avoir été candidat de Québec solidaire aux dernières élections. La transcription télévisuelle de la commission parlementaire montre deux élus plus soucieux d'attaquer la crédibilité du représentant d'une coalition citoyenne plutôt que de faire leur travail de parlementaires qui est d'entendre de manière équitable tous les groupes conviés à cet exercice démocratique.

En attaquant ainsi Olivier Huard sur son allégeance politique, les deux députés semblent oublier qu'ils font eux-mêmes partie d'une formation politique, et que le simple fait de militer pour un parti ou un autre ne discrédite pas une personne de représenter ses concitoyens. Ils montrent également leur incapacité de s'élever au-dessus de la politique partisane, de distinguer leur rôle d'élus au service de la population et de membres du Parti Québécois. Le rôle d'un parlementaire est de servir la population avant son propre parti. Sur ce plan, McKay et Trudel ont échoué.

Mais cet incident n'est que la pointe de l'iceberg. Huard a été ciblé parce qu'il était opposé au projet d'Enbridge. Aucun des représentants de groupes favorables au projet d'Enbridge n'a été questionné sur ses affiliations avec le PLQ, la CAQ ou le PQ. Personne n'a questionné l'influence des dizaines de lobbyistes à l'emploi de l'industrie sur le travail du gouvernement et des 14 députés siégeant à la commission. Personne sauf le député de Mercier, Amir Khadir, le seul à s'être opposé au projet.

On avait promis une évaluation indépendante et sans compromis. Mais le gouvernement et les deux premiers partis d'opposition avaient fait leur lit bien avant la tenue de cette commission parlementaire bâclée. Des groupes citoyens qui s'étaient vus refuser une participation se sont fait inviter à 24h de préavis. Les autres ont eu à peine quelques semaines pour se préparer. Le rapport de la commission a été rédigé en moins de 24 heures, et il ne mentionne le mot climat que deux fois en 23 pages. Au final, c'est une commission parlementaire d'opérette dont les dés étaient pipés à l'avance qui nous a été servie, avec en prime la mascarade de Parlementaires complaisants envers l'industrie et méprisants envers les citoyens. Un exercice de rubber-stamping qui laisse à Enbridge le champ libre d'accepter ou non les « recommandations » des élus de l'Assemblée nationale.

Il fallait entendre le ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, défendre pendant de longues minutes les emplois dans les raffineries de pétrole lors d'entrevues radiophoniques tout en banalisant les risques pour la santé publique et l'environnement pour comprendre que le gouvernement du Québec est maintenant un allié de l'industrie pétrolière. Le silence assourdissant de Daniel Breton et Martine Ouellet renforce cette impression. On croit rêver quand on voit la mollesse et la complaisance du gouvernement du Québec dans le dossier des oléoducs cinq mois à peine après qu'une ville entière ait été détruite par un train de la mort, fauchant 47 vies humaines au passage.

On se serait attendus à ce que notre gouvernement et notre Assemblée nationale lèvent le ton, demandent des comptes et émettent des exigences claires envers le gouvernement fédéral et l'industrie pétrolière devant les risques croissants du transport de pétrole, alors que le Québec est sur le point de devenir la route privilégiée du pétrole albertain. On aurait aimé voir notre première ministre fermer le passage à tout transport de pétrole en sol québécois tant que des garanties satisfaisantes ne seraient pas obtenues pour assurer la sécurité des citoyens et de nos cours d'eau. Au contraire, Québec donne au gouvernement fédéral et à son Office national de l'énergie carte blanche pour être les maîtres d'œuvre de l'implantation d'une autoroute pétrolière en sol québécois. Le gouvernement Harper n'a même pas reçu un traitement aussi favorable de la part des premières ministres de l'Ontario et de la Colombie-Britannique, qui, elles, ont fixé leurs conditions. Est-ce cela la gouvernance souverainiste ?

Pour ajouter à l'absurdité de la situation, le même jour où la première ministre rendait hommage aux premiers répondants de la catastrophe de Lac-Mégantic, Le Devoir nous apprenait que l'oléoduc d'Enbridge passait dans la cour d'un centre de la petite enfance. Cela ne semble pas préoccuper outre mesure le gouvernement du Québec. Mais rassurez-vous, le jour où l'oléoduc se rompra, les éducatrices du CPE ne porteront pas le voile. Nos enfants sont en sécurité.

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