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Comment apprécier le Super Bowl

01/02/2015 08:51 EST | Actualisé 05/02/2016 07:27 EST

J'avais envie d'écrire un texte sur le Super Bowl. Pour les fans de la 11e heure et les vrais. Le match de toutes les contradictions. Je dois me confier : je suis un fan de la NFL. J'aime le football américain. Et je le déteste aussi. Pour les bonnes raisons. J'aborderai le texte en deux thèmes, le match et le reste.

D'abord le reste. On a tendance à nous faire croire que le Super Bowl est l'émission la plus écoutée dans le monde. Quelle connerie. Personne ne se préoccupe de la NFL à l'extérieur de l'Amérique du Nord. Les Olympiques, c'est mondial. La Coupe de monde de soccer, c'est mondial. Le football américain, la terre entière s'en sacre, même si on va nous présenter un reportage sur une famille du Ghana rivée sur son petit écran pour suivre le grand match ou un bar au Japon où les gens ont le visage peinturé aux couleurs de équipes.

Ensuite, le show de la mi-temps. Si quelqu'un regarde le Super Bowl pour le show de la mi-temps, je crois qu'il n'y a pas d'espoir: il faut euthanasier cette personne. C'est réellement sans espoir. Une opinion personnelle. Rien de plus à dire sur le show de la mi-temps.

Les publicités. Encore pire. On vient d'avoir la nouvelle qu'on aura au Canada, les pubs américaines d'ici 2017. Quelle grande nouvelle. S'il y a bien un élément déplaisant dans le football de la NFL, c'est bien les pubs. Ça brise le rythme du match d'une façon indécente. Les meilleures « œuvres d'arts » au service de la société de consommation. C'est une plaie. Je ne me réjouis jamais qu'un sport soit une occasion de me ramollir le cerveau pour mieux me vendre des produits.

« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective "business", soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit.[...] Or pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible ». -Patrick Le Lay, président de TF1 de 1988 à 2007

Ensuite, le nation building et le complexe militaro-industriel. J'ai vu beaucoup de gens dénoncer ça durant les Jeux olympiques de Sotchi, comme quoi la Russie de Poutine se servait de ces Jeux pour montrer sa puissance, etc... Ok. Fair Enough. Mais le Super Bowl alors? La NFL comme courroie de légitimation de l'appareil militaire impérialiste américain? Oui. Ça existe. Semaine après semaine. Les F-16, l'hymne national chanté par les choristes du corps des Marines, les cérémonies à la gloire des GI morts, les coups de feu en l'air, les produits dérivés aux couleurs des treillis militaires pendant le mois des vétérans. Ne soyons pas naïfs.

Finalement, le match en soi. Malgré toutes ces choses que je déteste qui entourent le match, je suis un fan du sport. Opium du peuple? Probablement. Mais, tout en étant conscient, j'aime le match. Comme un genre d'Eduardo Galeano nord-américain, en moins modeste. Je suis un fan des 49ers de San Francisco. Pourquoi? Je ne sais pas. C'est comme ça. J'ai connu le football à l'époque de la fin de la carrière de Joe Montana et à l'apogée de celle de Steve Young. Depuis 1995, je suis un fan fini de cette équipe. Les Bowman, Willis, Aldon Smith, Justin Smith, Borland, Crabtree, Vernon Davis, Gore, Boldin, Kaepernick, nous ont donné du très bon football depuis les quatre dernières années. Pendant les années de vaches maigres des 49ers, j'ai soutenu Peyton Manning et les Colts pendant les séries. Vous vous doutez bien que je déteste les Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Mais en tant que fan des 49ers, je déteste également les Seahawks de Seattle.

Les Patriots sont haïssables. Le « spygate » et le « deflate-gate », ils passent pour des mauvais joueurs et des tricheurs. Néanmoins, on ne peut nier la contribution et le talent de Tom Brady et de Bill Belichick. Sans aucune sympathie pour eux, en tant qu'amateur depuis une vingtaine d'années, je reconnais leur apport au jeu. Ajoutons à cela, une défensive plus que respectable, un tight end un peu surhumain en la personne de Rob Gronkowski, et le facteur « Comeback Brady ». Ça fait une équipe pas mauvaise du tout.

De l'autre côté, les Seahawks. Quiconque a regardé attentivement leurs matchs a remarqué que leur défensive « joue sale » comme on dit. Robuste certes, mais sale. Accrochage, coups salauds et coups discrets après le sifflet, souvent « dans le dos de l'arbitre ». Néanmoins, une défensive très talentueuse mené par les Sherman, Chancellor, etc, le coach au gros menton, un quart-arrière qui fait ce qu'il a à faire au moment opportun, Russell Wilson, et surtout, un porteur de ballon exceptionnel, Marshawn Lynch. Quant à moi, elle est là la clé du match : Lynch. « Beast mode » peut à lui seul changer l'allure du match. À vous de voir. Si vous êtes intéressé par ce match pour autre chose que les ailes de poulet, les pubs de Bud et le show de la mi-temps, regardez ce bonhomme. En plus, dans le monde du sport où les sportifs sont censés être à l'entière disposition des journalistes sous peine d'amende, ce gamin me fait bien rigoler.

Si je devais vous dire qui va gagner...

Cette année, je le garde pour moi mais en 2016, ce sera l'année des 49ers.

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