Ces temps-ci, avec la crise sociale qui sévit au Québec, avec le clivage de plus en plus net entre les parties qui s'affrontent, l'occasion nous est donnée d'observer des comportements et attitudes vraiment déplorables. La lâcheté en est.
Sur les médias sociaux, et particulièrement sur Twitter, j'ai été consternée ces derniers mois de lire autant de commentaires accusateurs, diffamatoires, gluants, putrides, haineux, parfois carrément criminels, émis sous le veule couvert de l'anonymat.
Que dit la religion de la lâcheté?
La lâcheté n'est pas un péché. Elle devrait, à mon avis, être LE péché capital primordial, bien devant la colère, l'orgueil, l'envie, l'impureté, la paresse, la gourmandise et l'avarice. Et si elle n'est pas un péché capital, elle est encore moins, aux yeux du catholicisme, un péché mortel (vous savez, celui censé nous envoyer droit en enfer si on meurt sans s'être confessé et avoir obtenu l'absolution...).
Je me suis souvent demandé pourquoi les commandements de Dieu et des Églises ont été et sont encore si tolérants à l'endroit de la lâcheté. Pour mieux pardonner, couvrir, défendre ses prêtres, membres et ouailles...? Je serais étonnée que Dieux considèrent la lâcheté comme ingrédient normal, intrinsèque et fondateur de l'être humain!
Que dit le droit de la lâcheté?
En droit, la lâcheté est pour ainsi dire inexistante. Être lâche n'est pas un crime punissable par la loi. On ne peut pas accuser, porter plainte, poursuivre quelqu'un, demander le divorce pour motif de lâcheté. Si certains actes perçus comme des signes de lâcheté peuvent être considérés comme délictueux ou criminels, la lâcheté, en soi, n'est pas une faute, juridiquement parlant.
Votre voisin est un lâche qui a abandonné son père, gravement malade et dans le besoin ? Il pourra être accusé de « non assistance à personne en danger » mais pas de lâcheté.
La désertion, la délation, ou le refus de combattre sont aussi estimés comme des gestes de lâcheté. Les États-Unis, la Suisse et d'autres pays qui parlent de la lâcheté dans leur littérature juridique ou pénale réfèrent invariablement à l'idée de « se cacher », de ne pas assumer...
Libérez-nous de la lâcheté
La lâcheté est sans doute la tare pour laquelle je ne parviens pas à avoir la moindre compassion ou tolérance. Tant et si bien que, moi qui n'avais bloqué que deux personnes en trois ans de présence sur Twitter, j'ai dû en bloquer une vingtaine ces derniers temps. Pourquoi? Parce que, un, je juge inutile et malsaine toute discussion avec ceux qui ne parlent pas à visage découvert lorsqu'ils injurient ou attaquent et, deux, je refuse que ces tweets contaminent mon fil. Aussi, j'avais répertorié une dizaine de gazouillis puants de peur et de mépris anonymes que je voulais mettre ici et je me suis ravisée. Trop de publicité gonfle l'orgueil des lâches.
▪ L'expression lâcheté a donné le verbe lâcher, car celui qui lâche laisse tomber, abandonne, fuit...
▪ Le contraire de la lâcheté est la bravoure, le courage. Pour moi le contraire de la lâcheté est la dignité, l'audace et la transparence.
▪ Synonymes de lâcheté: pleutrerie, pusillanimité, couardise, poltronnerie, veulerie, mollesse, hypocrisie, indignité, vilenie...
▪ Synonymes de lâche : couille molle (un peu sexiste mais bon...), capitulard, déserteur, traître, trouillard, hypocrite, pleutre, poltron
J'estime que la lâcheté est le pire des défauts, le plus honteux de tous les vices.
Comme je l'évoquais plus haut, plus encore en situation de crise et d'affrontements sur des questions sociales et politiques fondamentales, la lâcheté pollue les médias sociaux. On s'y cache derrière l'avatar, le pseudonyme, le moineau ou la tête d'œuf pour vomir des propos infâmes, méprisants diffamants... On s'y permet d'être lâche de chez lâche, d'être celui ou celle qui, à visage découvert, ne pourrait que ramper, reculer, s'écraser, chier dans son froc...
Si vous souhaitez cultiver la tolérance à l'égard des lâches de ce monde, rappelez-vous ceci : ce sont des poltrons que la peur domine. Ils trahissent, se camouflent, parce qu'ils ont la trouille.
10 conseils en images pour garder ses «amis» sur Facebook...
Suivre Jocelyne Robert sur Twitter: www.twitter.com/JocelyneRobert
Il réussit, en moins de 140c, à faire preuve, à mon égard: d'âgisme, de sexisme, de machisme, de misogynie, de racisme et même de "blondisme"... En référence donc au présent billet sur la lâcheté, lequel l'a sans doute fait se sentir visé le pauvre petit, @ernesto2_0 écrit:
" @JocelyneRobert en meme temps, venant d'une blondasse limite ménopausée nord américaine hein (...)
Le #prototweet couillon par excellence, summum de la petitesse trouillarde chez un faux Ché autant qu'un faux cul. :-)
Ce n'est pas vraiment tant le raisonnement qui importe à mon avis. C'est le franchise et la bonne foi. Et, le contraire de la lâcheté, c'est de pouvoir admettre qu'on s'est trompé.
N'est-ce pas une façon d'évoluer?
Je pense aussi que d'être de bonne foi, commence par supporter ses opinions et les appuyer en laissant son nom derrière. Pour moi, c'est le premier signe de bonne foi. Au moins on sait qu'en s'adressant à une personne identifiée, celle-ci risque de penser un peu plus à ses paroles qu'une personne sous le couvert de l'anonymat.
Une femme peut envoyer promener à peu près n'importe qui sans s'attendre à se faire taper dessus, un homme n'a pas cette chance. Et si ce même homme parle un peu trop fort ou est trop agité, la police peut aisément décider de l'abattre sans peurs de représailles. Une femme peut attaquer un policier avec un couteau et ce même policier sera regardé de travers si jamais il utilise son arme contre elle.
De plus la peur n'affecte pas seulement notre propre personne, le courage a aussi des conséquence sur les autres. Si je porte un carré rouge ce n'est pas seulement moi qui se fait fouiller et détenir par la police: toute personne qui m'accompagne le sera aussi. Quand Richard Martineau insulte tous les étudiants en grève, tous ses amis (et oui, sa blonde aussi) vont être pris à parti. Je vois pas pourquoi les gens sont surpris de cela: le crime par association n'est peut-être pas officiel mais il est en pratique depuis longtemps.
Les deux parties veulent gagner, peut-être bien par conviction mais surtout, toujours, par orgueil.
Que je traite un commentateur dont le pseudonyme est "tout à l'air" et qui écrit 15-25-40 commentaires par jour depuis des mois,commentaires qui se résument à :" Marois est une grosse v.... et Mr Charest un très grand premier ministre ",si je traite ce commentateur de crétin fini ou de trisomique mésadapté (Je m'excuse déjà auprès des trisomiques si présents sur les blogues,ils se reconnaîtront...Peut-être !...Enfin...),pourquoi devrais-je me sentir coupable ou en être gêné?
J'ai quelques commentaires désobligeants à mon actif,certains ne les méritaient pas et je m'en suis excusé par après (toujours ???) ,d'autres les méritaient pleinement et je me suis bien retenu !
Anonyme contre Anonyme,on ne peut pas parler d'intimidation,bravoure ou lâcheté .
J'ai apprécié votre commentaire Mme Robert.
Je signe: Allan Von Zheimer...Mais vous pouvez m'appeller Al....:)
Je me suis mis à réfléchir sur ta remarque anonyme contre anonnyme...
Et je me suis demandé si ce n'est pas précisément cette façon de voir de plus en plus présente sur le net, à savoir qu'on n'a pas à être responsable puisqu'on est soi même anonyme et l'autre on s'en fout il l'est lui aussi, sortons la cavalerie.
Enfin j'y pense c'est tout...
Tout le monde sait qu'on ne donne jamais son identité sur internet. Et avec l'intimidation dont sont victimes ceux qui pensent un peu plus loin que le bout de leur nez, raison de plus!
C'est peut-être pas faux, mais il y aurait probablement moins de gens qui s'exprimeraient, de peur de représailles de leur employeur ou, comme c'est arrivé dans certains cas, de peur d'être attaqués dans leur vie privée si quelqu'un identifie où ils demeurent.
Ceci dit, je ne crois pas que l'anonymat empêche une discussion raisonnable ente personnes qui n'ont pas la même opinion. C'est à chacune de nous de faire notre part et d'ignorer les "trolls".
J'apprécie cette réflexion menée visière levée!
L'anonymat de l'opinion dispose, il est vrai, aux dérapages et aux abus de langage.
Nous sommes de plus en plus nombreux, je crois, à dénoncer que la parole violente (insultes, insinuations pernicieuses, propos diffamatoires, attaques personnelles, intimidation, menaces, etc.) intoxique de manière générale la discussion publique. La crise actuelle ne fait pas exception.
Les médias sociaux sont de formidables outils de démocratisation de l'opinion. Il revient cependant aux utilisateurs de s'y rapporter dans un esprit démocratique qui toujours oscille, il faut bien l'admettre, entre le parcours du combattant (humilier, détruire ou avoir raison de l'autre) ou l'éthique du débat (tâcher de comprendre et se rendre disponible au point de vue de l'adversaire qui n'est pas pour autant un ennemi).
Et en démocratie, s'exprimer (s'épancher, cracher sa colère, etc.) ne suffit pas. Il faut oser argumenter, soumettre l'opinion à l'épreuve du débat. L'épreuve socratique.
Nous sommes à ce jeu-là toujours plus ou moins courageux, toujours plus ou moins lâche. Courageux un jour et lâche le jour suivant.
Petites et grandes lâchetés.
Courage défaillant puis courage résilient. Difficile courage.
Ce serait chouette que de plus en plus de gens s'avancent un peu plus loin dans cette direction!