Julie Niquette

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Le syndrome de la vis, par Marie-Renée Lavoie

Publication: 13/12/2012 16:16

Josée Gingras est enseignante en français. Elle souffre d'insomnie chronique depuis un bon moment déjà. Son imagination débordante et ses pensées ne cessent de la hanter, le jour comme la nuit. Elle compare sa situation à une vis sans fin. Elle dit : « J'ai dans la tête une vis sans fin qui ne me laisse tranquille qu'une fois mes idées, mes peurs, mes souvenirs hachés menus, désubstantialisés par les engrenages qu'elle met en marche.

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Elle tord mes pensées jusqu'à plus sec, jusqu'à la fragmentation des images qui les constituent en molécules de rien. Je ne peux rien contre elle, c'est mon ennemi intérieur. » Elle entretient une relation « beige » avec son chum Philippe, mais elle est très près de son frère et de ses fils. Elle discute régulièrement avec son père, qui, bien que décédé, vient souvent lui rendre visite.

L'enseignante célèbre chacune des minutes de sommeil qu'elle arrive à gagner, même durement. Toutefois, cette disette l'entraîne au bout du rouleau. Sa mémoire à court terme lui fait parfois défaut, ce qui donne lieu à des scènes absolument délicieuses tout au long du roman. Elle décrit très bien la situation : « Aujourd'hui, ma fatigue se traduit plus souvent en d'inquiétantes absences : je me retrouve parfois dans mon auto, sur la route, sans savoir d'où je viens ni où je vais, réintégrant mes esprits quelques sorties trop tard; d'autres fois, j'entre en crise de rage et j'ouvre les yeux, après quelques secondes de dissociation mentale, sur un tiroir à four récalcitrant à moitié arraché, un tableau de bord fissuré, un cellulaire en poudre; en des moments inopportuns, je fonds en larmes, en impatience, en intolérance, en haine de moi-même. Et des autres quand ça déborde. » Elle le réalise vraiment le jour où, exaspéré qu'un étudiant quitte son cours à plusieurs reprises, elle s'empare du cellulaire de ce dernier et saute à pieds joints sur l'objet jusqu'à ce qu'il ne soit que l'ombre de lui-même. À partir de ce moment, elle décide de prendre quelques jours de congé. Ces journées seront des occasions de se rapprocher de son voisinage, de tenter de se reposer et, qui sait, peut-être d'arriver à apprivoiser son insomnie.

La force de ce roman réside dans l'aisance de l'auteure à décrire avec précision et humour l'univers de Josée. Elle possède cette facilité d'expliquer l'ordinaire de la vie avec une minutie et une sensibilité hors du commun. Cela permet, justement, d'apprécier cette routine et d'y poser un regard différent. J'ai adoré être témoin des relations qui se tissent entre elle et son voisinage. Il en est ainsi pour ce lien qu'elle développera avec Joseph, un petit garçon vaillant, et son chat à trois pattes. Les heures de sommeil de Josée sont rares, cela devient problématique pour elle, mais jamais le roman ne devient lourd. Au contraire, les rires et les sourires sont garantis. Le rythme est intéressant, ne laissant aucune place à l'ennui. La fin est belle, mais peut-être un peu magnifiée par rapport à la réalité. Mais pourquoi pas?

En bref, j'ai apprécié pénétrer dans le monde d'une insomniaque et découvrir les mots de cette auteure à la plume assurée et drôle.
Cette incursion dans ce microcosme sympathique vous procurera de bons moments.

L'auteure : Marie-Renée Lavoie est enseignante en littérature au collège de Maisonneuve. Elle est l'auteure du livre, La petite et le vieux, son premier roman. Lauréate du Grand prix de la relève littéraire Archambault, en 2011, elle a remporté un vif succès avec ce premier roman. Il a été finaliste, en 2011, au Grand Prix littéraire du public Archambault, au prix France-Québec et au prix Cinq Continents de la Francophonie. Il est sorti vainqueur du Combat des livres de Radio-Canada, en 2012.

 
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