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Programme imparfait pour Cloutier

27/09/2014 10:03 EDT | Actualisé 27/11/2014 05:12 EST

Alexandre Cloutier, candidat à la course à la chefferie du PQ a annoncé son programme dans une longue lettre ouverte dans le Huffington Post. Contrairement à ses collègues Lisée et Drainville, il compte mettre de côté la gouvernance souverainiste. Pour ce faire, il propose entre autres de relancer le travail indépendantiste et est prêt à le financer. À ce titre, il désire que 50% du budget annuel du PQ soit utilisé pour la promotion et la réalisation d'études portant sur l'indépendance. Bien qu'intéressant, son programme reste imparfait.

Il faut saluer la mise au rancart de la gouvernance souverainiste, aussi connue sous le nom de l'étapisme. Toutefois, venant de l'ex-ministre dont le titre était : « ministre de la gouvernance souverainiste » - on conclut qu'il en était l'un des plus fervents partisans - il s'agit d'un revirement surprenant. La nouvelle conviction de Cloutier est trop peu expliquée dans sa lettre pour déduire qu'elle est profonde. En conséquence, l'ex-ministre risque d'avoir fort à faire pour convaincre les partisans de l'approche claire et assumée qu'il en est lui-même un partisan maintenant.

D'ailleurs, Cloutier verse encore dans l'étapisme en proposant que le PQ s'engage à tenir un référendum dans les deux dernières années d'un premier mandat seulement si un registre signé par au moins un million de Québécois. Il a pour fonction d'évaluer les appuis au projet de société qui sera éventuellement proposé. Toutefois, le 7 avril dernier, le PQ a obtenu 1 074 120 votes, soit 25,4%. Or, il a obtenu plus du million en ne proposant rien de concret concernant l'indépendance. Il est alors difficile de voir comment il n'y aurait pas au moins un million de personnes pour signer le registre. De plus, si le PQ prend le pouvoir, il recevra nécessairement un plus grand nombre de votes. En conséquence, ce registre apparaît complètement inutile et n'est qu'une étape supplémentaire pour ralentir le processus d'accession à l'indépendance. Clouter ne semble donc pas avoir complètement laissé tomber son ancienne idéologie.

Cloutier veut aussi que la moitié du budget annuel du PQ serve à la promotion et la pédagogie de l'indépendance. Bravo. Toutefois, une question se pose : est-ce que Cloutier s'engage à ce qu'un PQ formant le gouvernement n'utilise pas les ressources dont il disposera ? Actuellement, la plateforme du PQ l'interdit. Si Cloutier continue sur cette lignée, il s'agit d'un problème majeur qui, de plus, serait en contradiction avec sa promesse d'un livre blanc. S'il demande aux membres de changer la position, il s'agit d'une excellente nouvelle. Pour l'instant, la question demeure.

Finalement, pendant la deuxième année d'un gouvernement majoritaire, Cloutier promet le dépôt d'un livre blanc similaire à celui du camp du OUI en Écosse. Les années d'opposition permettront de le rédiger et la première année au gouvernement d'y intégrer les études sur l'indépendance. Le raisonnement de Cloutier est logique. Toutefois, comme le livre blanc de Marois aux dernières élections, il a le désavantage majeur d'être publié seulement si le PQ est majoritaire. Qu'arrive-t-il si le PQ est élu minoritaire ou n'est pas élu ? Le livre blanc sera-t-il mis de côté ? Ce serait inacceptable. Aussi, Jacques Parizeau formait l'opposition officielle lorsqu'il a déposé son équivalent de livre blanc. En conséquence, imposer la condition d'un gouvernement majoritaire pour réaliser ce document est un choix risqué qu'il faut écarter.

En conclusion, le programme de Cloutier est imparfait. Toutefois, il s'agit d'une amélioration face à la continuité que les Drainville et Lisée proposent. Il reste aussi à savoir ce que PKP proposera pour déterminer qui aura réellement le meilleur contenu. D'ailleurs, PKP a certes l'avantage d'être une vedette, mais s'il n'a pas de contenu, il ne servira à rien. Il faut donc attendre. L'évidence dans un tel contexte est que cette course à la chefferie est fondamentale et qu'elle sera des plus intéressantes vu les tendances très opposées qui s'annoncent.

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