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Le NPD, important pour le Québec

Publication: 8/02/2012 04:30

Depuis la victoire inattendue du NPD au Québec aux élections fédérales de 2011, les adversaires de ce parti ont réussi à établir deux idées « reçues » que tout le monde répète. D'une part, on présente la victoire comme un accident, un élan d'affection pour le sympathique Jack Layton et rien de plus. D'autre part, on affirme constamment que la vague s'affaiblit et que le NPD va inéluctablement perdre la majorité de ses nouveaux sièges la prochaine fois.

La première affirmation est carrément fausse. Par contre, la deuxième représente un danger réel bien que cette défaite soit loin, en ce moment, d'être certaine. Les deux « idées reçues » méritent un débat et une réfutation.

La théorie de l'accident s'écroule quand on compare les opinions des Québécois et les positions du NPD. Il est vrai que les Québécois ne sont pas en majorité des gauchistes durs, mais le NPD non plus! En effet, le NPD, comme la majorité des partis social-démocrates de l'Occident, a atténué la majorité de ses programmes à nature carrément socialiste et demeure une formation centre-gauche qui défend l'égalité des citoyens, les programmes sociaux et l'accessibilité du gouvernement aux gens ordinaires. Ce parti est un peu moins « multiculturel » que les libéraux, peut-être à cause d'une préférence traditionnelle pour les libéraux dans le milieu des groupes ethniques. Il insiste sur une fiscalité équitable et se montre très soucieux pour l'environnement.

Ces prises de position par le NPD sont très proches des courants dominants au Québec. Si avant 1959 le CCF, l'ancêtre du NPD, avait peu d'espoir au Québec c'est d'une part, à cause du conservatisme québécois d'avant la Révolution tranquille et d'autre part, parce que le CCF manifestait un côté protestant qui était difficile à faire passer ici. Depuis 1960, les déboires du NPD sont le résultat de la conquête des coeurs québécois progressistes par le nationalisme. Dans les années 1960, le NPD avait des notions particulièrement centralisatrices sur l'administration du Canada et cela l'éliminait comme compétiteur sérieux pour les votes du Québec. Après, la question nationale et la présence du Bloc Québécois empêchaient le NPD de monter.

Il fallait que le NPD apprenne à fonctionner dans un Québec nationaliste et que le nationalisme québécois devienne plus nuancé pour produire une vague « orange ». Cela dit, l'éventuel succès du NPD était facilement prévisible depuis longtemps et ne peut être considéré comme un accident. Le NPD était depuis longtemps le bénéficiaire pressenti d'une défaite du Bloc.

L'avenir est néanmoins incertain. D'abord, le NPD doit faire la preuve de son dévouement au Québec et au français. La sincérité du NPD à cet égard n'est pas en doute, mais la perception par la population n'est pas toujours claire. Si M. Thomas Mulcair était élu chef, comme il paraît de plus en plus probable, les Québécois s'identifieraient plus facilement avec lui qu'avec les autres candidats. Dans toute autre hypothèse, le parti devrait travailler d'arrache-pied pour établir sa « québécité » et pour convaincre la population que le parti la représente sur toutes les questions y compris la promotion du français.

Le deuxième obstacle dans le chemin du NPD est le contrôle de plus en plus étouffant des médias canadiens par la droite et le lobby d'affaires. Par exemple, le National Post mène une campagne quotidienne pour discréditer le parti. Il est certain que le nouveau chef fera face à une attaque sans répit et cela dès son investiture.

Il appartiendra au NPD de renforcer son visage québécois, d'éviter les embûches médiatiques qui vont sans doute se trouver sur son chemin et de contrer la campagne de peur que ses adversaires vont déclencher contre ses candidats.

Il est important que le NPD se maintienne au Québec. Non seulement le parti représente fidèlement les idées et les attitudes des Québécois contemporains, mais il a de véritables chances de gouverner le Canada seul ou en coalition et ainsi de sortir le Québec d'un isolement qui existe depuis l'échec des pourparlers constitutionnels de Lac Meech et de Charlottetown. De plus, le NPD peut avoir l'effet salutaire de libérer la politique québécoise de la question nationale. Cette question fait en sorte que l'on oublie les autres enjeux politiques fondamentaux et que la province la plus naturellement progressiste au Canada a souvent élu des représentants très conservateurs. Certes, la souveraineté est une option honorable qui ne disparaîtra jamais, mais il est malheureux et malsain de permettre à ce débat de redevenir le sujet dominant de la politique fédérale. Pour le citoyen ordinaire, les idées véhiculées par le NPD sont beaucoup plus importantes.