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Merci pour la réponse Jean-François, mais...

03/05/2013 06:31 EDT | Actualisé 03/07/2013 05:12 EDT
AP
Parti Quebecois Leader Pauline Marois returns to complete her speech after being whisked off the stage by security as she delivered her victory speech in Montreal, Que., Tuesday, Sept. 4, 2012. With the win, Marois becomes the first female premier in Quebec history. (AP Photo/Paul Chiasson, The Canadian Press)

Re-salut Jean-François,

Tout d'abord merci de m'avoir répondu. J'ai apprécié, sincèrement. Je dois dire que tu es fort, ça paraît que tu as du métier; pendant un instant j'ai vraiment cru que les impôts des plus riches avaient été augmentés (soupirs). Sérieusement, il y a quelques points qui mériteraient une attention particulière. D'ailleurs, j'ai remarqué que tu utilises le mot indépendance, et ça m'a un peu surpris, je croyais que ce mot était proscrit au PQ et qu'on lui préférait souveraineté, plus tiède et moins épeurant.

Dans un sens, tu as raison de dire qu'après neuf ans de gouvernement libéral, beaucoup de choses sont à reconstruire, et que ça ne fait que sept mois que le PQ est là, minoritaire. Ça, je veux bien te l'accorder. D'un autre côté, c'est quand même la faute du PQ si les libéraux ont été au pouvoir pendant neuf ans. Il n'a pas su canaliser l'insatisfaction de la population à l'égard des libéraux en vote pour lui, et ce, même après le printemps dernier. L'élection du 4 septembre aurait normalement dû s'illustrer par une chute vertigineuse des libéraux, ce qui n'est pas arrivé.

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Évidemment, la division des forces indépendantistes n'est pas un facteur à négliger, mais où je ne suis pas d'accord c'est quand tu dis ceci: «Et si la majorité des électeurs qui ont voté QS et ON avait voté PQ, nous serions majoritaires...Soupirs». Techniquement parlant, tu as raison, mais si ces partis existent, c'est qu'ils répondent à un besoin réel chez les électeurs québécois. Ces partis existent bel et bien et le PQ devra composer avec eux. En fait, et là je m'adresse aussi à QS et à ON, vous devrez bien trouver une façon de vous entendre et de rassembler les forces indépendantistes pour les prochaines élections, parce que je ne vois pas très bien l'utilité d'avoir trois partis indépendantistes à l'opposition.

Avant de tomber dans le cœur du sujet, je voudrais juste aborder légèrement quelques trucs. Le règlement P-6 est une honte. Je sais que c'est un règlement municipal, mais en tant que ministre de la métropole, ce règlement est indigne d'un endroit qui se dit «démocratique» et tu ne peux pas défendre ça. Ensuite, le Plan Nord. J'ai toujours trouvé que le Plan Nord était digne d'un gouvernement tiers-mondiste à la solde des puissances coloniales, et c'est même pire, parce qu'on paye pour que des compagnies étrangères pillent nos ressources et sabotent notre territoire. Alors le fait de garder l'idée, mais de le renommer le Nord pour tous, c'est rire du monde. J'attends donc d'un œil méfiant, mais impatient, votre projet d'augmenter les redevances minières.

Et puis concernant les anglophones, il faut qu'on se comprenne bien. En tant que Québécois qui vit son statut minoritaire au Canada depuis toujours, le jour où le Québec sera un pays, je prendrais soin d'en faire un modèle de respect et d'égalité pour les minorités, néo-québécois, autochtones et anglophones, qu'ils aient voté oui ou pas. Par contre, pour l'instant, le Québec n'est qu'un sous-ensemble du Canada, et dire des anglophones qu'ils sont une minorité c'est une contorsion sémantique intellectuellement malhonnête. Je n'embarque pas dans le discours de la pauvre minorité anglophone opprimée par la «répressive» loi 101. Me faire traiter d'intolérant par la clique d'excités du West-Island, style The Suburban, parce que je veux protéger ma langue, je n'accepte pas ça et je ne l'accepterai jamais.

Le billet de Jules Falardeau se poursuit après la galerie

«Notre Home»: quelques réactions...


C'est peut-être toi qui a raison de vouloir dialoguer avec cette communauté, mais quand je regarde l'accueil qu'ils réservent au projet de loi 14 ( je généralise évidemment, mais je ne me casserai pas la tête pour 5% d'exception), je me montre pessimiste. L'avenir me donnera peut-être tort sauf que j'ai l'impression que la bonne foi vient toujours du même côté. Je ne demande qu'à être convaincu du contraire.

Bon maintenant parlons de la fameuse gouvernance souverainiste et de «la plus grande campagne de promotion de l'idée d'indépendance, en dehors d'une campagne référendaire». Si vous êtes vraiment persuadés que deux ou trois vidéos YouTube dignes des Résidences soleil et quelques PowerPoint représentent la «plus grande campagne de promotion», c'est peut-être là qu'il y a un problème. Pendant que de l'autre côté :

«Un des moyens de contrebalancer l'attrait du séparatisme, c'est d'employer un temps, une énergie et des sommes énormes au service du nationalisme fédéral. Il s'agit de créer de la réalité nationale une image si attrayante qu'elle rende celle du groupe séparatiste peu intéressante par comparaison. Il faut affecter une part des ressources à des choses comme le drapeau national, l'hymne national, l'éducation, les conseils des arts, les sociétés de diffusion radiophonique et de télévision, les offices du film» - Pierre Elliott Trudeau.

Il me semble que dans la gouvernance souverainiste, il y a «placer les arts et la culture au centre de notre projet». Voilà. Si vous voulez vraiment faire une campagne de promotion pour l'indépendance, il faut voir grand, à long terme et ne pas tenter de vendre l'idée comme un vulgaire produit surgelé. Tu te rappelles la chanson «À nous de choisir»? Je ne sais pas quel était le mot d'ordre, mais vous avez choisi des artistes talentueux, et le résultat fut un désastre d'une kétainerie sans borne. Tu sais un membre de l'exécutif du PQ ne peut pas s'improviser directeur artistique, ça se veut toujours rassembleur et c'est toujours désastreux. Ce que je dis vaut aussi pour les partis politiques en général (la chanson Pu capab des libéraux fédéraux est un bon exemple, on dirait que Stéphane Dion lui-même l'avait écrite).

Si moi, je devais orchestrer une «campagne de promotion» comme vous dites, je mettrais sur pied un festival de films à vocation politique. Je ne mettrais pas de péquiste dans l'administration, je le confierais plutôt à des gens de talents et de convictions, et je leur ferais confiance. Je mettrais par exemple Emmanuel Bilodeau et Anaïs Barbeau-Lavalette sur le jury, j'inviterais un cinéaste écossais ou basque ou catalan ou palestinien. En fait, en provenance d'un endroit où ils se battent présentement pour l'indépendance, mais aussi un cinéaste politique venant d'un pays déjà indépendant, l'Argentine, l'Algérie, le Cambodge, la Belgique et on alternerait chaque année. Je joindrais à cela un concours de court-métrage sur un thème politique. Et tranquillement, le festival grossirait. Et je ferais le même genre d'exercice avec la sculpture, la musique, la littérature, etc. Et tout ça dans l'esprit de susciter une réflexion et de faire avancer «l'idée» de l'indépendance, sans ligne de parti, sans partisanerie, sans visée électoraliste.

Lâchez moi avec Notre home, À nous de choisir, la feuille de route, le coffre à outils, l'assurance morale et compagnie. Je dis ça sans méchanceté. Quand je tombe sur le PQ en public, je me sens un peu comme un mercenaire de Gesca, mais je le fais purement dans le but de faire avancer la cause indépendantiste et d'essayer de vous brasser la cage. Prends ça comme une critique, un peu agressive, mais constructive.

Jean-François, tu me dis «un coup de main par-ci, par-là serait le bienvenu». Tu sais, je fais déjà beaucoup de choses pour aider libérer mon peuple, et souvent bénévolement, je tourne, je fais des vidéos, de la web-TV, j'écris, j'ai même animé une émission à Radio Centre-ville où je parlais de souveraineté à des Québécois de toutes origines. Et je n'hésite jamais à aller rencontrer des militants indépendantistes quel que soit leur parti ou leur organisation militante. Pourrais-je en faire plus? Sans doute. Je donne déjà un sacré coup de main pour la cause, et si vraiment nous avons le même but, tu verrais déjà ce que je fais comme un coup de main, sans que je le fasse directement au PQ.

J'aurais seulement une dernière question. Tu n'es pas obligé de me répondre par un texte, même un tweet ferait l'affaire. La première ministre parlait, pendant la dernière campagne, de récolter 850 000 signatures dans un registre officiel, pour ensuite tenir un référendum. En fait, je voulais seulement savoir si la récolte des signatures va bon train?

Allez, salut.

PS: Je vais arrêter de t'embêter avec mes questions pour un moment, il faut que je m'occupe de Coderre pour être sûr qu'il ne devienne jamais maire de Montréal.

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