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Pétrole, bélugas et environnement: grand weekend de mobilisation pour la suite du monde

07/10/2014 11:04 EDT | Actualisé 11/12/2014 05:12 EST

Un vent de changement souffle au Québec. Après avoir passé des mois à assister impuissants à l'envahissement des pétrolières avec la complicité servile de deux gouvernements successifs, les Québécois relèvent la tête et se mobilisent. D'importantes marches pour le climat se sont tenues partout au Québec le 21 septembre, et un weekend de mobilisation sans précédent se dessine à Cacouna et Montréal les 11 et 12 octobre prochains pour protéger les bélugas, le fleuve Saint-Laurent, et notre droit de vivre dans un environnement sain. Qu'on se le dise, le Québec n'est plus, et ne sera plus jamais, une colonie qu'on occupe en achetant ses élites.

Le point tournant est probablement survenu il y a deux semaines lorsqu'un jugement de la Cour supérieure du Québec a forcé TransCanada à suspendre ses forages à Cacouna tout en dévoilant l'invraisemblable complaisance du gouvernement dans ce dossier. Ce jugement dévastateur a redonné espoir à plusieurs: Big Oil peut être arrêté par une poignée de personnes engagées. Il a aussi fait perdre toute crédibilité au gouvernement du Québec et à TransCanada auprès de la plupart des médias. On parle maintenant ouvertement d'ingérence politique et c'est non seulement le ministre Heurtel qui se retrouve compromis, mais aussi le premier ministre lui-même qui souhaite maintenant la reprise des forages le plus tôt possible, se lavant les mains de l'incurie de son gouvernement dans ce dossier.

Depuis cette date, une pétition pour faire interdire tous les travaux dans l'habitat du béluga a recueilli plus de 20 000 signatures. Une manifestation est prévue à Cacouna le samedi 11 octobre pour protéger les bélugas, et un grand rassemblement est organisé à Montréal le 12 octobre pour faire reconnaître notre droit de vivre dans un environnement sain. Ces deux rassemblements seront des démonstrations de force importantes quelques jours avant la reprise des travaux de TransCanada à Cacouna prévue pour le 16 octobre. Il est essentiel de s'y présenter nombreux.

Bélugas, Québécois, même combat ?

Les raisons expliquant l'extraordinaire élan de solidarité des Québécois envers les bélugas sont nombreuses. Bien sûr, les bélugas sont jolis et sympathiques et ils appartiennent à notre histoire, comme en témoigne le magnifique film Pour la suite du monde de Pierre Perreault et Michel Brault. Mais il y a plus : les bélugas en sont venus à symboliser l'arrogance et l'absence de respect de l'industrie pétrolière pour tout ce qui a le malheur de se retrouver sur son chemin, incluant une espèce menacée, nos sources d'eau potable, nos rivières, nos villes et nos villages. Mais qui donc penserait à bâtir un port pétrolier dans l'habitat d'une espèce qui lutte pour sa survie ? Cacouna, c'est la goutte qui a fait déborder le vase.

Parce que le vase commence à être plein pour les Québécois. En à peine plus d'un an, ce sont deux projets d'oléoducs totalisant quatre fois la consommation de pétrole du Québec, un projet de port pétrolier, le début de l'exportation de pétrole lourd sur le fleuve à partir de Sorel, et la multiplication des convois ferroviaires qui ont été lancés au visage des Québécois, sans véritable consultation et parfois même en secret. Aujourd'hui, ce sont 100 000 barils de pétrole qui traversent Montréal et les communautés de la Montérégie par convoi ferroviaire à chaque jour. Tout cela après que la ruée vers l'est du pétrole ait coûté la vie à 47 personnes et détruit une grande partie de Lac-Mégantic. On a dit des Québécois qu'ils se faisaient facilement manger la laine sur le dos. Cela n'a jamais été aussi vrai qu'aujourd'hui.

L'attaque frontale lancée par TransCanada contre les bélugas avec l'assentiment du gouvernement du Québec a fait l'effet d'un grand cri de ralliement : Assez, c'est assez ! En protégeant les bélugas, c'est leur propre santé et leur propre sécurité que les Québécois veulent protéger. Comme nous, les bélugas sont des mammifères. Comme nous, ils trônent au sommet de la chaîne alimentaire et accumulent en eux des quantités effarantes de produits chimiques. Comme nous leur avenir est compromis par les changements climatiques que l'industrie pétrolière continue de banaliser quand elle ne nie pas carrément leur existence. Si l'habitat des bélugas est menacé par l'arrivée du pétrole albertain, c'est aussi notre approvisionnement en eau potable et la sécurité de nos communautés qui sont mis à risque. Les bélugas ne peuvent pas parler. Les Québécois et les scientifiques non plus puisqu'on s'emploie implacablement à les museler.

Les bélugas, c'est nous.

C'est pourquoi il faut prendre la rue et nous faire entendre. Nous avons le droit de vivre dans un environnement sain où notre eau, notre air, notre nourriture et notre milieu de vie ne sont pas des dangers pour notre santé. Nous avons le droit d'être informés des risques qui nous concernent et de forcer les gouvernements à défendre nos intérêts plutôt que ceux des multinationales et de leurs actionnaires. C'est un jugement de la Cour qui a sonné le réveil. Imaginez maintenant si le droit à un environnement sain était reconnu au Canada. Les jugements en notre faveur se multiplieraient, et le pouvoir des citoyens serait décuplé. Mais ce droit est reconnu dans 110 pays, mais pas au Canada, ce qui laisse le champ libre à tous les abus.

Défendre les bélugas, c'est nous défendre. Affirmer notre droit à un environnement sain, c'est nous donner les moyens de les protéger. C'est pourquoi il faut être nombreux le 11 octobre à Cacouna et le 12 octobre à midi au Parc Maisonneuve à Montréal où quatre générations d'artistes et de personnalités dont David Suzuki, Gilles Vigneault, Jean Lemire, les Cowboys fringants, Lisa Leblanc, Paul Piché et plusieurs autres parleront d'une seule voix pour notre droit à un environnement sain.

Alors c'est le temps ou jamais de se mobiliser. Invitez vos amis et vos familles à Cacouna, à Montréal ou encore mieux : participez aux deux événements ! C'est le moment de prendre la parole ! Pour la suite du monde.

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