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Fumer devient politique

09/06/2013 10:56 EDT | Actualisé 09/08/2013 05:12 EDT

D'autres l'ont déjà remarqué: fumer pourrait bien devenir un acte politique, un acte de rébellion et de résistance. Tant mieux pour Imperial Tobacco, mais tant mieux surtout pour les amants de la liberté, pour tous les humanistes et l'ensemble des libertaires, fumeurs ou non.

À force de «frapper» le fumeur, de le pousser dans des coins de plus en plus obscurs, et à force de l'ostraciser, les ennemis radicaux et intolérants de la cigarette courent le risque suivant: refaire du fumeur une figure romantique. Celle d'un individu fier de sa différence, de sa liberté, de sa non-conformité. Et c'est très puissant, une figure romantique. Bien plus qu'un petit règlement municipal. Oui, madame, je vous jure. Une figure romantique, voyez-vous, ça lance des modes, ça fait ou défait des gouvernements, ça sert de contre-exemple. Prenez la figure du Che, ou celle du beatnik. Le cauchemar des adultes comme il faut des années 50 et 60.

Les nombreuses mesures coercitives ne pourront pas grand-chose contre la cigarette, si celle-ci devenait, par les bons soins des anti-tabac, un symbole de liberté. Un symbole de liberté! Comment voulez-vous légiférer contre un symbole ? Demandez aux jungiens: c'est impossible, un symbole, c'est immatériel et ça capture l'inconscient. Ainsi, non content de restaurer la figure du fumeur romantique, on irait jusqu'à transformer la cigarette et les cigarillos en symboles de liberté et d'indépendance...Très fort! Vous enverrez, dans ce cas, vos honoraires aux compagnies de tabac.

Car la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, et autres organismes similaires, sont peut-être en train de travailler - sans le vouloir ni le savoir - pour ces mêmes compagnies. Parce que le résultat d'une approche à ce point répressive risque d'être une stagnation, voire une augmentation du nombre de fumeurs, si bien sûr on persistait à vouloir «clandestiniser» le tabac, faisant ainsi du fumeur une personne se tenant debout, cigarette au poing, contre les dictats de la bien-pensance et d'un néofascisme sanitaire. Ainsi la cigarette pourrait se transformer en signe mobile contestataire, en objet fétiche libertaire, en marqueur de liberté, en objet de reconnaissance intellectuelle - et même, et surtout, en pied de nez aux bien-pensants, conformistes et puritains de tous acabits. Prenez garde! Et répétez-vous bien cette judicieuse maxime, applicable aussi à la lutte anti-cannabis, elle aussi contre-productive: l'enfer est pavé de bonnes intentions. Dicton que tous les politiciens devraient d'ailleurs se répéter au moins dix fois par jour.

Car voyez-vous, chers anti-tabac, nous vivons dans un monde complexe, ironique, changeant, imprévisible, tragi-comique, multiforme et pétri de contradictions. Dans un monde où, trop souvent, nous faisons le mal en pensant faire le bien. Dans un monde aussi où la répression peut donner le goût de l'émancipation. C'est de la psychologie 101, en vérité, mais que vous semblez ignorer.

Je vous accuse donc d'être simplistes dans votre approche visant à interdire certains produits comme les menthols ou les cigarillos parfumés. Simplistes et même inconscients. Non seulement interdire ces produits pourrait fournir aux contrebandiers de nouveaux filons à exploiter, mais surtout ce serait, au niveau des principes, un déni de liberté. Je veux avoir le droit de m'acheter des menthols. Même si j'arrêtais un jour de fumer. C'est ce droit que vous n'avez pas le droit de m'enlever. Ce serait une prohibition, et même - il faudrait voir - une attaque anticonstitutionnelle. Attention Cour suprême!

Je termine en vous disant que votre approche répressive manque d'humanisme et de compassion. Surtout que l'équilibre entre droits des fumeurs et des non-fumeurs a été atteint, et qu'il s'agit maintenant de se respecter. Aller plus loin serait de la démesure. Ainsi, éduquez tant que vous voulez sur les dangers du tabac, mais arrêtez-vous devant cette tentation, celle de tous les fascismes: celle d'ostraciser, de marginaliser, de nier. Montrez-vous tolérants, magnanimes. Car sinon vous m'obligerez à devenir un fumeur résistant. Un fumeur politique. Et je ne serai pas le seul, car la liberté, c'est contagieux. C'est même admirable. Comme une fumeuse préférant son plaisir aux préjugés du voisin et sa cigarette aux quant-dira-t-on d'une société conformiste trop hostile au libre-choix.

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