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À quand la fin du harcèlement sexuel au Maroc?

Je peux attester qu'il existe des attitudes très flagrantes et qu'il est considéré comme acceptable que les hommes vous imposent leurs pensées sexuelles désagréables et indésirables.

07/09/2017 09:00 EDT | Actualisé 07/09/2017 09:00 EDT
AFP/Getty Images
Je peux attester qu'il existe des attitudes très flagrantes et qu'il est considéré comme acceptable que les hommes vous imposent leurs pensées sexuelles désagréables et indésirables.

En apprenant que le Maroc avait été ébranlé par une récente attaque sexuelle, dans laquelle six hommes ont agressé sexuellement une jeune femme dans un bus public à Casablanca, en plein jour, devant d'autres passagers, je n'ai pas été tellement surprise.

Des articles détaillés dans les médias et une vidéo publiée sur YouTube montrent six hommes, torses nus, riant en faisant des attouchements à une jeune fille et essayant de la déshabiller, sans que le conducteur ou d'autres passagers ne réagissent.

La nature sordide de cette agression sexuelle en public montre à quel point ce problème est profondément enraciné, non seulement au Maroc, mais dans de nombreux pays du monde.

C'est un problème d'attitudes très perturbantes et inappropriées envers les femmes.

Ces attitudes viennent de l'idée qu'il est, d'une manière ou d'une autre, acceptable de harceler, de dénigrer, de regarder avec convoitise ou d'agresser physiquement une femme.

Elles viennent de l'idée qu'il est en quelque sorte acceptable pour les hommes de trouver des excuses pour expliquer pourquoi il leur est permis de commettre des actes manquant de respect et des actes de violence envers les femmes, des excuses souvent fondées sur des affirmations selon lesquelles ils sont dans l'incapacité de s'en empêcher.

Ayant passé cinq semaines à voyager à travers le Maroc, je peux attester de la présence de telles attitudes au Maroc. Je peux attester qu'il existe des attitudes très flagrantes et qu'il est considéré comme acceptable que les hommes vous imposent leurs pensées sexuelles désagréables et indésirables.

Quand je suis arrivée à Fès, je me suis enfermée dans la chambre d'hôtel 11 jours durant et je ne suis pas sortie, car je ne pouvais plus supporter le harcèlement.

Quotidiennement et sans relâche, j'ai été soumise à des regards obscènes et à des commentaires sexuels d'hommes dans la rue. J'étais si mal à l'aise avec cet inlassable harcèlement que lorsque je suis arrivée à Fès, l'une des plus grandes villes du pays, je me suis enfermée dans la chambre d'hôtel pendant 11 jours et je ne suis pas sortie parce que je ne pouvais plus supporter le harcèlement.

Le caractère généralisé de ces attitudes envers les femmes au Maroc a également été évident lors de deux entretiens que j'ai menés dans le cadre de mon travail avec ma fondation Project Monma, qui vise à sensibiliser à la violence et à la discrimination subies par les femmes dans le monde. Lors de ces deux entretiens, j'ai abordé le sujet du harcèlement sexuel et, dans les deux cas, personne dans la pièce, ni homme ni femme, n'a nié que le harcèlement sexuel constituait un grave problème au Maroc.

Un homme a même expliqué que lorsqu'il a décidé de ne pas harceler sexuellement les femmes, ses amis l'ont critiqué. Si vous êtes un homme au Maroc, a-t-il expliqué, on attend de vous que vous harceliez sexuellement les femmes.

En effet, toutes les femmes que j'ai rencontrées au Maroc se sont plaintes de la nature implacable du harcèlement sexuel dans le pays.

Une femme a expliqué qu'elle essayait toujours de prendre des taxis, plutôt que de marcher dans la rue, juste pour éviter le harcèlement. Une autre femme a indiqué qu'elle avait acheté une voiture pour éviter de marcher dans la rue, car le harcèlement était insupportable.

Il ne fait aucun doute selon moi que le Maroc ait un grave problème avec la manière dont ses hommes traitent ses femmes.

Et l'agression sexuelle de cette jeune femme dans un autobus marocain en est la démonstration.

Ces jeunes hommes ont manifestement pensé qu'ils n'auraient pas à faire face aux conséquences de leurs actions pour avoir mené cette agression sexuelle dans un lieu public, devant des gens.

De toute évidence, ils ont estimé qu'il était acceptable de le faire.

Ce que ces hommes ont fait à cette jeune fille dans le bus ce jour-là au Maroc est une conséquence de ces attitudes.

La violence.

Ce que ces jeunes garçons ont clairement compris de leur société, est qu'il est acceptable de traiter les femmes et les filles comme des objets sexuels disposés à êtres agressées et harcelées pour le plaisir.

Il est absolument essentiel qu'en tant que communauté mondiale, nous parlions fort et clairement, de n'importe quelle manière que nous le pouvons, pour condamner et critiquer non seulement les hommes qui se comportent ainsi, mais aussi les sociétés et les cultures qui favorisent les attitudes discriminatoires à l'égard des femmes. À mesure que les flux migratoires s'intensifient, en particulier en Europe et dans d'autres parties du monde, ce problème deviendra le problème de tout le monde. S'il y a des hommes au Maroc, et dans d'autres pays, qui pensent qu'il est tolérable d'agresser et de harceler sexuellement une femme au Maroc, et ailleurs, ils estimeront qu'il est tolérable d'agresser et de harceler sexuellement une femme n'importe où dans le monde.

Nous devons agir immédiatement au Maroc et dans n'importe quel autre pays où se produisent ces comportements scandaleux, afin de nous assurer que les hommes qui agissent de cette façon apprennent que, à aucun moment, jamais, nulle part, il n'est acceptable d'intimider sexuellement, de dénigrer, d'humilier ou d'agresser physiquement les femmes. Jamais.

Car si nous ne le faisons pas, nous continuerons à voir d'horribles actes de violence comme nous avons pu le voir dans le bus ce jour-là à Casablanca, et bien pire encore.

Cet article, publié à l'origine dans le HuffPost UK et le HuffPost Maghreb, a été traduit de l'anglais.