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«La fellation le ciment du couple?» À s'étouffer. De rire!

08/08/2012 07:53 EDT | Actualisé 08/10/2012 05:12 EDT
Tadas Černiauskas

«La fellation, le ciment du couple». C'est le titre d'un billet du Elle France, magazine féminin franco-français, il y a une quinzaine.

Malgré le timide point d'interrogation, le message... des dames aux dames, est clair, sans subtilité, sans ambigüité: Pour garder votre homme, sucez.

Titre racoleur. Flagorneur. Docile. Soumis. Si vendeur qu'on en parlait encore ce matin à la radio de Radio-Canada ( 7 août 2012 ).

Déconstruisons un peu...

Ni la durée ni la vitalité du couple ne résident (hélas ? ) dans le taillage de pipe . Ce serait trop simple. Les filles d'aujourd'hui sont des queen fellationnistes. Il arrive aux plus jeunes de rivaliser d'adresse, entre elles, dans des concours où elles se mesurent les unes aux autres. Les jeunes femmes d'aujourd'hui, influencées par la porno omniprésente, n'ont jamais tant et si bien pratiqué la turlutte . Pourtant, elles n'ont jamais autant, non plus, été jetées allègrement. De la même manière qu'elles n'ont jamais autant envoyé promener leur conjoint.

« La fellation, ciment du couple » tient davantage du slogan publicitaire que d'une vérité. Pourquoi pas «Qui m'aime me suce! »? Ou encore « Ils vécurent heureux éternellement, car elle le suça jusqu'à la fin des temps! »

«La fellation, ciment du couple», un fantasme masculin projeté ici au féminin? Et encore... Va pour la première partie de l'énoncé. Pour la seconde, l'idée que la fellation puisse sceller le couple est d'une grande candeur. L'homme rêve de femmes au prise avec des envies irrépressibles de renifler la braguette du premier venu, en l'occurrence LUI ; de voir la furibonde se jeter sur son entrejambe docile ; d'apaiser sa rage névrotique (sa rage à elle) de sucer sa bite unique.

Désolée de vous décevoir, mais la fellation, si bien léchée soit-elle, finit, elle aussi par lasser et par perdre de sa saveur . Pourquoi? Parce que, ce que la plupart des messieurs aiment par-dessus tout, c'est de voir le reflet de leur tige de jade dans la prunelle d'une nouvelle, parfois une plus belle (mais pas toujours). Ceci, dans l'attente qu'elle soit aspirée par une bouche ventouse, goulue, affamée.

En fait, ce que la plupart des messieurs aiment par-dessus tout n'est pas tant la fellation. C'est de se voir se faisant traire. Si vous n'avez jamais observé que le mâle aime bien plus «se regarder être sucé» et bien ma foi, soit vous êtes bien peu observateur ou observatrice, soit vous êtes né-e de la dernière pluie.

La fellation, ne vous méprenez pas, j'ai tout pour. Comme j'ai tout pour le cunnilingus et autres batifolages érotiques entre amants consentants. Mais qu'on ne nous fasse pas croire, même en blague, même pour vendre de la copie, même pour faire plaisir aux messieurs, même pour nous faire rêver de pérennité amoureuse, qu'elle « cimente » une relation.

La pipe est si démocratisée que des adolescentes la pratiquent à tour de bras, que dis-je, à tour de langue et à force de mâchoires, alors qu'elles font la moue, dédaignent le cunnilingus... qui leur paraît plus heu... dégoûtant. Allez donc savoir pourquoi cette détestation de son propre corps ! Que voulez-vous, elles se perçoivent comme des instruments au service de la jouissance de l'autre. Et qui dit instrument dit maestria.

La pipe est si dominante qu'on finit par croire, dur comme ... fer, que celles qui s'y adonnent, le font comme on s'adonne à la prière ou comme on pratique un sport et qu'elles éprouvent l'orgasme suprême en la taillant.

Il suffit de voir quelques images pornographiques, même les plus soft, distillées à tous vents, pour s'en rendre compte: la femme qui suce goulûment, non seulement fait jouir, mais elle feint de jouir, pousse des cris primaux éperdus chaque fois qu'elle entreprend un zob . Et sa pseudo-jouissance est si convaincante qu'on finit par être persuadé que chez elle, une tapisserie de clitoris tiennent lieu d'amygdales et de muqueuses orales.

Il y a déjà un bail, au siècle dernier, Bruckner et Finkielkraut disaient à peu près ceci (Le nouveau désordre amoureux je crois, 1977): à la fin d'un film porno, on ignore toujours à quoi rêvent les jeunes filles. Mais on sait fort bien à quoi les hommes veulent leur imposer de rêver : à leur queue .

Plusieurs décennies plus tard, le Elle France, un magazine féminin reproduit le modèle et la consigne en clamant, candide, coquin et soumis, que le secret de la vitalité du couple est dans la pipe. Quelle billevesée!

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