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Génération retrouvée

28/05/2017 11:11 EDT | Actualisé 29/05/2017 09:03 EDT

Je suis née à la fin des années soixante, il semble que je sois de la génération X, j'ai aussi entendu la génération perdue. Il est vrai que lorsque tu es coincée entre la «ME Generation» et la «Generation ME», cela restreint les horizons.

La «ME Generation » est le concept utilisé par Tom Wolf dans «the ME Decade» qui dépeint le baby-boomer (1946-1964) comme ayant révolutionné les années soixante-dix sur le plan de l'identité individuelle: sois toi-même. Il a été de la révolution sexuelle, du militantisme contre la guerre, de la lutte des Afro-américains... Il a l'image du travailleur qui choisit son emploi et y demeure jusqu'à la retraite.

Alors que la « Generation ME », est attribuable à la chercheuse Jean M. Twenge qui qualifie le Millennial (1981-2000), de narcissique et de génération égocentrique. Une génération qui met à l'avant ses intérêts et qui n'hésite pas à quitter son emploi pour un projet personnel, qui par choix devient travailleur autonome. Il oblige l'employeur à revoir sa façon de diriger. La société des loisirs annoncée par les boomers, c'est eux qui en profitent.

Pour en revenir à la génération X (1965-1980), on l'appelle également la génération Prince Charles, parce que tout comme le pauvre homme, notre génération n'a pas réussi à être au bon endroit, au bon moment. À notre arrivée sur le marché du travail, à la fin des années quatre-vingt, les baby-boomers occupaient déjà les bons emplois et comme nous vivions la pire crise économique depuis les années vingt, nous avons pris ce qui restait sans se demander si c'était un emploi passion. Nous nous sommes bouché le nez et avons accepté les clauses grands-pères négociées par nos syndicats. Si nous avions la chance de devenir fonctionnaires, c'était des emplois temporaires que l'on nous offrait, l'État-providence montrait des signes d'essoufflement.

Nos congés de maternité, payés à 55% de nos salaires duraient 6 mois et les pères prenaient sur leurs vacances annuelles pour aider leurs femmes à apprendre leur nouveau rôle de mère.

Puisque nous n'arrivions pas facilement à augmenter la partie professionnelle de notre curriculum vitae, plusieurs d'entre nous avons misé sur la partie académique en accédant à des études supérieures, incluant les dettes d'études qui viennent avec. Nous avons travaillé dur pour acheter nos premières propriétés en banlieue dans un marché immobilier stagnant. Nous avons payé 30$ par jour pour envoyer nos enfants à la garderie. Nos congés de maternité, payés à 55% de nos salaires duraient 6 mois et les pères prenaient sur leurs vacances annuelles pour aider leurs femmes à apprendre leur nouveau rôle de mère. Avouez que de ce point de vue, tout comme le Prince de Galles, cela faisait de nous des envieux et des mal-aimés!

Je lisais la semaine dernière l'interrogation d'une blogueuse de La Presse: «Faut-il éviter les dépenses trop frivoles et privilégier la constitution d'un magot pour nos enfants?» Le peu d'argent que l'on a fini par ramasser devrait servir de mise de fonds pour la première propriété de nos enfants? Ces mêmes enfants qui ont pris un temps fou à quitter la maison prolongeant indûment leurs études. Qui ont pris des congés sabbatiques pour découvrir le monde. Qui sont partis étudier à l'étranger aux frais de papa et maman. Ce n'est pas sérieux?

Mais les choses pourraient changer, les X, bien que petits en nombre, constitueront le tiers des électeurs en 2018, selon François Gélineau, dans l'État du Québec 2015 . Nous aurons entre 38 et 53 ans, ce qui fera de nous la majorité des candidats aux élections, de quoi nous donner un certain pouvoir. Nous avons été témoins de plusieurs ratés: l'éclatement des familles, le sida, les coupures gouvernementales, les morts de soldats canadiens. Nous nous sommes adaptés aux nouvelles technologies et notre âge mitoyen nous rend moins sensibles aux services publics et aux inégalités sociales.

Cette conjoncture explique peut-être la montée de la droite ou même le récent sondage Mainstreet Research publié le 17 mai pour le compte du Montreal Gazette ou celui de Léger/Journal de Montréal/Le Devoir du 20 mai. Nous avons passé sous le radar de l'État-providence, et du parcours professionnel facile et maintenant que les choses vont enfin bien économiquement pour nous il faudrait passer au suivant?

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