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Le dur réveil d'une société qui s'ignore ou ma lettre d'adieu

05/09/2012 03:48 EDT | Actualisé 05/11/2012 05:12 EST
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Je quitte.

Montréal, la ville folle, la métropole qui a sorti le Québec d'une illusion de petit village d'irréductibles gaullois légèrement ouverts sur le monde mais soi disant protégé de ses pires vices.

Or, nous nous sommes trompés sur nous-mêmes. L'image d'un petit peuple chaleureux a trahi celle d'un peuple divisé selon les pires clichés du pouvoir libéral pendant la crise étudiante: une élite éloquente et habile se donnant une image progressiste de la nation québécoise, et une majorité (j'oserai dire silencieuse) se retrouvant dans la démagogie des commentateurs réactionnaires à grand tirage.

Il aura fallu des centaines de manifestations, des scandales de corruption, des répliques arrogantes et mensongères pour en arriver à une si petite victoire péquiste, une si grande victoire libérale...Legault, ancien du PQ, aura été le plus grand allié de Marois.

J'ai marché dans les rues poivrées de Montréal le soir, j'ai toussé en courant pour éviter une attaque policière planifiée, j'ai vu, de près et de loin, une ville qui se réveille et qui crache des meurtriers qu'on tente rapidement de connecter à tel ou tel mouvement.

Montréal, en 2012, était une ville folle et réveillée, dangereuse et attirante, vivante et explosive.

Je quitte une ville qui se réveille, difficilement, et qui constate qu'elle rêvait depuis trop longtemps à propos d'elle même, en vain.

Je quitte une ville avec des journalistes exemplaires comme Toula Foscolos et Mathieu Charlebois, des militants extraordinaires comme Luc Lefevre et Geneviève Tardy, des musiciens hors pair comme Pierre-Olivier Guillard et Kenny Thomas.

Je quitte une ville, une province qui, trop souvent, enterre ou noie ses meilleurs éléments dans la cacophonie de ceux qui savent le mieux japper sans rien dire.

Je quitte une ville qui commence, brusquement, à se connaître et réaliser qu'elle ne va pas si bien.

Je suis né dans une génération qui a élu un premier président américain noir, pour voir sa propre nationalité remise en question.

Je suis né dans une génération qui a élu une femme comme première ministre pour la première fois, pour voir sa vie menacée pendant les premières minutes d'un discours victorieux.

Mais quand j'y pense, que nous sommes nés avec des centaines de bombes atomiques pendant au-dessus de nos têtes comme autant d'épées de Damoclès transformées en couronnes familières, je me dis que notre rapport à la vie, à la mort, au danger, est complètement débalancé.

Je me dis que nous sommes encore en train de nous définir, mais que pour un an, au moins, je ne participerai pas à cette remise en question collective, pour le meilleur et pour le pire.

Je t'aime, Montréal, I love you.

L'auteur est photographe, vidéaste et rédacteur pigiste à Montréal depuis l'obtention de son baccalauréat en journalisme à l'UQAM en 2008. En 2012, il quitte pour Toronto animer une émission sur le cinéma à TFO.

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