Jocelyne Robert

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Fred Pellerin tombe sur Paris comme la rosée du matin

Publication: 23/06/2013 11:28

Samedi 22 juin 18h50. La très belle salle du Théâtre de l'Atelier brille de tous ses feux et sue à grosses gouttes. À dix minutes du début du spectacle, du parterre aux balcons, ça geint : la chaleur est insupportable ! Dieu sait que pour râler, le Français sait y faire !

À ma droite, un couple d'amoureux, 25-27 ans peut-être. Derrière, des femmes. Mûres, belles. Élégantes comme des Parisiennes. M'accompagnent, trois Français dont deux Parisiens pure laine qui ne connaissent Fred Pellerin ni d'Ève ni d'Adam.

Le conteur apparaît sur scène. Il souffle longuement dans le micro et un grand vent de fraicheur nous enveloppe. Avec De peigne et de misère, Fred tombe sur Paris comme la rosée du matin.

D'entrée de jeux de mots, je suis saoulée de bonheur. Il s'adresse au public à la deuxième personne du singulier. Le tutoie. L'appelle Paris. Etonnamment, ça marche . Le coup au cœur est instantané . Comme s'il disait « Toi Philippe », Toi Sandrine, Toi l'ami ». Ça marche si bien que même moi, j'oublie que je suis Québécoise. Je deviens Paris.

« Toi Paris, t'as ton euro, nous on a notre piasse. On te respecte. Ça fait que. Nous, on a notre piasse...»

Il parvient à distiller ça et là des actualités françaises dans un spectacle pourtant bien huilé, compare son Notre-Dame-Du-Cap à Lourdes où sévissent ces jours-ci de terribles inondations, laisse tomber un bémol harmonique sur la Fête de la musique (de la veille).

Dans la rangée derrière, les élégantes rient. L'une jubile, chuchote à l'autre qu'elle n'a pas été aussi séduite depuis bien bien longtemps. Plus on avance dans le monde hallucinant de Fred Pellerin, plus le jeune couple d'amoureux à ma droite semble contaminé par la forge de Toussaint. Je l'entends grésiller.

Le temps a filé. Au moment de se quitter, Paris a oublié la canicule et en redemande. Et Fred de lui dire : « Ok Paris. Je te fais une dernière chanson. Mais après, faudra que tu rentres à la maison. »

Sur le perron du théâtre, un drôle de mélange des genres : le Tout-Saint-Élie-de-Caxton commère avec le Tout-Paris. Des « Éblouissant ! » « Génial ! », « Enchanteur ! » fusent discrètement. Oui oui, il se peut que les mots fusent discrètement. Quand le mystère est si impressionnant, le silence ne se laisse pas rompre facilement.

Mes trois Français sont conquis. « Je n'ai pas compris chaque mot, dit Patrick, mais c'est sans importance. Il m'a si bien amené dans ses images, que j'ai tout tout compris. »

Ensuite, au restaurant Le Bon Bock, ça parlait fort de Méo le barbier. Et à la grande table à côté, il y avait les 473 enfants de Madame Gélinas... Quel chahut !

Je ne sais trop ce que Paris a le plus aimé de Fred Pellerin : Ses talents de conteur ? De poète ? De créateur ? De musicien ? De chanteur ? De rêveur ? De phraseur ? D'humoriste ? Sa sensibilité ? Son intelligence ? Sa candeur ? Son humanitude ? Toutes ces réponses ?

Mon chéri français dit que c'est le talent qui lui manque --celui de comédien --qui le rend si prodigieux : « Ce gars là n'est pas comédien. Il ne joue pas. Il est. Il est là. Frêle comme un chêne. Grand. Zéro arrogance. Zéro pédanterie. Et ça, ça rafraîchit vachement le Français. »

Chose certaine, Paris a compris que Fred Pellerin n'est pas un bûcheron nostalgique évadé de sa cabane au Canada. Qu'il est un elfe intemporel. Et il rentre chez lui pas mal plus joyeux qu'à son arrivée au Théâtre de l'Atelier. Ça se voit, se sent, s'entend.

Le spectacle De peigne et de misère va sillonner la France et le Québec au cours de la prochaine année. Sortez votre carnet de bal et réservez-vous une danse avec Méo ou Toussaint, avec Solange ou Madame Gélinas...

Sans faute.

 

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