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Pourquoi les clowns sont tombés dans la mire du FBI

Être sur la liste des gangs de rues du FBI, quand on n'est pas un gang de rue, n'est pas chose comique.

29/09/2017 09:00 EDT | Actualisé 29/09/2017 09:08 EDT
Getty Images
Nul ne semble savoir exactement pourquoi les clowns sont tombés dans la mire du FBI.

Dans le monde du rap, le groupe ICP (Insane Clown Posse) composé de Violent J et Shaggy 2 Dope, est pratiquement « légendaire ». Mais pas pour les bonnes raisons. Depuis le début des années 90, ils incarnent pour plusieurs, tout ce qu'il y a de plus kétaine, cucul, vulgaire et de mauvais goût dans le genre. Un petit exemple parmi tant d'autres.

Mais ICP, leur étiquette de musique (Psychopathic Records) et leurs admirateurs, les Juggalos, ont refusé de mourir. Avec le temps, et plus de 10 millions d'albums vendus, ils ont réussi à former une véritable sous-culture musicale formée de dizaines de milliers de jeunes et moins jeunes qui considèrent leur appartenance à cette sous-culture au même titre qu'une appartenance familiale, ils ont parfois politisé leur musique en combattant le racisme, la violence, l'exclusion sociale et, ont abouti sur une liste du FBI en 2011. Pour quelles raisons? Le FBI les considère maintenant comme étant un gang de rue dans 4 états (Arizona, Pennsylvanie, Californie et l'Utah) au même titre que les Latin Kings, le MS-13 ou les Crips. Ce qui est d'un ridicule absolu.

Être sur la liste des gangs de rues du FBI, quand on n'est pas un gang de rue, n'est pas chose comique. Les Juggalos ont maintenant de la misère à se trouver de l'emploi, un logement et de bénéficier de services sociaux, entre autres graves problèmes. Parlez-en à Laura King, une musicienne de 30 ans qui est sous probation pour avoir conduit en état d'ébriété et qui est maintenant considérée comme une membre d'un gang parce qu'elle arbore ce tatou dans le haut de son dos (cette image est le symbole officiel de l'étiquette de musique du groupe).

Nul ne semble savoir exactement pourquoi les clowns sont tombés dans la mire du FBI.

Nul ne semble savoir exactement pourquoi les clowns sont tombés dans la mire du FBI. Oui, quelques crimes ont été commis par des Juggalos au fil des ans. Tout comme quelques crimes ont été commis par des gens portant des chandails de Megadeth, de Jay-Z ou de n'importe quel autre groupe (je doute fort qu'un crime ait été commis par une personne portant un chandail de Martine St-Clair, mais bon, tout est possible). Une théorie a été mise de l'avant par Violent J : lorsque le FBI met des gens sur une liste de gang de rue, ils bénéficient de plus de fonds. Je n'ai aucune idée si cette théorie est crédible ou non. Tout ce que je sais, c'est que leur inclusion sur cette liste ne fait aucunement l'unanimité parmi les forces de l'ordre. Ironiquement, il semblerait que nous soyons face au même phénomène qui a frappé plusieurs genres musicaux à travers les années : « Nous n'aimons pas qui vous êtes et ce que vous avez à dire donc nous allons vous marginaliser et vous voler toute once de légitimité musicale en vous associant au grotesque et au violent ». Parlez-en à Slayer.

Mais ICP et quelques Juggalos ne sont pas restés les bras baissés face à cette situation. En 2014, l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), la même association qui s'est battue pour Dieu sait combien de gens, poursuit le gouvernement en leur nom en invoquant le 1er amendement. C'est-à-dire le droit de s'assembler pacifiquement et le droit à la liberté d'expression. La cause a été rejetée l'an passé, mais l'Union américaine a fait appel de cette décision. Tout cela a culminé le 16 septembre, en manifestation sur les marches du Lincoln Memorial à Washington.

La même journée que ICP et leurs compères marchaient, une manifestation pro-Trump surnommée par ses organisateurs « The Mother of All Rallies » avait lieu. Cette marche a été complètement éclipsée par celle des Juggalos.

C'est à se demander qui étaient les véritables clowns cet après-midi.

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