Jocelyne Robert

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L'amour ne tue pas

Publication: 13/07/2012 05:52

Ceci est un texte initialement publié sur le blogue de Jocelyne Robert par rapport au crime de Guy Turcotte et republié suite au drame familial de Warwick, dans lequel un père de famille a tué son fils et sa fille, avant de s'enlever la vie.

C'était un père merveilleux... Il adorait ses enfants... Un homme si bon et si aimant... Il était si perturbé par son chagrin d'amour » Combien de fois avons-nous lu ou entendu de tels commentaires à l'égard du cardiologue qui a poignardé ses enfants ?

Mon propos choquera peut-être. J'ai besoin de mettre des mots sur ce que j'éprouve depuis le début de cette horrible saga: je crois que Guy Turcotte n'aimait ni sa femme ni ses enfants. L'amour ne tue pas.

Guy Turcotte aimait la perfection et l'éclat doré qu'elle projette. Il aimait le halo de perfection qui l'entourait. Il aimait le fantasme, joli comme un dessin d'enfant : un grand arbre, un belle maison, du beau gazon, un grand soleil et, dans cette image idyllique, un Papa, grand Docteur respecté, une jolie Maman, docteure aussi mais avec un « d » un peu plus minuscule, et deux enfants magnifiques, un garçon et une fille, évidemment.

Il aimait projeter cet idéal, envié et enviable. Il aimait aimer ou peut-être plus encore, il aimait avoir l'air d'un homme aimant : sa femme, ses enfants, sa vie exemplaire, sa profession si humaine, sa famille, sa maison...

Il aimait, m'a-t-on dit, aller en vacances avec sa famille et des amis médecins et spécialistes comme lui, montrer les films où il jouait dans la mer avec ses petits. Son « pattern » incarnait l'image du bonheur : succès, réussite, aisance, performance et perfection. C'était (c'est toujours) un homme d'une haute intelligence cognitive. Son QI est probablement au dessus de la moyenne. Mais son intelligence affective et émotionnelle n'a certes jamais été évaluée. Cela compte si peu dans nos sociétés. Hélas...

Il était convaincu que la raison de vivre tient à cette représentation du bonheur inoculée par le Dieu maléfique du culte de la réussite, de la performance et de l'image. Guy Turcotte était beau, nanti, performant, perfectionniste, exigeant. Il ne supportait pas l'échec, la fêlure, le faux pli. Alors, un jour, quand la belle épouse est sortie de l'image, il n'a pas supporté ce trou dans son dessin d'enfant. Sa princesse, aimant un autre homme, tout s'est écroulé. Cela faisait de lui un homme ordinaire, imparfait, qui n'avait pas su être à la hauteur. Ce fut la fracture du Moi.

Il était si fort, si parfait, si suffisant, si plein de son invulnérabilité qu'il ne pouvait aller chercher de l'aide. Le faire eut été reconnaître, à temps, son humanité et son statut d'homme fragile.

Il dériva. Coula à pic. Son dessin d'enfant, désormais imparfait n'avait plus aucune valeur à ses yeux. Autant faire disparaître ce qui restait de plus emblématique de son rêve défait : ses enfants. Et il le fit, charcutant le dessin et le conte de fée avec lui.

Vous me pardonnerez la métaphore maladroite mais pour un homme comme Guy Turcotte, c'était tout ou rien. Il pensait Tout avoir. Il n'a plus rien. Ni personne. Il a tout effacé. Tout détruit. Tout tué.

Je crois que Guy Turcotte ne pouvait aimer sa femme ni ses enfants. C'était un déficient émotionnel. L'amour ne tue pas.

 

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Ceci est un texte initialement publié sur le blogue de Jocelyne Robert par rapport au crime de Guy Turcotte et republié suite au drame familial de Warwick, dans lequel un père de famille a tué son...
 
 
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Date de publication  | 
Popularité
12:40 sur 15/07/2012
Article cohérent, gentillet, et globalement bien ficelé. À sa lecture, tout parait si simple…
Malheureusement, dans la vraie vie, les choses sont toujours bien plus complexes qu’elles ne paraissent de prime abord. Elles ne sont simples que pour les esprits simples en quête de simplifications abusives et de généralisation simplistes, portes ouvertes à tous les jugements hâtifs…
09:52 sur 15/07/2012
À propos de Warwick juste mentionné que la mère a, elle aussi, eu a vivre la fin se son couple et un jugement de garde insatisfaisant quelques années plus tôt et elle n'a pas tué ses enfants pour autant.
18:57 sur 14/07/2012
moi , j' aime bien les réflexions de Jocelyne Robert , je trouve qu'ils sont toujours matière à réflexions et ces çà qui est important , çelà nous force à nous interroger sur notre relation à l'amour , au séparation , à la haine , au émotions qu'elles suscitent qui font ce que nous sommes , des humains avec des failles et des grandes qualités aussi .
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MelanieGagnon
Be yourself; everyone else is already taken
15:53 sur 13/07/2012
Le crime de Guy Turcotte est un crime calculé, c'est un crime de rencune. Turcotte a choisi un moyen de violence incroyable pour enlevé la vie de ses enfants. Il savait très bien qu'il n'allait pas mourrir avec ces enfants. Turcotte avait accès à des médicaments qui aurait pu le tuer immédiatement. Ceci à été orchestrer précisement pour donner semblance comme si il avait perdu la tête. Tuer ces enfants c'est de l'égoïste pure et simple, comme vous le dite...l'amour ne tue pas!
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musael
Ad majorem consciencia
10:20 sur 13/07/2012
Chaque cas est particulier. Turcotte, Marcoux, deux cas semblables mais combien différents. Pour le reste, combien de professionnels, hommes et femmes ressemblent à votre descriptions? Des centaines, voire des milliers, tous à des degrés divers. Cependant, ils n'iront pas tous vers le meurtre ou le suicide. Pour le reste l'amour humain est fait de mille et une choses mais il n'est que trop rarement désintéressé et altruiste. Oui, l'amour humain peut tuer car il n'est jamais très loin de la haine quand il se sent bafouer. La littérature est pleine d'exemples éloquants.
12:32 sur 13/07/2012
On mêle tout. L'amour, le narcissisme, la possessivité. Ça n'est pas l'amour qui tue c'est la mésadaptation; c'est précisément notre manque d'éducation à l'amour; c'est cette perception perverse que ce que l'on aime nous appartient. Je regrette mais pour tuer ses enfant comme cet homme de Warwick l'a fait, il faut avoir le sentiment de ceux-ci sont "nos choses" qu'on peut donc disposer de leur vie ...
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musael
Ad majorem consciencia
18:23 sur 13/07/2012
L'amour fait mal parfois, madame - il n'y a pas d'amour heureux chantait le poète - et quand la douleur devient trop vive la raison fout le camp parfois malheureusement. Pour ce qui est de l'amour que vous décrivez, j'ai bien peur qu'il n'existe pas, j'entend l'amour sans "objet". Dans l'amour humain se mêlent toutes sortes de sentiments parfois très égoïstes. On tue par amour depuis la nuit des temps ; amour de la patrie, de la vérité, de la liberté, que sais-je ; on tue par passion amoureuse et cela a donné de grands opéras, de grands romans.
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musael
Ad majorem consciencia
02:08 sur 14/07/2012
Il est triste que des gens aussi unidimentionnels que vous tiennent le haut du pavé car avec vos analyses simplistes, vous ne contribuez pas à la résolution des conflits, bien au contraire. Vous parlez de l'amour comme d'une recette sortie d'un conte de fée. Ce qui m'étonne - mais pas tant que cela dans le fond - c'est que des universitaires soient incapables de réelle compréhension du phénomène humain. Beaucoup de connaissance théorique mais peu d'expérience réelle. Et ne venez pas me parler de vos longues années de pratique; j'ai connu des prostituées qui en connaissaient plus long que vous en la matière. À chaque fois que je vous lis, je suis heurté par tant d'incompréhension et d'idées toutes faites, vision bourgeoise et suffisante et comme je disais, unidimentionnelle.
15:14 sur 13/07/2012
J'aime le lien avec la littérature. Il est très difficile de croire qu'il pouvait aimer ses enfants, mais comme vous dites l'amour humain est fait de mille et une choses, j'en suis aussi persuadé. L'amour ne tue pas? Est-ce que l'amour est le meurtrier? J'exagère peut-être, mais le texte de Jocelyne Robert et le commentaire de musael sont tous deux de belles pistes de réflexion.