LES BLOGUES

Bilan de la Commission Charbonneau: les 10 meilleures citations

16/09/2014 12:19 EDT | Actualisé 15/11/2014 05:12 EST

Deux ans et 189 témoins plus tard, je propose mon bilan de la Commission Charbonneau. On ne peut pas dire quelle aura été l'utilité réelle de cette commission, puisque vu les résultats des dernières élections provinciales, la corruption n'a pas l'air de déranger tellement les gens. Par contre on peut dire qu'elle aura été divertissante. Même burlesque à l'occasion. Je vous présente donc mes 10 meilleures phrases entendues devant la juge France Charbonneau.

10. Tony Accurso. En parlant de Lino Zambito; « Le gars est pas capable de faire un drive-way ».

9. Martin Dumont. Lorsqu'il raconte comment Nicolo Millioto lui aurait offert de l'argent : « Non, tu comprends pas, tu vas venir pisser avec moi ». Quoique j'ai un faible aussi pour « C'est toi le chapeau », lorsqu'il aurait mal interprété l'expression « passer le chapeau ».

8. Bernard Trépanier. « Un chum, c't'un chum ». Ça ne s'invente pas.

7. Denis Gallant. Le procureur nous offre un classique : « Vous avez tendance à pinner avec les gens? » Celle-là, on peut remercier Infoman et son équipe de l'avoir débusqué.

6. Frank Zampino. « Je ne confirmerais pas non plus que je ne pourrais pas l'exclure ». Pour dire comme Sonia Lebel, « C'est tellement bien dit ».

5. Michel Lalonde. « Entre quinze et vingt mille dollars, ça va payer les bénévoles ». Payer les bénévoles? Burlesque je vous ai dit.

4. Robert Marcil et France Charbonneau. L'échange est magnifique. Après avoir dit qu'il n'avait « pas allumé », la juge pose une question cruciale à Robert Marcil :

-Êtes-vous en train de nous dire que vous étiez imbécile et incompétent?

- Je ne pense pas être imbécile, je ne pense pas être incompétent non plus. Je ne suis définitivement pas parfait.

-Oui, ça on avait compris.

3.Giuseppe Borsellino. L'un de mes témoins préférés. Il nous a fait marrer avec son bilinguisme de circonstance pour confondre le procureur, se donner plus de temps pour réfléchir à ses réponses et même éviter ainsi de se parjurer. J'hésite entre « Everything there is truqué » ou « Did you mean bateau or did you mean hockey tickets? ».

2. Nicolo Milioto. Encore un témoin fantastique. Il nous a sorti plusieurs perles. À la question pourquoi il allait plusieurs fois par jour au Café Consenza, il répond : « J'aime l'espresso ». Tordant je vous dis. De quoi parlait-il lorsqu'il jouait aux cartes avec Vito Rizzuto : « On parlait de cartes, on jouait aux cartes ». Ouais logique. Ou bien concernant le fait qu'il mettait de l'argent dans ses bas, il y a deux choix. Soit : « Si j'ai mis de l'argent dans mes bas, peut-être que c'est inconscient ». Soit : « C'est une tite cachette ». Ah ben oui pourquoi pas.

1. Bernard Gauthier. Pour ceux qui avaient vu son témoignage, je pense qu'on avait presque tous le « motton » à ce moment-là. Ce n'est pas drôle comme les autres citations, mais plutôt très instructif. « C'est David contre Goliath. De ce que je sais David a gagné, mais à te battre, pis à te battre, pis à te battre, ça mets pas de pain pis de beurre sur les tables. Le politique, ça a deux vitesses, lent pis ben lent. Pendant ce temps-là, nous autres on travaille pas. Pis c'est moi je m'en va avec ça le soir, quand je finis à 4h30-5h, je peux pas mettre ma boîte à lunch là pis oublier tout ça, des pères de famille qui pleurent pis qui crient. Moi je peux pas l'oublier. Pis c'est pas un là, j'en ai 250 sur le bord qui travaillent pas. [...] C'est rendu critique chez nous. Les gens de la ville pensent qu'on roule sur l'or. Oubliez ça. J'en ai ça fait 18 mois qu'ils sont sur le bien-être social. Est-ce normal? On a un Plan Nord, pis on est même pas capable d'en profiter. C'est triste à voir ». Un témoin franchement intéressant et intelligent, qui, je crois, a surpris le personnel de la commission par son éloquence et sa coopération. Il a très bien évoqué les problèmes auxquels font face les régions du Québec, surtout en ce qui a trait à la mobilité de la main-d'oeuvre et au chômage. Et le gars appelle les députés de sa région « les plantes vertes ». J'aime ça.

En tout cas, vous direz que ça fait cher le divertissement. Je suis d'accord. Vous direz que les politiciens ont été épargnés. Je suis d'accord aussi. Ça nous aura quand même permis de constater un état de fait: la corruption et la collusion sont généralisées. Ça, on le savait, vous me répondrez. Je suis encore une fois d'accord, mais ça nous aura permis de voir comment ça se passe.

Le truc, c'est qu'on a remis au pouvoir le même parti politique à qui on réclamait une commission d'enquête justement pour faire la lumière sur ses agissements louches en matière de financement. Alors dans cette veine, si au moins la compréhension des mécanismes de la corruption nous avait donné envie de nous débarrasser des libéraux et pour longtemps, ça aurait pu servir à quelque chose. Faut croire que la corruption ne pèse pas lourd dans la balance quand vient le temps de voter.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

La commission Charbonneau en bref

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter