Julie Niquette

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«Tout ce que j'aurais voulu te dire», par Annie Loiselle

Publication: 01/02/2013 11:34

Tel que l'illustre la page couverture de ce livre paru tout récemment chez Stanké, la vie n'est pas toujours un chemin sans détour. Elle prend parfois des directions surprenantes.

La vie amoureuse d'Éléna Cohen en est un exemple patent. Rapidement, dans Tout ce que j'aurais voulu te dire, on apprend qu'elle est condamnée à mourir bientôt. Elle a le profond désir de régler ses amours avant de décéder. Mère de Jane et d'Isabella, épouse de Maxime et fille de Ruth, elle souhaite réparer, expliquer et éclaircir certaines parties de sa vie. Elle veut divulguer à sa fille Jane le secret de sa naissance. Son temps est compté... Aura-t-elle le courage d'aller jusqu'au bout de cette envie? Elle souhaite aussi revoir Julien, celui qu'elle a aimé extraordinairement. La vie lui offrira-t-elle cette possibilité? Poussée par la vie qui arrive à échéance, Éléna veut reconstruire ce qui aurait dû l'être depuis fort longtemps déjà. Elle dit: «Je suis la reine du foyer. Je renonce à ma carrière, qui ne m'intéresse pas, je m'abdique. Je n'ai plus besoin d'être moi-même, il me semble. [...] Je crois que je suis passée à côté de ce que j'aurais dû devenir, mais j'évite de m'épancher sur de vains regrets.»

L'histoire est racontée par cinq personnes. Cet aspect ajoute à la richesse de ce roman. Il nous rappelle à juste titre que, dans chaque situation, il y a plusieurs versions possibles. Tout est une question de perception.

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L'amour est au cœur de ce titre: l'amour entre homme et femme, entre mère et fille, entre grand-mère et petite-fille, et entre sœurs. On traite aussi des relations conflictuelles entre mère et fille, des non-dits et des éléments que l'on tient pour acquis, à tort ou à raison. Il y a aussi ce choix d'un amour stable et sécuritaire, au lieu d'un amour fort, intense et fou. De surcroît, Annie Loiselle démontre bien cette facette de l'être humain qui accuse l'autre de ses malheurs, mais qui reprend ses responsabilités lorsqu'il se retrouve seul avec lui-même. L'auteure, à travers ce roman, parle aussi du deuil. Dans les mots de Maxime, nous parvenons à ressentir toute sa douleur de perdre sa conjointe et de la voir autrement, grâce à la découverte d'informations la concernant. D'une certaine façon, plusieurs des personnages tentent de trouver un sens à leur passé et à leur présent pour mieux vivre leur futur.

Selon moi, ce roman est intéressant puisqu'il octroie le privilège de connaître la version d'individus de générations différentes sur plusieurs situations. L'auteure a su nous faire ressentir la force de l'amour, mais aussi le déchirement ressenti quand nous ne sommes pas la personne choisie. Annie Loiselle possède le talent de choisir les mots qui garantissent aux lecteurs et aux lectrices de vivre des émotions et de faire des prises de conscience sur leur propre réalité. Par contre, la version de certains protagonistes aurait pu tenir davantage compte, en matière de vocabulaire utilisé, de leur âge, de leur expérience et de leur éducation. Cela n'altère toutefois pas l'intérêt de cette histoire.

Ce livre se lit rapidement. L'écriture tout en finesse de l'auteure et les réflexions qu'elle suscite donne le goût de ne pas abdiquer, de se choisir et d'écouter son cœur pendant qu'il est encore temps.

L'auteure: Détentrice d'une maîtrise en études littéraires, Annie Loiselle a publié Les Affamées - Regards sur l'anorexie, en 2003. Tout ce que j'aurais voulu te dire est son premier roman.

 
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