L'hiver, sur les plages du Sud, j'ai souvent observé que les corps féminins se ressemblent de plus en plus, avec, bien sûr, plus ou moins de flétrissures et de relâchement, de lissité ou de fermeté...
Je fais le même constat en ce moment, sur les terrasses montréalaises ou sur le bord de mon petit lac.
La semaine dernière, je regardais la photo de mariage de ma mère. 1934. Elle avait 25 ans, C'était tard pour l'époque et on disait qu'elle avait déjà coiffé la Sainte-Catherine*. C'était un grand mariage. Mon grand-père était un prospère éleveur bovin. Il mariait sa première fille. Je suis fascinée par la grande diversité des visages et des silhouettes féminines sur la photo.
Elles sont éblouissantes ces femmes: des cheveux de toutes les longueurs et de toutes les couleurs, tressés, relevés en chignons, bouclés... Des corps, minces, potelés, ou grandioses... Des teints, des dents, des fronts, des regards, des nez, des seins, des ventres tous fiers et tous distincts les uns des autres.
Chaque corps, chaque trait, est unique, singulier. Tantôt par le petit nez, tantôt par les grands yeux océaniques, on reconnaît chez certains invités des airs de famille. C'est le cas des trois Grâces, la mariée et ses deux demoiselles d'honneur, ses sœurs. Mais aucune femme ne se ressemble. Ma famille ayant des origines amérindiennes du côté maternel, le fusionnement avec les blonds aux yeux aqua de la lignée patrilinéaire a engendré une joyeuse diversité de phénotypes. Ce qui impressionne, sur le cliché sépia, c'est que chaque femme affiche assurément beaucoup de fierté d'être ce qu'elle est et comme elle est.
Quand j'étais enfant existait une vaste gamme de beautés. Il y avait la beauté des femmes asiatiques, caucasiennes, négroïdes, indiennes... Une panoplie d'yeux ronds ou bridés, noirs ou bleus... Un éventail de nez fin, épaté, retroussé ou aquilin... Une palette de couleurs et de textures de peaux, blanches, ébène, rousselée, bis, rosée ou chocolatée... Un assortiment de cheveux châtains, roux, blonds, noir, sel et poivre, blancs, crépus, bouclés ou droits...
Cela me faisait rêver, exacerbait mon envie de découvrir le monde.
Aujourd'hui, on tend vers un prototype unique, universel de beauté : la Barbie blanche, blonde, grande, fuselée, pulpeuse au nord et mince au sud, avec un visage en forme de cœur. Le type Madonna. Les femmes noires se font éclaircir la peau, défriser la crinière, affiner le nez, amincir les lèvres... Les asiatiques se font débrider et agrandir les yeux, décolorer les cheveux, gonfler la poitrine. Certaines femmes sud-américaines, généralement assez courtes sur pattes, vont jusqu'à se faire rallonger les jambes. Les blanches se font barbiriser ** davantage, rehausser les pommettes, élargir les yeux, gonfler la lippe, bomber le cul.
Les nez, bouches, seins refaits ou repulpés se ressemblent tous. Ne parlons même pas des cheveux, à peu près tous dans les tons de blond, plus ou moins de la même longueur et méchés. Bientôt, toutes les femmes blanches, de tous âges, se ressembleront comme des gouttes d'eau, et toutes les autres s'en approcheront, avec des allures faussement métissées.
Je ne sais pas ce qu'on peut faire pour stopper cette folle chevauchée vers l'uniformisation. Et si rien ne freine cette dérive, nous filons vers un regrettable appauvrissement du genre humain, du visage humain, de la diversité humaine.
Quel dommage que cette vision réductionniste de la beauté féminine nous fasse tendre vers l'uniforme corporel!
(à suivre)
* Expression signifiant que la jeune femme qui n'était pas encore mariée à 25 ans risquait de rester « vieille fille » . On fête la Sainte-Catherine le 25 novembre
** Barbiriser: Se faire transformer pour ressembler à Barbie Dans mon dernier livre. Les femmes vintage, j'aborde cette question de la barbimorphose
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Si des extra terrestres anthropologues les voyaient, "ils" ne feraient pas de différence avec les perruques blanches d'autrefois, ou les bandages pour garder petits les pieds des jeunes filles. La seule différence est qu'aujourd'hui, une femme qui reste "naturelle" et qui porte des souliers ne risquant pas de lui causer une hernie discale, ne se fait pas exclure socialement (en tout cas c'est ce que je crois).
En ce qui me concerne, la seule chose qui pourrait vraiment avoir une influence quelconque est si elle ne se rase pas les dessous de bras :)
Peut-être avez-vous été marquée par celles que vous avez vu sur la rue Crescent durant le Grand-Prix?
Pour ma part, j'observe beaucoup et constate l'inverse, du moins à Montréal, dans les transports et sur la rue. De toutes les origines, de toutes les grandeurs, grosseurs, look, couleurs et j'en passe. Même que ça me fascine à chaque fois!
Vous avez vu les maNUEfestations ce printemps? Des grandes, des grosses, des minces, des rousses, des brunes, etc etc. Le tout couronné d'encore moins de correspondance au modèle dont vous nous faite part que de pudeur. Essentiellement très caucasiennes par contre, mais ça, c'est une toute autre histoire...
Je crois aussi qu'il y a uniformisation des normes de beauté et des chirurgies qui en découle, mais une minorité y a accès.
La diversité des corps et des traits est génétique. Une chirurgie ne change pas l'ADN, pour l'instant du moins...
L'autre jour, j'étais au théâtre. Toutes les femmes de 45-60 ans autour de moi étaient blondes... Et je ne vous dirai pas que plusieurs avaient le même regard... étiré et un nez bien semblable...
Quant à l'idée de chirurgie accessible à une "minorité", les études récentes montrent que de plus en plus de filles et de femmes pas riches s'endettent pour y avoir accès. On offre désormais ces services à rabais, comme une visite chez le coiffeur.
Vrai que la chirurgie ne change pas l'ADN. Mais elle a dans son répertoire quelques modèles de nez, de seins, de mentons qu'elles reproduit à l'infini... sans se soucier "d'ouvrir les têtes"
Merci de votre réaction.
Messieurs: des commentaires?
Michel Paillé, blogueur HPQ
http://quebec.huffingtonpost.ca/michel-paille
Les hommes et les femmes ont toujours fait des tas de choses pour modifier leur corps. Les perruques, se poudrer le visage, le piercing, la coloration des dents, des lèvres et du visage, le bronzage, les tatouages. Dépendamment de leurs moyens et de leurs classe sociale