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Matchs truqués et paris sportifs: une menace pour le sport?

18/08/2014 01:07 EDT | Actualisé 17/10/2014 05:12 EDT

Soccer, criquet, NBA et autres sports suivis par des millions de partisans sont régulièrement l'objet de révélations sur des affaires de corruption, matchs truqués et autres paris sportifs frauduleux. À la veille de la Coupe du Monde de soccer au Brésil, on apprenait ainsi qu'au moins 5 matchs de préparation du précédent Mondial avaient été manipulés.

Souvent perçus comme l'apanage des équipes fortunées, la triche et le crime organisé ne risquent-ils pas de compromettre à long terme l'existence du sport ?

Des chiffres qui donnent le vertige

140 milliards de dollars : c'est le montant estimé de l'argent blanchi via les paris sportifs dans le monde chaque année. Si la Chine est pointée du doigt avec 51% de cette somme jouée sur son territoire, le continent nord-américain n'est pas en reste.

Déjà en 1989, le célèbre scandale de Pete Rose révélait que ce coach des Cincinnati Reds plaçait plus de 10 000$ de paris par jour sur sa propre équipe. Ailleurs dans le monde, les exemples sont légion. Plus anecdotique en comparaison, en septembre 2012, les Canadiens découvraient avec étonnement que l'équipe de soccer de Toronto avait laissé gagner l'Attak Trois-Rivières. Si la chose a fait sourire les passionnés de grands championnats, elle montre que l'appât du gain facile au détriment de la glorieuse incertitude du sport s'immisce partout.

Le marché des paris sur le sport est en effet une manne financière : il représente autour de 600 milliards de dollars de mises dans le monde, dont 13 milliards sur le marché canadien légal en 2010 selonla Canadian Gaming Association (CGA). Les réseaux mafieux et les directeurs sportifs sans scrupules peuvent en tirer des bénéfices substantiels : en organisant des matchs à l'issue connue d'avance d'eux seuls, ils placent d'importantes sommes sur les sites de paris sportifs sur des événements peu probables et dont les cotes sont très élevées. De quoi faire pâlir les bookmakers qui n'ont d'autre choix que de leur verser à chaque fois des dizaines de milliers de dollars.

L'âme du sport volée ?

Chris Eaton, ancien directeur de la sécurité à la FIFA, déclarait que « la criminalité est en voie de voler l'âme du sport ». Le trucage en tant que tel n'est pas selon lui la racine du mal : «Il faut s'attaquer au véritable nerf de la guerre, qui est le cash, et le cash vient de la manipulation des paris». Les paris complexes, par exemple sur des points de détail (quel joueur recevra telle pénalité?) ou en direct, sont plus particulièrement concernés, car moins détectables comme frauduleux.

Faut-il pour autant y voir comme Eaton une menace risquant d'anéantir des valeurs liées au sport ? La chose n'est pas si évidente. Les salaires versés aux joueurs et aux entraîneurs des clubs les plus populaires se sont envolés ces 30 dernières années, essentiellement via le sponsoring. Adidas a ainsi signé un contrat de plus de 50 millions de dollars avec l'Argentin Lionel Messi ; en NBA, Nike s'est entendu sur 42 millions avec LeBron James.

Compromettre l'ensemble d'une carrière qui rapportera de toute façon des millions de dollars en truquant des matchs n'est désormais plus d'un grand intérêt pour les vedettes du baseball ou de la NHL, même si de telles sommes soulèvent d'autres questions. Si les scandales qui les affectent font le plus de bruit, ils ont tendance à se raréfier.

Un danger pour les petites équipes

Le soccer et le criquet seraient les deux disciplines les plus rongées par le mal, même si la NBA est elle aussi régulièrement mise en cause, notamment par l'ancien arbitre Tim Donaghy. Mais l'on parle ici surtout d'équipes de second ordre, dont les salaires des joueurs sont sans commune mesure avec ceux sur les devants de la scène.

Ce sont eux que les mafias tentent d'approcher en promettant des sommes importantes, d'autant qu'ils ne réclament plus de contreparties aussi grossières que la victoire des adversaires. En s'appuyant sur les très nombreuses possibilités de paris proposées par les bookmakers en ligne illégaux, ils scrutent les cotes sur des éléments sans rapport direct avec les scores (nombre de cartons au soccer par exemple) qui rendront la fraude moins manifeste.

C'est donc le milieu semi-professionnel qui doit finalement retenir le plus l'attention. La chose est rendue complexe du fait que ces réseaux opèrent dans le monde entier et dans des pays fragiles, telles la Bulgarie ou la Roumanie. Les paris illégaux et les mafias tueront-ils petit à petit les clubs intermédiaires entre les grands champions et les simples amateurs ?

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