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Elle n'est pas une Miss

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Pour que j'écrive quelque chose à propos d'un concours de beauté pancanadien, il me fallait une maudite bonne raison. Et j'en ai une. Elle s'appelle Hala. Elle a 30 ans, c'est une Québécoise d'origine syrienne, une ingénieure civile et, surtout, une activiste. L'an dernier, elle a surpris tout le monde au concours de Miss Québec, par son intelligence et l'éloquence de ses discours. Elle milite à PAJU, Palestiniens et juifs unis, pour la campagne BDS, (Boycott désinvestissement et sanctions, nous y reviendrons) et c'est elle, entre autres, qui avait eu l'initiative d'organiser la marche pour souligner le décès de Nelson Mandela.

Qu'est-ce qu'elle va faire dans un concours de beauté comme Miss Canada, vous me demanderez ? Eh bien, en réalité, elle s'en fout pas mal du concours. Elle n'aspire même pas à gagner. D'abord, il faut comprendre que le système de vote pour gagner Miss Canada fonctionne avec les dons en argent : un vote coûte «tant», et plutôt que d'encourager ses supporteurs à voter pour elle, et donc à donner à l'organisation Miss Canada, elle demande plutôt aux gens de donner cet argent à un organisme de charité de leur choix.

Ensuite, elle se sert uniquement de ce concours comme d'une tribune pour conscientiser les gens sur des causes sociales ou politiques, comme par exemple la violence envers les femmes, les droits bafoués des femmes autochtones, l'apport de Nelson Mandela pour la justice et la liberté dans le monde, le droit à l'autodétermination des peuples - y compris les peuples palestiniens et québécois - et les victimes de la guerre en Syrie, un pays qu'elle a quitté il y a déjà 25 ans.

Elle est «une voix pour les sans voix», comme elle aime le dire.

«Je le fais, parce que c'est mon devoir, parce que je le dois aux enfants du Québec, aux enfants de Gaza», dit-elle.

Elle peste contre les choix des gouvernements actuels, au Québec à propos de l'austérité, des coupes dans des choses aussi importantes que l'éducation ou les centres jeunesse. «Le Québec m'a donné la vie. Sans lui, je serais probablement morte. Le Québec m'a donné mon ouverture d'esprit, ma mentalité, la chance de pouvoir faire mon diplôme d'ingénieure».

Au Canada, elle déplore les choix de la politique étrangère, comme les appuis aveugles envers les gouvernements saoudiens et israéliens, par exemple. Et encore, contre la récente motion des conservateurs, appuyée par les libéraux de Justin Trudeau, qui condamne l'appel au boycott des produits israéliens, la campagne BDS ; une motion qui la fait rager. «J'ai le droit de boycotter, j'ai de droit de savoir d'où viennent les produits que je consomme, s'ils encouragent un régime répressif». En ce sens, elle voudrait également un boycott sur le commerce avec le régime d'Arabie saoudite.

Elle croit aussi à l'autodétermination des peuples, qui est un droit sacré selon elle. «Personne ne peut te dire que tu n'as pas ce droit, si c'est le peuple qui se prononce. C'est ça la vraie démocratie». Elle croit que le Québec a le droit d'être indépendant et, par la même occasion, il pourrait avoir sa propre politique internationale. «Le Québec devrait être souverain, parce qu'il est différent du reste du Canada. Pas meilleur ni pire, juste différent.»

Donc cette année, elle utilisera sa tribune pour conscientiser les gens sur quels sujets ? «Probablement que je parlerai de la campagne BDS et de la situation en Palestine».

Elle me fait remarquer que l'expression «apartheid israélien» est plutôt juste, et que justement cette campagne mondiale de boycott s'inspire de la campagne de boycott contre le régime d'apartheid sud-africain. À l'époque, cela a aidé le monde à s'ouvrir les yeux. En plus des Palestiniens qui vivent sous le régime militariste israélien, on parle aussi des 5 millions de réfugiés hors-Palestine : «Tu sais, le gouvernement israélien, ils les tuent avec les armes, les font mourir de faim, de soif, de froid. Ils les tuent psychologiquement et aussi culturellement. Ils s'approprient leurs terres et même leur culture.»

Sur ce dernier point, elle conseille le documentaire The Great Book Robbery (seulement en anglais par contre). Ça parle de la confiscation des biens dans les territoires occupés, dans ce cas-ci de la confiscation des livres des Palestiniens, de leur mémoire.

La seule raison qui fait qu'elle voudrait gagner ce concours, c'est que parmi les organismes qui militent pour les droits des Palestiniens, il y a la Flottille de la Liberté, et cette année ils voudraient envoyer un bateau de femmes pour forcer le blocus de Gaza et y apporter de l'aide humanitaire. Elle veut y participer et se demande seulement si le gouvernement israélien «bombarderait» le bateau, en sachant qu'il abrite Miss Canada. En tout cas, je n'ai pas l'impression qu'elle pourrait compter sur le support du rampant ministre Stéphane Dion, mais bon...

Personnellement, j'aurais bien aimé qu'elle gagne Miss Québec l'an dernier. Je me serais senti vraiment bien représenté par cette jeune femme inspirante qui se tient debout pour ses convictions et qui, il faut le dire, a aussi déteint sur d'autres Miss Québec. Elle leur a donné le goût de s'impliquer également. Pour ce qui est du concours de Miss Canada, je me sacre pas mal de qui gagnera, et même de son existence en soi. Je suis simplement content de savoir que des gens comme Hala existent et qu'ils utilisent n'importe quelle tribune pour donner une «voix au sans voix», aux opprimés mais également aux simples militants, qui oeuvrent dans l'ombre et qui n'ont pas accès à ces tribunes.

«C'est un problème de médias. Un Québécois bien informé va inévitablement être interpellé par les injustices, parce qu'il a un cœur tellement grand. Le principal problème au Québec, c'est la désinformation.» - Hala

Comme complément, je vous propose 2 documentaires :

Cinq caméras brisées, réalisé par Emad Burnat et Guy Davidi, gagnant de l'Oscar du meilleur documentaire 2013.

My Land, réalisé par Nabil Ayouch, très beau film sur la confiscation des terres et le dialogue entre Palestiniens et Israéliens.

miss

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