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Le rêve amoché de Gabriel Nadeau-Dubois

05/06/2017 02:27 EDT | Actualisé 05/06/2017 06:10 EDT

Gabriel Nadeau-Dubois, la nouvelle vedette de Québec solidaire ne voulait certainement pas faire son entrée à l'Assemblée nationale tout en ayant lamentablement échoué dans sa tentative de transformation de QS.

Ce jeune homme n'étant évidemment pas fou savait que, derrière le visage rassurant de Françoise David, se dissimulait une formation politique fermée et déconnectée de la réalité contemporaine pour qu'elle puisse accomplir de grands progrès. Voilà pourquoi ce dernier avait fait un détour avec la démarche « Faut qu'on se parle ».

En effet, contrairement aux autres animateurs de ce mouvement, GND s'y était mis à temps plein, pendant plusieurs mois, abandonnant même ses autres contrats.

Pourquoi ? Il comptait ainsi faire entrer à QS du sang neuf, plein de bonne volonté et d'ouverture d'esprit, afin de faire reculer dans l'organisation, le sectarisme et le dogmatisme dont il avait lui-même souffert jadis au sein de la frange radicale du mouvement étudiant, la CLASSE.

Pour ce faire, il y avait deux clés pour y arriver.

Premièrement, attirer vers Québec solidaire des candidatures nouvelles, justement tirées de « Faut qu'on se parle ».

Des figures éminemment plus rassembleuses que les Amir Khadir et Andrès Fontecilla, aux accents trop grinçants.

À ceux-là, il fallait pouvoir offrir des comtés prenables, soit à Montréal et en régions. D'ailleurs, la seule façon d'en obtenir était d'en négocier avec le Parti Québécois.

Il est donc d'une évidence même que dans l'esprit de GND, cet arrimage était indispensable aussi pour attirer vers lui une partie des militants de gauche du PQ, moins identitaires - hier plus proches d'Alexandre Cloutier - qui pourraient se reconnaître dans un Québec solidaire renouvelé, élargi, ainsi qu'accueillant.

Cependant, malgré sa bonne volonté de moderniser sa formation politique, l'aile radicale de QS, celle-là même que GND voulait marginaliser, a broyé chacun de ses espoirs.

Cependant, malgré sa bonne volonté de moderniser sa formation politique, l'aile radicale de QS, celle-là même que GND voulait marginaliser, a broyé chacun de ses espoirs.

La charge, la hargne et le sectarisme projetés par ce congrès -- le plus médiatisé de l'histoire de la jeune formation --- était aux antipodes du message souhaité par le jeune Dubois...

Pire encore, l'épisode de l'entente historique entre indépendantistes, cachée puis reniée par QS, entachait pour longtemps l'image de nouveauté, de démocratie et de transparence que les Solidaires prétendaient pourtant incarner.

Le résultat ? Ceux qui se targuaient d'être des « inclusifs » sont finalement devenus des « exclusifs ».

En prime, ceux qui n'étaient pas dégoûtés apprenaient du même souffle que Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé n'étaient même pas les chefs de la formation politique, puisqu'il y avait de vrais chefs, peu connus, au sein d'un exécutif que Jean-François Lisée a baptisé avec raison et pour longtemps « Politburo ».

Comme si ce n'était pas suffisant, trois autres informations circulent présentement dans le merveilleux monde politique au sujet de nos amis de Québec solidaire.

Premièrement, l'ex-secrétaire général (donc vrai chef) de Québec Solidaire, Benoît Renaud, assume pleinement, dans les pages du Huffington Post, l'étiquette de « islamo-gauchiste » pour sa formation. Ça ne s'invente pas...

Deuxièmement, un membre actuel du désormais célèbre Politburo, Ludvic Moquin-Beaudry, incite sur les réseaux sociaux, les solidaires à se désabonner du Devoir, quotidien coupable d'avoir critiqué leur parti...On croirait d'ailleurs entendre le PLQ critiquant Québecor et Dutrizac...

Troisièmement, un délégué Solidaire d'Outremont a fait savoir récemment sur sa page Facebook que les accusations de racisme proférées en plein congrès avaient été préméditées et annoncées à des militants des semaines à l'avance... Suis-je en train de me pincer ?

Qui plus est, au lendemain de ce malheureux épisode, l'équipe de Faut qu'on se parle a bel et bien tourné le dos à GND.

En effet, l'urgentologue Alain Vadeboncoeur, l'écologiste Karel Mayrand -- figure de proue de la ruralité ainsi que Claire Bolduc ont fait savoir que Québec solidaire devrait dorénavant se passer d'eux. Des militants jadis proches d'Alexandre Cloutier se sont ainsi sentis rejetés pour de bon par un parti aussi fermé et dogmatique...

On sait également qu'en coulisses, la FTQ et la CSN avaient fortement encouragé les dirigeants de QS -- dans une série de rencontres privées -- de sceller un pacte avec le PQ.

Le refus des solidaires est désormais perçu dans l'appareil syndical comme un geste immature et irresponsable qui ne peut que servir les intérêts du néolibéralisme et de l'austérité à l'encontre du bien commun, et ce, afin de favoriser en catimini, les amis du Parti libéral.

On rapporte même qu'à Rimouski, les militants solidaires s'invectivent ouvertement, déchirés par le contrôle exercé par le « Politburo » solidaire.

Habituellement, une bière en discutant politique aurait dû ressouder le groupe, cependant à leur dernière activité, il n'avait qu'environ 7 personnes, alors qu'auparavant, ils étaient régulièrement une quarantaine lors de ce type d'évènement...

En plus, récemment à Laval, une ex-candidate QS s'est présentée au congrès jeune du PQ puisqu'elle est maintenant dégoûtée par son ancienne formation.

Que dire d'ailleurs des 87 % d'électeurs de QS qui, en fin de course, adhéraient à la stratégie de pacte avec le PQ ? Est-ce que GND est dans un mauvais rêve ? A-t-il fait les bons choix ?

Pourtant GND l'avait lui-même prédit. Un refus allait provoquer « un backlash de la part des gens qui m'arrêtent dans la rue et me disent tous les jours qu'ils s'attendent au moins à ce qu'on puisse discuter avec le PQ. »

GND vit désormais le backlash en question. En entrevue, lui et Manon Massé admettent que « c'est difficile », qu'il « faut expliquer » la décision. Et ils attendent avec inquiétude un prochain sondage qui mesurerait cette difficulté, avec un tassement du vote QS.

Rappelons également que dans un moment de lucidité, Andrès Fonticella avait averti que le refus d'un pacte avec le PQ allait rendre plus grave que jamais, à l'élection de 2018, le « vote stratégique » antilibéral.

Un réflexe qui déjà, en 2012 et 2014, a freiné la progression de QS bien en deçà des attentes.

Le risque sera-t-il, avait-il dit aux militants sur une vidéo qui circule, que « QS pourrait stagner ou régresser avec des conséquences graves pour l'avenir ».

Il est aujourd'hui acquis que le Parti québécois présentera des candidats de calibre dans les trois comtés actuellement occupés par QS. Dans Sainte-Marie Saint-Jacques, Manon Massé ne l'a emporté en 2014 qu'avec une mince avance. Dans Mercier, Amir Khadir n'a plus l'énergie d'autrefois et ne représente définitivement plus le changement de ses premières années.

GND voulait ainsi provoquer avec son arrivée, une nouvelle étape -- un envol dans la vie des solidaires. Il devra toutefois vivre aujourd'hui avec la possibilité que cette étape soit malheureusement pour lui, celle du déclin.

Peut-être un jour comprendra-t-il qu'il contribue à la réussite des libéraux tout en réalisant qu'il est malgré lui, une marionnette au service de ceux qu'il dénonce...

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