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L'État, ça sert à quoi?

22/09/2014 11:43 EDT | Actualisé 22/11/2014 05:12 EST

Le premier ministre Philippe Couillard nous promet un État à la hauteur de nos moyens. « L'heure n'est plus aux changements cosmétiques », prononçait-il lors de son discours d'ouverture de la 1ère session parlementaire en mai dernier. Lors de son tout premier congrès qui aura lieu en novembre, la CAQ de François Legault a prévu un panel sur la modernisation des services publics.

Le PLQ et la CAQ ont bien raison de s'y pencher (le PQ est ailleurs... et semble vouloir y rester aux dernières nouvelles). Selon le rédacteur en chef de The Economist, John Mickelthwait, et le journaliste Adrian Wooldrige, une 4e révolution s'impose pour ce qui est d'interroger le rôle et l'étendue de l'État. Dans leur dernier ouvrage The Fourth Revolution - The Global Race to Reinvent the State, les auteurs concluent qu'il est non seulement possible mais absolument essentiel de prescrire une cure d'amincissement au Léviathan (1) et de le ramener à ses missions essentielles.

Après l'État-nation de l'époque de Thomas Hobbes du 17e siècle, le gouvernement responsable, plus petit mais plus compétent de l'époque de John Stuart Mill (19e siècle), puis l'État-providence du 20e siècle et une demi-révolution inachevée des Reagan-Thatcher-Friedman, il est redevenu nécessaire de ramener à l'avant-plan des questions qui ne se posent plus. Pourquoi l'État? Quelles sont ses missions essentielles? Comment assurer la liberté des individus tout en assurant un filet social digne de ce nom pour les plus défavorisés d'entre nous?

Selon le philosophe Thomas Humphrey Marshall (1893-1981) de la London School of Economics, les citoyens auraient acquis des droits en trois vagues: droits civiques au 18e siècle, droits politiques au 19e siècle et droits sociaux au 20e siècle. Est-on allé trop loin? Que sont devenus avec l'avènement de l'État-providence, les concepts jadis moteurs de changement que sont la liberté, l'égalité et la fraternité?

In the classical liberal tradition freedom meant freedom from external control. Equality meant equality before the law. (...) But now freedom was being reinterpreted as freedom from want, and equality as equality of opportunity (and to some extent as equality of respect). This entailed a much more activist view of government.

Depuis ce temps,

Equality of opportunity has become equality of results. Fraternity has become about entitlements that we are all due, not responsibilities that we all have. (...) People no longer associate liberty with freedom from external interference but rather with freedom from social scourges, such as ignorance or want.

La notion même de « Droits » permet maintenant aux gens d'exiger de l'État (des autres) des services et un niveau de vie indépendamment de leur contribution puis selon leurs préférences personnelles. Dernier exemple en liste au Québec, le droit au Bixi!

Le droit s'est transformé en dû.

Les auteurs tiennent à dire qu'ils ne sont pas libertariens, mais de l'école du libéralisme classique. Ils tiennent d'ailleurs à rappeler que le héros des interventionnistes, soit John Maynard Keynes, était un libéral et non pas un socialiste. L'État ne devrait intervenir qu'au plus bas des cycles économiques, disait Keynes. Mieux encore - ce que les socialistes prennent bien soin de ne pas rappeler - Keynes avançait que les dépenses publiques ne devaient jamais compter pour plus de 25% du PIB! (Nous en sommes à 47% au Québec en 2009, 25% plus élevé qu'en Ontario.)

Bref, « il est temps de remettre le libéral dans nos démocraties libérales » et de nous méfier de l'éléphantisme dont souffre l'État, affirment les auteurs. Peut-on y arriver? Oui, croient-ils. Des exemples existent. En Suède notamment, où on a fait passer le ratio dépenses publiques/PIB de 67% à 49% et la dette publique de 70% du PIB en 1993 à 37% en 2010. Dans l'Angleterre du début du 19e siècle aussi avec des réformateurs tels que Gladstone.

Seulement, pour y arriver, les dogmes doivent être revus et corrigés.

À l'agenda : revoir et corriger (1) un régime caractérisé par un contrôle excessif, le tout à l'État (l'État-buffet), (2) les solutions mur-à-mur, (3) la planification et la prise de décisions centralisées, (4) l'opacité et la résistance au changement, (5) le rôle des syndicats et lobbies, (6) l'universalité, (6) le crony-capitalism, (7) l'État-producteur en toutes circonstances et (7) l'hyperactivité réglementaire qui en découle.

Ce qu'ils suggèrent? Une rénovation de l'État axée sur le pluralisme des moyens, la liberté de choix des citoyens, la concurrence dans l'offre de services, la diversité, la décentralisation, la transparence, l'expérimentation, et la coopération entre diverses formules de production de services dits publics.

Pour ce qui est du point de départ, il n'est pas compliqué. Privilégierons-nous la liberté et la responsabilité des individus dans un État plus souple et respectueux des contribuables ou continuerons-nous d'être si maladivement attachés à nos systèmes encrassés et soumis aux groupes d'intérêts? À titre d'exemple plus concret, sauverons-nous le système de santé ou épargnerons-nous les patients? Redistribuerons-nous l'aide directement aux parents ou subventionnerons-nous des garderies à 60$/jour?

Qu'on se le dise. Il va falloir revenir sur les promesses du passé de politiciens à la recherche de votes. Qu'elles aient été négociées de bonne foi ou non. Qu'elles aient été l'expression de bonnes intentions ou non. Si on ne trouve pas le moyen de faire ça, et d'accepter ça, c'est peine perdue. En ce sens, j'encourage le gouvernement et la commission dirigée par Lucienne Robillard à s'inspirer de la démarche proposée dans ce livre, soit celle de poser la toute première bonne question: « Qu'est-ce que l'État a d'affaire là? »

Finalement, vivre selon nos moyens, c'est aussi ça. Être capable de dire non. Tough love. Pour le mieux. On est rendu là.

(1) Leviathan: Expression découlant de l'oeuvre de Thomas Hobbes du 17e siècle, Leviathan, et désignant l'État.

Autres liens utiles: L'entrevue des auteurs à Charlie Rose, critique de Gaspard Koenig, critique du Financial Times

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