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La recette d’un renversé salto arrière à l’architecture qui s’écroule

Nous exerçons la plus belle profession au monde. Le jour où notre gouvernement le reconnaîtra, nous n’aurons plus besoin de vedettes pour nous dire à quoi devraient ressembler nos écoles.

15/11/2017 10:58 EST | Actualisé 15/11/2017 11:10 EST
Getty Images/iStockphoto

La semaine dernière, le ministre de l'Éducation affirmait en conférence de presse, flanqué des trois vedettes du Lab-École, qu'il faut réfléchir et agir différemment en éducation, qu'il faut sortir des sentiers battus. Il faut « penser en dehors de la boîte », si vous me permettez ce calque de l'anglais. Difficile d'être contre la vertu. Le problème, c'est que le gouvernement et le ministère ne semblent pas avoir appris de leurs erreurs du passé. Ils travaillent comme ils l'ont toujours fait, en tassant les principaux intéressés : les enseignantes et enseignants.

J'aime Ricardo, et je n'ai rien contre M. Thibault, que je ne connais pas beaucoup. Je reconnais aussi que Pierre Lavoie a fait beaucoup pour notre société par la promotion des saines habitudes de vie, même si j'ai souvent déploré son ton moralisateur. Je suis persuadée que nous avons besoin de gens connus et de vedettes pour nous ouvrir des portes, et pour mieux faire connaître la réalité et les besoins criants en éducation. À preuve, nous travaillons depuis deux ans avec l'humoriste et comédien Pierre Hébert, qui est un fantastique porte-parole pour notre campagne de valorisation de la profession enseignante Prof, ma fierté! Nous collaborons également depuis de nombreuses années avec JiCi Lauzon pour faire connaître la réalité de l'éducation des adultes. Ces deux personnes nous ont donné un énorme coup de main en acceptant de s'approprier notre réalité et nos besoins, et de les faire connaître à la population du Québec.

Plutôt que de partir de la base pour trouver des solutions, on fait le chemin à l'envers.

Ce qui rebute les enseignantes et enseignants avec le projet Lab-École, c'est la façon de faire. Une façon de faire qui, malgré les prétentions du ministre, n'a rien de révolutionnaire. Une fois de plus, on veut repenser l'école sans associer à la démarche celles et ceux qui y passent leurs journées entières : les profs. Plutôt que de partir de la base pour trouver des solutions, on fait le chemin à l'envers. Des écoles magnifiques, il y en a au Québec. Des initiatives qui favorisent une saine alimentation et la pratique régulière de l'activité physique, il y en a aussi. Je suis convaincue que les travailleuses et travailleurs de l'éducation auraient été extrêmement fiers de faire connaître leurs idées, leurs attentes, leurs projets et leurs réussites à des gens d'affaires de l'envergure de messieurs Larrivée, Thibault et Lavoie. Ils auraient été honorés que ces trois vedettes leur servent de porte-voix, et qu'ils s'inspirent de leur expertise et de leur expérience pour imaginer les écoles de l'avenir. Malheureusement, ils ont plutôt l'impression qu'ils ont été oubliés, et que des vedettes déconnectées de leur réalité leur imposeront leur vision de l'école de demain.

En conférence de presse, on a aussi beaucoup insisté sur la recherche, qui démontre qu'un bel environnement scolaire améliore la réussite. Je n'en doute pas une seconde. Par contre, je peux aussi vous assurer que la recherche prouve depuis longtemps que le soutien aux élèves et aux enseignantes et enseignants améliore grandement la réussite. Pourtant, depuis des années, on nous a laissé tomber. Et maintenant, alors qu'approche à grands pas la prochaine campagne électorale, il devient impératif de redorer le blason de ce gouvernement, et c'est à trois vedettes que ce mandat est confié. Je ne doute aucunement des bonnes intentions du trio, mais comme le projet a été pensé sans s'appuyer sur l'expertise et le vécu du personnel enseignant, il en ressortira forcément des recommandations peu significatives pour les enseignantes et enseignants.

Avec le cadre budgétaire actuel, qui suffit à peine à nous assurer de garder nos écoles dans un état de salubrité acceptable, on peut penser que les moisissures continueront à pousser plus vite que les « écoles de demain ».

Au terme de ce processus de quelques millions de dollars, des idées de génie nous seront présentées. Les écoles prototypes seront grandioses. Après tout, on mérite le meilleur! Il nous faut rêver pour avancer, comme le mentionne Ricardo. La population aura sans doute l'impression, pendant quelques semaines, que leurs écoles de quartier deviendront par magie des bâtiments écologiques, modernes, épurés, où il fait si bon vivre et apprendre... Dans les faits, combien de ces établissements de rêve seront construits? Déjà, le ministre a été très clair sur le sujet. « À la réception des recommandations, nous verrons ce que nous pourrons en faire dans le respect du cadre budgétaire », a-t-il dit essentiellement. Avec le cadre budgétaire actuel, qui suffit à peine à nous assurer de garder nos écoles dans un état de salubrité acceptable, on peut penser que les moisissures continueront à pousser plus vite que les « écoles de demain ». On aura fait miroiter un rêve, et on aura un bilan à présenter aux prochaines élections.

Ce n'est pas à coup de relations publiques et d'embauche de vedettes que nous arriverons à sauver ou à réinventer l'école, c'est en y investissant à la hauteur des besoins et en écoutant celles et ceux qui y travaillent d'arrache-pied au quotidien.

Le VRAI travail se poursuit

Pendant ce temps, même si leur opinion n'est pas prise en compte par nos grands décideurs, les enseignantes et enseignants continuent à faire des miracles au quotidien dans les écoles du Québec. Ils continuent de tenir l'école à bout de bras.

À vous tous, chers collègues, je vous lève mon chapeau. Cette semaine, vous allez terminer vos bulletins et vous préparer à rencontrer les parents de vos élèves. Pour être fin prêt pour cette période cruciale de l'année, je sais que vous n'avez pas compté vos heures dans les dernières semaines. Vous avez sans doute passé de longues soirées et des fins de semaine à corriger, à réfléchir pour trouver des solutions aux problèmes de chacun, à élaborer de nouvelles activités pédagogiques et à trouver une façon d'aborder des sujets délicats avec les parents de certains élèves.

Malgré la fatigue, je sais que c'est avec le grand sourire que vous accueillerez les parents pour leur parler de ce qu'ils ont de plus précieux au monde, leur enfant. La plupart des parents seront très gentils ou voudront des conseils pour aider leur enfant en difficulté, alors que d'autres auront des reproches à vous faire. Enfin, quelques-uns pousseront l'audace jusqu'à vous dire comment vous devriez enseigner afin de répondre aux besoins de leur tout petit ou de leur grand adolescent!

À l'aube de ce premier bulletin, je veux simplement vous dire merci pour votre travail et votre passion. Merci, en cette période difficile de novembre, de continuer à croire en l'éducation et en la réussite de chacun de vos élèves, qu'ils aient accès ou non à l'aide à laquelle ils ont droit. Même si elle est peu valorisée et reconnue dans les décisions prises actuellement par nos politiciens, je persiste et je signe : nous exerçons la plus belle profession au monde. Le jour où notre gouvernement le reconnaîtra, nous n'aurons plus besoin de vedettes pour nous dire à quoi devraient ressembler nos écoles.

Bonne fin d'étape à toutes et à tous!

Josée Scalabrini, présidente FSE