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François Legault et le sexisme bienveillant...

04/11/2014 04:23 EST | Actualisé 04/01/2015 05:12 EST

L'affaire François Legault, taxé ici et là de sexisme pour avoir récemment évoqué Julie Snyder en l'appelant « la femme de quelqu'un d'autre », force la réflexion autour des notions de sexisme.

Benoit Dardenne et Marie Sarlet qui ont beaucoup réfléchi et étudié cette question affirment que « les groupes dominants maintiennent plus efficacement les inégalités sociales à travers l'influence persuasive de la bienveillance qu'à travers l'hostilité ».

Le sexisme a deux faces. Il se présente sous deux formes bien différenciées : le sexisme hostile et le sexisme bienveillant.

Le sexisme hostile

Conventionnel et traditionnel, il a le mérite d'être clair. Il s'exprimait franchement dans le passé, lorsque, par exemple, on prétendait que les femmes étaient inaptes à voter. Il véhicule explicitement et ouvertement des attitudes négatives et aliénantes à l'égard des femmes. Dans nos sociétés occidentales modernes actuelles, le sexisme hostile se fait plus rare.

Le sexisme bienveillant

De nos jours, chez nous, le sexisme est presque toujours bienveillant et vicieux. Sur un ton positif, voire affectueux et admiratif et sous des airs d'ouverture séduisante, il confine les femmes au terrain de jeu qui leur a été traditionnellement dévolu. Elles peuvent flirter un peu avec le monde du pouvoir, mais pas trop près des sommets quand même...

Bien plus discret et plus insidieux que le sexisme hostile du macho à visage découvert, le sexisme bienveillant revêt un masque, tantôt paternaliste, tantôt galant. Son impact sur les femmes qui doivent se battre contre ce poltergeist est tout autant toxique. C'est ce qu'ont montré les travaux des professeurs Dardenne et Sarlet, cités plus haut.

Tentons d'y voir clair

Dans la vie, nous bâtissons notre vision de l'autre et nous nous construisons un jugement social à partir d'indices qui renvoient à des variables tels: sexe, couleur de la peau, pays d'origine, statut économique, religion, traits du visage, âge, taille, accent, orientation sexuelle, type de voiture, vêtements...

Le jugement social offre un visage à trois faces.

a) Les stéréotypes de rôle. L'exemple classique dans ce cas-ci serait : les femmes ne possèdent pas les qualités nécessaires pour occuper des postes de haut niveau

b) Les préjugés. Ceux-ci contiennent une dimension affective. Ils correspondent à un sentiment, généralement négatif, envers une ou plusieurs personnes en raison de leur appartenance à un groupe particulier. Exemple : ne pas aimer les Parisiens ou les avocats ou les femmes de tête, ou les femmes riches...

c) La discrimination. Composante comportementale qui entraîne un traitement inégal ou ségrégationniste.

Certaines personnes affirment penser du bien d'un groupe, sans pouvoir s'empêcher de traiter les personnes de ce groupe différemment, avec des égards moindres. D'autres nourrissent des préjugés négatifs à l'égard d'un groupe tout en prônant des valeurs d'égalité humaine...

Retour au sexisme bienveillant

Dans celui-ci, l'infériorisation de l'autre est enveloppée dans du papier cadeau. Outil d'oppression redoutable enrubanné de bons sentiments, le sexisme bienveillant maintient, mine de rien, la femme dans l'idée que la petite madame est une merveilleuse petite chose. Pire encore, parfois, le sexiste bienveillant se croit non sexiste.

Glissant, gluant et louvoyant comme une anguille, il est difficile à détecter et on peine à faire un arrêt sur image. Il ne se laisse pas photographier. Pas facile de lutter contre un sexisme parfumé à l'eau de rose, plus ou moins conscient, paré d'atours verbaux s'appuyant sur un respect chambranlant des sexes et de leur égalité.

Fait preuve, sans équivoque, de sexisme bienveillant, celui qui :

  • Dit gentiment à son épouse de se taire
  • Affirme en souriant que le salaire est moins important pour les filles que pour les garçons
  • Nomme une femme en la qualifiant de « la femme de quelqu'un d'autre »
  • Étale ensuite son humour douteux en s'excusant auprès de cette personne de sa « blague sans malice » puis en se confondant d'admiration à retardement

Avant qu'on ne me reproche de ne pas mentionner que des femmes aussi sont sexistes, non seulement à l'égard des hommes, mais aussi à l'égard de leur propre sexe, je dis oui, cela est vrai : des femmes aussi sont sexistes. Et parfois même misogynes. Mais que voulez-vous, ça n'est pas Julie Snyder qui a fait preuve ici de sexisme bienveillant à l'égard de François Legault.

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