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Avons-nous raison de douter de Thomas Mulcair?

27/05/2015 11:32 EDT | Actualisé 27/05/2016 05:12 EDT

Souvenons-nous du 2 mai 2011. Les Québécois ont voulu essayer autre chose. Le Bloc québécois était quasiment rayé de la carte et le NPD faisait élire la majorité de sa députation au Québec. En tout, 59 députés furent élus dans la province, en plus de 44 autres dans le ROC (Rest of Canada). Le NPD devenait l'opposition officielle à la suite de la campagne menée avec brio par Jack Layton. Au cours des quatre années suivantes, sept députés ont quitté ou ont étés expulsés du parti (dont cinq du Québec), soit pour en joindre un autre, soit pour devenir indépendants. Les raisons étaient la plupart du temps des divergences d'opinion.

Mais d'abord, rappelons les faits entourant la carrière politique de Thomas Mulcair. Il fut député du Parti libéral du Québec de Daniel Johnson en 1994 et accueillit Jean Charest à bras ouverts en 1998, ce dernier apportant un programme tout frais de droite économique et de baisse d'impôts, provenant directement du Parti progressiste-conservateur du Canada. Il fut l'une des têtes d'affiches de ce gouvernement de 2003 à 2006 en tant que ministre de l'Environnement, avant de quitter le parti en 2007. Après avoir envisagé joindre les rangs du Parti conservateur du Canada, il fut candidat pour le NPD dans la circonscription d'Outremont. Avons-nous raisons de douter de Thomas Mulcair?

Défendre Kyoto... et TransCanada

Dans son parcours provincial, Mulcair était l'un des grands défenseurs de l'application du protocole de Kyoto au Québec. De manière totalement opposée, il allait dire devant le Canadian Club de Toronto en septembre 2012, qu'il était en faveur du projet d'oléoduc de TransCanada et, plus récemment, en novembre 2014, que le projet était quelque chose de «sensé». Comment a-t-il pu faire un virage aussi «insensé» qu'abrupt, quand l'on sait qu'à peine six ans auparavant, il défendait fermement l'application de la Loi sur le développement durable (2006) au Québec? Comme ministre de l'Environnement au gouvernement du Québec, comment aurait-il réagi si le gouvernement canadien avait imposé à lui et à sa population un oléoduc pétrolier transportant un million de barils de pétrole par jour, traversant le fleuve Saint-Laurent - une première mondiale dans cette initiative à haut risque. De fait, des quatre grands partis présents sur la scène fédérale, seul le Bloc québécois s'y oppose.

Les militants eux-mêmes ne peuvent même pas s'entendre sur la question: le parti est complètement divisé. D'un côté, dans l'ouest canadien, Thomas Mulcair louange l'arrivée d'un NPD albertain qui maintient la mise en place du projet, alors qu'au Québec, non seulement 66% des Québécois s'opposent au projet, même l'aile jeunesse québécoise (les Jeunes néodémocrates du Québec, une instance officielle) la dénonce, prenant officiellement position contre, et ce, à peine huit mois avant les élections, ce qui va à l'opposé de la position du parti. Une preuve des réalités différentes du Québec. Le représentant des jeunes, Étienne Gratton, justifiait la prise de position: «Nous sommes le Nouveau Parti démocratique du Canada. Un parti démocratique. Il y a des débats à l'interne. On ne peut pas être d'accord sur tout, mais on trouve des compromis». Or, si l'on comprend bien, au NPD, démocratie est synonyme de déchirement? Et un compromis? On parle d'un enjeu environnemental d'envergure internationale! Pour les Québécois, le pipeline, c'est oui ou c'est non. Il doit y avoir une réponse claire sur la question. Planer sur l'incertitude et l'ambiguïté est exaspérant.

D'ailleurs, l'oléoduc d'Énergie Est n'apporte rien de bon au Québec. En plus de faire perdurer le mal hollandais qui nous affecte, seulement 130 emplois temporaires seraient créés et à peine 7% du pétrole approvisionnerait le Québec. Et en cette veille des élections fédérales, il serait intéressant de savoir si Mulcair est toujours un aussi grand défenseur de Kyoto qu'il ne l'était de 2003 à 2006.

La non-reconnaissance du Québec comme nation

On tente de nous rassurer qu'un gouvernement néodémocrate accepterait le résultat advenant une victoire du Oui. Pour un parti qui possède le mot «démocratie» dans sa dénomination, ce serait la moindre des choses. Alors pourquoi le spécifier? D'ailleurs, le détail le plus important qu'on omet, c'est la direction que prendrait le parti ainsi que celle de ses députés sur le territoire du Québec lors d'une campagne référendaire. Militeront-ils pour le Oui? Le Non? Resterons-t-ils neutres sur la question? Jamais des discussions avec des militants ne m'ont permis d'obtenir réponse précise à cette interrogation. Comme si un troisième référendum n'était pas envisageable.

Par ailleurs, le NPD avait déposé une motion en janvier 2013 à la Chambre des communes, réaffirmant que le résultat d'un référendum sur la souveraineté du Québec pourrait être invalidé par la Cour suprême en cas de victoire du Oui si la question était jugée trop floue, une motion remettant du même coup le sort d'une question nationale touchant les intérêts du Québec entre les mains du gouvernement fédéral. De fait, le député de Jonquière-Alma, Claude Patry, avait claqué la porte du NPD pour aller rejoindre les rangs du Bloc québécois.

Cette incongruité avait laissé les partis fédéraux amers sur la question, d'abord en stipulant que la motion avait pour but de régler des dissensions internes: les positions personnelles des députés sur la question nationale. Selon Daniel Paillé, chef bloquiste d'alors, la Chambre des communes n'avait aucun droit de prendre position ni d'imposer ses décisions sur une question d'ordre démocratique touchant les Québécois. Or, quand on parle d'ingérence, le NPD prône justement l'empiètement des réalités québécoises par le gouvernement fédéral et non sa reconnaissance nationale, comme le stipulait M. Mulcair le lendemain des élections de 2011: «Le premier item dont M. Layton et moi avons parlé hier, c'est le fait que nous devons tout faire pour livrer sur notre engagement de donner un contenu réel et concret à la reconnaissance du Québec comme nation.» C'est le cas de le dire, nous avons donc raison de douter de Thomas Mulcair.

Les prochaines années deviendront déterminantes pour l'avenir du Québec. Afin de se doter d'un maximum de chances pour atteindre l'indépendance ou simplement pour la défense réaliste des intérêts du Québec à Ottawa, les Québécois doivent revoir leurs décisions de 2011. Parce qu'en plus de députés indépendantistes au niveau provincial, des homologues du niveau fédéral donneraient un sacré coup de main à la mobilisation, tant sur le terrain provincial qu'à la Chambre des communes. Il s'agit d'une occasion idéale de démontrer toute l'incohérence du bilan néodémocrate des quatre dernières années envers le Québec.

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