Jocelyne Robert

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Le crime passionnel existe-t-il vraiment?

Publication: 02/10/2012 10:52

"Il est commis dans un contexte sexiste par des hommes incapables de faire le deuil d'une relation pathologiquement fusionnelle".

Pas moi qui dis cela, c'est Gérard Lopez , psychiatre et expert pour la Cour d'appel de Paris qui l'affirme (Cerveau & Psycho, Octobre 2010)

On parle beaucoup de drames passionnels. Lorsque je travaillais auprès de femmes victimes de violence conjugale, il m'arrivait souvent d'entendre, côté cour ou jardin: «C'est une histoire passionnelle». J'avais alors le sentiment que cet énoncé banalisait la situation, que le «passionnel» expliquait tout, lavait l'horreur, cautionnait l'impuissance. J'éprouvais la désagréable impression qu'on voulait me faire avaler l'idée qu'un homme passionné n'est pas maître des ses passions et qu'il faut, en cas de contrariétés, de jalousies morbides, d'excès de passions, comprendre qu'il perde les pédales...

En 1872, un clin d'œil dans l'histoire, Alexandre Dumas fils défend farouchement un homme qui a surpris sa femme en flagrant délit d'adultère : « Tue-la ! » exulte-t-il. Il se ressaisit plus tard, questionne le rôle social dévolu aux femmes et accable une société où les lois sont faites par des hommes pour des hommes. Voltaire avant lui s'était demandé si ce ne sont pas les cocus qui ont fait les lois.

Le drame passionnel passionne

Gérard Lopez suppose que médias, policiers et jurés se passionnent encore aujourd'hui pour les crimes passionnels et qu'ils auraient tendance à s'identifier au criminel. Après tout, qui n'a pas connu les affres du rejet amoureux et éprouvé les terribles émotions de la colère?

Attention. Personne ne nie qu'un certain nombre d'auteurs de crimes puissent présenter des troubles plus ou moins graves de la personnalité telle la perversion narcissique qui empêche de « bien » aimer son prochain et sa prochaine comme soi-même. Mais il semble que « durant les procès, l'image romantique de l'amour éternel impressionne les jurés ». Attendrie à son tour par cette image de l'amour éternel bafoué, la société en remettra en trouvant au " criminel passionnel" des excuses qui, ma foi, commencent à en exaspérer plus d'un et plus d'une.

Faut-il redire que le « crime passionnel » n'est pas un crime d'amour, l'amour ne pouvant se concevoir que dans la liberté et le respect?

Et si le « crime passionnel » était un crime sexiste...

Malgré que dans la vaste majorité des cas , les criminels ne présentent pas de trouble psychiatrique, on continue donc généralement de considérer la violence passionnelle comme le résultat de désordres psychopathologiques.

Et ce faisant, on occulte la problématique sociale. Évidemment, on peut difficilement juger un criminel fou et du même souffle remettre en cause les modèles sociaux qui perpétuent et valorisent la violence sexiste, voie royale à la violence sexuelle relationnelle. On appose l'étiquette « crime passionnel » et, à moins qu'elle soit une star, le nom de la victime de cette « brutalité amoureuse » est vite oublié. Plus souvent qu'autrement, il s'agit encore pourtant d'une énième histoire de violence faite aux femmes, évacuée impudiquement, diluée dans une épaisse soupe passionnelle. La bien-pensance se vautre dans l'épiphénoménologie.

Le «criminel passionnel» aura trouvé, dans les stéréotypes sociaux, dans les clichés sexuels culturels et dans le sexisme ordinaire, la loi du plus fort et la valorisation sociale de la masculinité voire de la virilomanie.

Plus les faits sont ignobles, plus ils sont d'une férocité sans nom, et plus la victime est effacée. On a parlé bien plus de la souffrance, de la peine, de la rédemption de Bertrand Cantat, que de Marie Trintignant.

Ce que les médias, journalistes et experts appellent "drame passionnel" suscite dans un premier temps une sympathie aigüe et verticale pour la victime. Verticale parce qu'elle s'élève promptement puis s'évanouit. Normal, la victime ne fait plus partie du paysage médiatique puisqu'elle n'est plus. Son bourreau lui, celui qui lui a infligé la mort, il a un nom, un prénom, un visage, des larmes, une douleur qui finissent par inspirer une sympathie qui n'en finit plus de s'étirer, dans un temps qui se décline à l'horizontale.

Les « drames passionnels » devraient interpeler nos décideurs sur les violences que les femmes subissent : éducation sexiste dès l'enfance, discrimination, machisme, misogynie, inégalités de tous acabits, autres violences socioculturelles, sexuelles et sexistes, régressions quant à la liberté de disposer de leur corps...Forçons-les à nous répondre et à s'engager. Là, maintenant.

Question de déontologie, pourrait-on demander aux journalistes et acteurs médiatiques de s'interroger, de réfléchir sur les dénominations et qualifications inappropriées souvent utilisées pour traiter de ces violences ?

Bref,

- Celui qui commet un «crime passionnel» n'a généralement pas d'histoire de trouble psychiatrique

- Il présente souvent des troubles de la personnalité (instable, immature, impulsif, imprévisible ...)

- Lopez le qualifie de «vampire domestique» , il se nourrit de l'autre , en a besoin pour survivre

- Il ne supporte pas l'idée d'une séparation (entre le meurtre et suicide, il opte plus souvent pour le meurtre et tente ensuite le suicide).

 

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"Il est commis dans un contexte sexiste par des hommes incapables de faire le deuil d'une relation pathologiquement fusionnelle". Pas moi qui dis cela, c'est Gérard Lopez , psychiatre et expert p...
"Il est commis dans un contexte sexiste par des hommes incapables de faire le deuil d'une relation pathologiquement fusionnelle". Pas moi qui dis cela, c'est Gérard Lopez , psychiatre et expert p...
 
 
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Date de publication  | 
Popularité
05:24 sur 18/10/2012
> J'avais alors le sentiment que cet énoncé banalisait la situation, que le «passionnel» expliquait tout, >lavait l'horreur, cautionnait l'impuissance. J'éprouvais la désagréable impression qu'on voulait me faire >avaler l'idée qu'un homme passionné n'est pas maître des ses passions et qu'il faut, en cas de >contrariétés, de jalousies morbides, d'excès de passions, comprendre qu'il perde les pédales...

Refuser une fellation à un homme impuissant n'en fait pas automatiquement un homosexuel !
09:17 sur 04/10/2012
Malheureusement votre article décrit le crime passionnel comme étant seulement un problème masculin. Comme si le contraire n'existe pas. Oui, c'est vrai que l'on a parlé davantage de Bertrand Cantat que de Marie Trintignant dans les médias. Mais il est bien dommage que vous ne mentionnez pas l'infime possibilité qu'une femme puisse aussi être l'agresseur et l'homme victime. Peut-être un jour l'équilibre de l'inconscient collectif québécois sera rétabli quand à l'éternel rôle de l'homme agresseur et la femme victime... Les dérives du féminisme continuent de laisser des traces...
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
19:22 sur 02/10/2012
Malheureusement, trop de femmes préviligent encore la grosse brute qui exprime ses émotions par la violence verbale ou physique. Après avoir été éconduit, j'ai mis des mois à me ramasser. Un an après, assez remis pour revoir mon ancienne, je lui avoue ma détresse vécue lors de notre rupture. Si tu m'avais aimée, tu m'aurais frappée, fut sa seule réponse. Je vous épargne les confidences de copines qui me disent oh, combien elles se sentent aimées par leur compagnon possessif jusqu'à la violence. En ce moment, j'essais de faire entendre raison à une amie qui vie le cauchemar, peine perdue. C'est triste à dire, mais j'ai de moins en moins d'empathie pour ces femmes trop souvent victimes parce qu'elles le veulent bien. Dans notre société, quelque part, je pense que chacun, chacune a l'homme ou la femme qu'il ou elle mérite.
12:13 sur 02/10/2012
Le pardon facile au Québec.
La femme qui sait fait aspergé d'acide au visage et défiguré et qui pardonne se monstre,pensé vous pas que cela donne des arguments a plusieurs homme pour justifié leurs acte monstrueux?

Si j'étais le chirurgien plasticien ou infirmière je me demanderai ce que je fait la a la soigné!
Désolé madame j'ai de vrai patiente et patient a m'occuper !
Les psychologue on tendance a leurs dire de pardonné pour avoir moins de souffrance mais ce n'est pas une raison pour elle de la dire dans les médias pour rassuré son monstre et les monstre de ce monde?
Il y a des hommes qui se nourrie de tel pardon et disent,les femmes ce sont tous des connes!
Les psychologues devraient leurs mentionné de gardé leurs pardon pour eux et leurs entourage.