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Les Jeux olympiques devraient être abolis

04/08/2016 09:48 EDT | Actualisé 04/08/2016 09:48 EDT

Autrefois l'incarnation d'une fraternité traversant les frontières, de la cessation des conflits et des différends entre les nations ; jadis le symbole d'une fierté patriotique dénotant la prestance d'une nation dans sa capacité d'organiser et d'accueillir les Jeux olympiques, l'événement d'envergure internationale semble avoir failli à sa mission originelle. Au cours des dernières années, les nations qui les ont accueillis ont nagé dans scandales, controverses, corruption et brimades des droits humains. Le cas actuel de Rio de Janeiro est flagrant. Le Brésil étant plongé dans sa pire crise économique depuis les années 1930 et accompagnée d'une crise politique majeure, rien ne va plus.

Jusqu'à présent, les préparatifs des jeux de Rio ont été désastreux. En outre, la pollution, le virus Zika, ainsi que la répression militaire font régulièrement les manchettes. Une dizaine d'athlètes ont d'ailleurs renoncé à y participer pour des raisons sanitaires. L'état de calamité publique a même été décrété par le gouvernement local.

Les interventions policières ayant pour but de contrôler les masses ont eu l'effet contraire. Les homicides ont augmenté de pair avec celles-ci. De plus, un autre scandale a éclaté : on a appris que la Russie a usé d'un stratagème pendant des années pour doper ses athlètes. Des sanctions ont alors étés imposées. Ça augure plutôt mal.

À qui profitent les Jeux olympiques?

Les Jeux olympiques sont devenus au fil du temps un instrument parmi tant d'autres du néolibéralisme. Grâce au placement publicitaire qui est au cœur de l'événement, le but est plutôt d'enrichir les particuliers et de concentrer le capital dans les mains de plus en plus restreintes des multinationales. Tout ça, au détriment de sa population qui en paie le prix, tant au plan monétaire qu'humain. Cela n'a plus rien à voir avec l'événement sportif d'antan. Au diable les droits humains, l'environnement et l'endettement des générations futures. Après tout, ce sont les Jeux olympiques. La cause est noble, admirable. C'est sensé être de bonne guerre, non?

Ce qui compte, c'est le primat de l'image. C'est un spectacle démesuré. On se souviendra d'ailleurs des feux d'artifices générés par ordinateur à Beijing en 2008, un état de fait extrêmement typique du perfectionnisme chinois.

Comme le disait très ouvertement Patrick Le Lay, PDG de la chaîne de télévision française TF1 en 2004 : «Ce qu'on vend aux entreprises, c'est du temps de cerveau humain disponible.»

C'est une réalité pour tout télédiffuseur. Sa mission première est de rembourser ses droits de diffusion chèrement payés en vendant de l'espace publicitaire à profusion.

En d'autres termes, toute programmation télévisuelle - qu'elle soit sportive, de téléroman, de documentaire ou peu importe - est pensée en fonction du potentiel publicitaire. Elle ne sert que d'instrument visant à attirer le plus d'auditeurs pour que ces publicités soient vues par le plus grand nombre possible. Le cas des Jeux olympiques ne fait pas exception. Ils n'attirent pas moins de trois milliards de téléspectateurs dans le monde. Au prix que paient les télédiffuseurs pour les droits de diffusion, ces derniers souhaitent évidemment revoir la couleur de leur argent.

Les Jeux olympiques ne sont qu'une mascarade, un mensonge grotesque de bienveillance et de fraternité humaine.

Le Super Bowl est un autre exemple où la publicité est considérée banale, à un tel point qu'un culte est voué non pas au sport lui-même, mais à la fameuse publicité diffusée à l'entracte à chaque année.

Le sport n'est qu'un prétexte

Le sport n'est même plus la raison principale de l'existence des JO. Il n'est qu'un prétexte pour parvenir à une fin : le profit.

De même, les athlètes ne sont que des pions dans l'histoire. D'abord puisqu'ils sont formés depuis leur plus jeune âge à êtres dédiés à leur sport, à réfléchir et à vivre en fonction de celui-ci avec l'intérêt supérieur d'une participation aux Jeux olympiques ; et d'autre part, parce qu'ils sont instrumentalisés par des compagnies à des fins publicitaires via des commandites.

L'athlète devient donc un outil au service du néolibéralisme tout en étant le symbole de la réussite personnelle, et ce, en échange d'une rétribution. Ça paraît bien aux yeux de tous.

Les Jeux olympiques ne profitent assurément pas au peuple. Certes, à court terme, les commerçants, hôtels et restaurants avoisinants voient d'un bon œil l'achalandage imminent. Mais à long terme, les effets sont souvent néfastes. Rien ne prouve que la dette sera épongée et que le tourisme perdurera, surtout avec la crise et la criminalité qui affligent la capitale brésilienne, qui semblent bien loin de la résorption.

Le cas de la Grèce est notoire. L'expression «un cadeau de Grec» prend tout son sens. Elle s'est endettée de 13 milliards de dollars et ne s'en est jamais remise. Les années subséquentes n'ont pas eu les effets espérés au niveau touristique. Dans ce cas-ci et comme dans bien d'autres, les installations olympiques sont tombées en ruines, laissées à elles-mêmes. C'est le comble de l'irrationalité humaine : construire de gigantesques installations pendant près d'une décennie, pour les abandonner après deux semaines d'utilisation...

Ce même village en ruine qui fut autrefois attrayant est d'ailleurs construit en ostracisant et en délocalisant des populations entières. Parce que pour construire le village olympique, on fait un vrai nettoyage social. Effectivement, de 1988 et 2008, on estime à 2 millions le nombre de personnes délocalisées. La palme d'or va à Beijing en 2008 avec un million de délocalisations à elle seule.

Tout ça pour ça.

Une mascarade

Les Jeux olympiques ne sont qu'une mascarade, un mensonge grotesque de bienveillance et de fraternité humaine. C'est l'hypocrisie la plus extrême. Jamais ils n'ont contribué à la paix dans le monde. Jamais ils n'ont permis d'oublier les hostilités. Au contraire, ils se sont parfois avérés d'excellents outils de propagande politique, ont provoqué des massacres et des prises d'otages. Des boycotts persistent à chaque occasion, été comme hiver.

Pour avoir son nom dans les livres d'histoire et pour acquérir un prestige qui n'en est pas vraiment un, des gouvernements sont prêts à écraser leurs propres peuples. Alors qu'on regarde naïvement le sport, on oublie ce qui se passe en arrière. On oublie que les communautés LGBT ont été réprimées à Sotchi en 2014, ou encore que des centaines de Tibétains ont été assassinés avant les jeux de Beijing en 2008 parce qu'ils étaient trop dérangeants.

On construit à la hâte des centres sportifs, des arénas, des infrastructures à coups de milliards de dollars sans même le consentement populaire. La décision revient à un groupe d'oligarques en vase clos par le biais d'un supposé vote démocratique.

Les Jeux olympiques devraient être carrément abolis. Au nombre de championnats du monde de ceci, de coupes du monde de cela et, surtout, en toute connaissance de cause des désagréments engendrés, ont-ils réellement toujours leur raison d'être? Le débat mérite d'être soulevé.

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