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Le temps est venu d'intégrer l'UPAC à la Sûreté du Québec

«En terme citoyen, vu de l'extérieur, l'UPAC apparaît avoir de sérieux problèmes de gouvernance.»

14/12/2017 09:32 EST | Actualisé 14/12/2017 09:32 EST
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Martin Coiteux, entre autres ministre de la Sécurité publique, vient de me jouer un tour dans la foulée de la suspension de Philippe Pichet comme chef de la police de Montréal et son remplacement temporaire par Martin Prud'homme de la Sûreté du Québec, j'avais un mandat à confier à ce dernier : abolir l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et l'intégrer au sein de la SQ.

Ceci étant, le « pourquoi » d'un tel mandat demeure entier, sans égard à l'espèce de népotisme qui entoure la haute fonction publique policière au Québec. Ainsi, comme nous le rapportaient les partis d'opposition à Québec, la conjointe de Martin Prud'homme est à la fois policière au sein de la SQ et la fille de Robert Lafrenière, le Commissaire à la lutte contre la corruption et grand responsable de l'UPAC. Les liens émotionnels, sans prêter d'intention à personne, sont loin d'être des faits divers sans importance dans ce genre d'équation, surtout dans le contexte actuel.

Personnellement, pour des considérations d'efficacité administrative, j'étais contre la création de ces deux entités.

L'UPAC a été créée en février 2011, tout comme la Commission Charbonneau en octobre de la même année, dans la foulée des révélations des médias concernant la corruption dans le domaine de la construction, reliée à l'attribution et la gestion des contrats publics. On se souviendra que ces entités ont été mises en place suite aux pressions, tant du public que des partis d'opposition et dans ce dernier cas, pour des raisons que l'on comprendra facilement sans les expliquer. On comprendra aussi que pour des raisons similaires, mais opposées, le gouvernement libéral de Jean Charest n'était pas dans cette dynamique, mais qu'à un certain moment, il a dû céder.

Personnellement, pour des considérations d'efficacité administrative, j'étais contre la création de ces deux entités. Au sujet de la Commission Charbonneau, ce genre de démarche m'était toujours apparu comme un gros « show » comme le fut la Commission Gomery : beaucoup d'argent et de temps dépensés, du bon stock médiatique, souvenons-nous des balles de golf de Jean Chrétien comme image caricaturale de l'ensemble. Mais en bout de piste, les résultats obtenus ont été nettement en retrait des attentes citoyennes, même si quelques « Chuck Guité » ont été condamnés.

Concernant la création de l'UPAC, calquée du moins à l'époque sur un modèle new-yorkais selon Le Devoir, j'étais d'avis qu'il s'agissait d'un dédoublement de structures policières avec à la clé, des conflits de juridiction et donc souvent, des chocs d'égo qui s'enveniment et cascadent avec le passage du temps, en perdant de vue souvent, la cause du conflit de départ, quelques fois bénin. Bref, mon opinion était à l'effet qu'une SQ améliorée et donc, dotée des moyens appropriés était tout à fait apte à remplir le mandat confié à l'UPAC. Par exemple, est-ce que l'enquête sur le financement du parti Libéral de Jean Charest qui n'en finit plus de finir aurait abouti plus rapidement avec la SQ? On ne le saura jamais. Mais en cette fin d'année 2017, je n'ai toujours pas changé d'idée à propos de l'utilité de l'UPAC comme organisation parallèle.

Il n'y a rien ici qui justifie que les contribuables payent pour deux directions générales avec le «staff» correspondant.

Si on consulte les missions respectives des deux organismes, il n'est pas besoin d'être un avocat ou un spécialiste en développement organisationnel pour en remarquer les similarités, tant elles nous sautent aux yeux rapidement. Si on examine les structures organisationnelles des deux organisations, disponibles sur le Web, on remarque immédiatement que l'UPAC pourrait facilement être une branche de la Direction des services spécialisés du groupe des Enquêtes criminelles de la SQ. Il n'y a rien ici qui justifie que les contribuables payent pour deux directions générales avec le « staff » correspondant, deux services juridiques, deux services d'affaires publiques et de communication et ce, sans oublier ce qui n'apparaît pas comme dédoublement dans les organigrammes de haut niveau disponibles au public.

En terme citoyen, vu de l'extérieur, l'UPAC apparaît avoir de sérieux problèmes de gouvernance, laquelle est simplement : « L'art de se gouverner soi-même ». Mentionnons par exemple, toute la saga de l'arrestation récente du député Guy Ouellet où l'on se demande où est la part de l'hommerie dans cet événement, sans oublier le manque de respect que l'on dénote de la part de l'UPAC envers l'institution qu'est l'Assemblée nationale; sans oublier aussi que depuis, Guy Ouellet n'a jamais été accusé de rien. Mentionnons le départ à la fin de novembre du numéro 2 de l'UPAC, Marcel Forget, pour cause d'erreur de jugement majeure dans le cadre du type de fonctions qui étaient les siennes. Mentionnons l'étalage public de graves problèmes de gestion internes au sein du personnel de l'UPAC. Tant et si bien que le ministre Coiteux de façon surprenante veut rajouter une couche supplémentaire de structurite administrative avec la mise en place d'un comité de surveillance. De plus, ce dernier semble vouloir discuter de ces mêmes problèmes de gestion avec Robert Lafrenière. Depuis quand un ministre senior comme Martin Coiteux fait-il dans la microgestion?

En cette fin de 2017, la mission de l'Unité permanente anticorruption est toujours aussi pertinente. Cependant, les événements récents ne font que conforter l'idée d'une organisation à la gouvernance déficiente. Pour des raisons globales d'efficacité de gestion, il serait préférable de fondre immédiatement l'UPAC dans la structure organisationnelle de la Sûreté du Québec. C'est sa place naturelle.