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Obama, les nazis et le Québec

Ce qui sépare la démocratie de la barbarie tient à peu de choses.

12/01/2018 09:00 EST | Actualisé 12/01/2018 09:00 EST
Kamil Krzaczynski / Reuters
Barack Obama, devant le Economic Club de Chicago mettait, son auditoire en garde quant à la fragilité de la démocratie, en invoquant la montée du nazisme au début du 20e siècle.

En décembre 2017, Barack Obama devant le Economic Club de Chicago mettait son auditoire en garde quant à la fragilité de la démocratie, en invoquant la montée du nazisme au début du 20e siècle. Il n'est pas entré dans les détails, mais les parallèles sont évidents avec Donald « génie très stable » Trump. Par exemple, Obama aurait sûrement pu invoquer des similitudes entre Hitler et son successeur, notamment au niveau des questionnements concernant l'état mental de ce dernier et les questions similaires que soulèvent encore aujourd'hui les historiens, concernant le dictateur allemand.

Obama aurait pu creuser le sujet en discutant du fait que les deux personnages ont une base électorale quasi fanatisée, qui exacerbent l'islamophobie dans le cas de Trump comme l'antisémitisme était le pain et le beurre d'Hitler. Il aurait pu rajouter que si Trump ne dispose toujours pas d'une police personnelle comme Hitler à ses débuts, avec les sections d'assaut SA et ensuite avec la Gestapo et d'un organe de presse comme le Völkischer Beobachter, il fait tout ce qu'il peut pour discréditer les institutions américaines, le FBI, la CIA et la quasi-totalité des médias en s'appuyant sur des FOX News ou des Breitbart; sans oublier sa proximité avec un Eric Prince, ex-Navy Seal, ex-fondateur de l'entreprise paramilitaire Blackwater.

Enfin, Obama aurait pu conclure que si Hitler a disposé d'un Joseph Goebbels pour révolutionner la communication de masse, Trump lui bénéficie de Twitter et il en fait un usage comme aucun autre politicien avant lui, en liant chaque matin sa propagande et ses états d'âme à la masse de ses 46,3 millions de « followers ». Le grand historien Ian Kershaw, auteur entre autres de « Qu'est-ce que le nazisme? » trouverait ici une application concrète de sa théorie sur : « L'individu allant vers le Führer ». Dangereux. Malgré toutes les inepties proférées par le Donald, le Trump Approval Index Historymontre que présentement, 43 % des citoyens approuvent son action. Cela porte à réfléchir.

Si on regarde le tout du bout de notre lorgnette, est-ce que la mise en garde d'Obama s'applique au Québec?

Ici comme ailleurs, les mouvements d'extrême droite se font de plus en plus présents. Sans vouloir faire d'amalgame, le tout a atteint un nouveau sommet au début de 2017 avec la tuerie du Centre culturel islamique de Québec et ne s'est pas atténué avec le référendum sur la localisation du cimetière musulman à Saint-Apollinaire. Par ailleurs, des groupuscules comme La Meute et La milice armée d'extrême droite du III %, sont en pleine expansion. Sans compter sur la version québécoise du groupe raciste européen Pegida, qui veut former un parti politique officiel pour les élections d'octobre 2018 au Québec. À l'opposé, selon un sondage CROP/Radio-Canada (Février 2017) portant sur le populisme et la xénophobie, 82 % des Québécois seraient contre l'idée d'un Donald Trump canadien. Rassurant.

On dit que des citoyens mieux informés et mieux instruits ont moins peur de l'Autre. À ce titre, il n'y a pas une journée sans que les médias ne fassent état de leur propre déclin, notamment au niveau des journaux papier. Par exemple, en région où les chances de voir croitre le populisme et la xénophobie latentes sont supérieures, il ne faut pas être un fin observateur pour constater le déclin tant en quantité qu'en qualité des médias régionaux. Cet état d'affaiblissement pour éclairer la réflexion des citoyens ne peut que contribuer au repli sur soi. Laissant la place à certains politiciens locaux à tendance populiste, comme un Jean Tremblay au Saguenay, un habile communicateur. Mais ils sont minoritaires comme l'était feu André Drouin et souvent caricaturaux. C'est déjà ça de pris.

Le résultat, c'est que nos politiciens qui tentent de faire dans l'identitaire selon les sondages, exacerbent des tensions raciales qui n'ont pas raison de l'être.

Pour l'État québécois, les débats sur la laïcité sont récurrents et nous brûlons beaucoup d'énergie sur le port du voile, un sujet qui ne concerne qu'une minorité de personnes, généralement résidentes des grands centres urbains, mais avec un rayonnement de type RDI/LCN, surtout efficace en région pour semer la peur de l'Étranger. Le résultat, c'est que nos politiciens qui tentent de faire dans l'identitaire selon les sondages, exacerbent des tensions raciales qui n'ont pas raison de l'être. À ce titre, imaginons un style charismatique comme Bernard « Rambo » Gauthier, doté d'un système de pensée de type universitaire qui émergerait sur les rives de Montréal, nous pourrions alors nous retrouver avec un Sebastian Kurz, 31 ans, conservateur, chancelier récemment élu de l'Autriche, lequel professe des idées d'extrême droite. Bref, ce qui sépare souvent un état politique d'un autre dans une société à l'ère des médias de masse et des « fakes news » tient souvent à peu de choses. Souvenons-nous que le Québec à un jour fleureté avec le nazisme avec le journaliste Adrien Arcand (1899-1967). Lequel a fondé un mouvement fasciste et antisémite canadien-français où la croix gammée d'Adolf Hitler y était tenue en haute estime. Ne tentons pas le diable.

Ce qui m'a inspiré ce billet, c'est l'arrestation sans accusation de Guy Ouellet en octobre 2017. C'est le peu de respect marqué par l'UPAC envers l'institution qu'est l'Assemblée nationale du Québec et l'indifférence, sauf pour M. Jacques Chagnon son président, de presque toute la classe politique québécoise. On ne peut indûment bafouer nos institutions sans que cela n'entraîne un potentiel de dérive dans nos sociétés. Peut-être que je m'énerve, mais je ne peux m'empêcher de penser au poème du pasteur allemand Martin Niemöller (1892–1984) : Quand ils sont venus chercher... publié au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : « Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste. Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n'ai rien dit, je n'étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »

Je ne crois pas que l'avertissement d'Obama s'applique au Québec. Par contre, ce qui sépare la démocratie de la barbarie tient à peu de choses. Considérant que les Américains sont nos voisins et que 63 millions d'entre eux ont voté pour Donald Trump, qu'ils sont armés et que notre frontière est assez poreuse, ne soyons pas naïfs.

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