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Charlie et «c'est drôle l'islam» (V.F. de <em>Charlie's devils</em>)

08/01/2015 09:24 EST | Actualisé 10/03/2015 05:12 EDT

Titre d'un film qu'on a commencé à écrire le 7 janvier 2015, lors de la tuerie dans les locaux de Charlie Hebdo. Le massacre, c'est le début. Parce que je ne peux pas me résigner à croire qu'il s'agit de la fin. En entrevue à RDI, celui qu'on connaît désormais sous le nom de Charb racontait savoir qu'il prenait des risques, mais choisissait de le faire parce que sinon la liberté de presse n'avait plus aucun sens.

La liberté de presse, à se nourrir de rires

Charb est mort. Charb et plusieurs de ses collègues. Douze morts et onze blessés. Explorer les limites de la liberté de presse, afin qu'on n'en déplace pas discrètement la ligne. Comme un militaire qui protégerait nos frontières, armé d'un crayon.

Et nous assistons à un défilé de gens qui rendent hommage aux... J'allais dire victimes, mais je refuse ce terme. Un défilé de gens qui rendent hommage à ces guerriers de la liberté qui ont donné leur vie pour la cause. Qui ont vécu et se sont nourri de cette liberté de rire, l'ont alimentée afin qu'elle ne s'amenuise pas.

Blasphémer Mahomet, pour le meilleur et pour le rire

caricature allah

Parce que dans nos sociétés où on s'est approprié, de gré et de force, le droit de rire et de blasphémer notre propre religion, qu'y a-t-il de pire que de craindre les foudres terrestres des représentants autoproclamés de Mahomet si on ose se payer la gueule de ce dernier?

Contre vents se marrer

Les gens de Charlie hebdo s'étaient donnés une mission. Défendre la liberté. Faire rire en était le moyen. Faire rire en blasphémant autant que possible. Pas seulement Mahomet, ils tiraient un trait de crayon sur tout ce qui bouge. Mais ils refusaient de se censurer malgré la menace qui planait. Malgré les vents qui soufflaient en menaçant de tout raser.

Certains diront qu'ils sont morts pour rien. Que ça ne valait pas la peine de payer de sa vie pour blasphémer Mahomet.

Évidemment, présenté sous cet angle... Ça annonce déjà la suite où plus personne n'osera choquer les extrémistes musulmans. Et si telle était la suite du film, les gens de Charlie Hebdo seraient effectivement des victimes, et la fin en serait infiniment triste.

Amants de la liberté, en état de choquer?

Je ne connaissais pas Charb. Tout ce que j'en connais, c'est ce qu'il a dit en entrevue. Mais c'était très éloquent. Si on n'est pas prêt à prendre des risques pour protéger sa liberté, on gagne une certitude. Une seule. Celle de perdre notre liberté.

Alors devant cette évidence, allons-nous poursuivre l'œuvre de Charlie Hebdo, ou juste lui rende hommage par de belles paroles pour ensuite retourner dans la sécurité du politiquement correct?

Qui osera se mosquée?

Le 7 janvier 2014 marque un tournant dans l'histoire des amants de la liberté. Céderons-nous à la peur? Ou alors déciderons-nous d'être si nombreux à rire de la gueule du prophète de malheur que les soldats d'Allah soient incapables de nous tuer tous?

Serons-nous des militants à crayons armés? Ferons-nous de nos claviers des armes de guerre? Et les insolences de nos caméras se feront-elles plus grandes qu'Allah? Oserons-nous écrire et réaliser ce film qui fera que la mort de ces gens ne marque pas la fin de notre liberté, mais le début d'une mobilisation globale?

Irons-nous jusqu'à inclure dans notre constitution, juste à côté de la liberté de religion, la liberté de les blasphémer toutes?

Qui osera amener «Allah aubar»?

J'aime les films qui finissent bien. Le 7 janvier ne peut donc pas marquer la fin. Les démons de Charlie ne peuvent pas gagner. Le 7 janvier ne peut que marquer le début. Alors la prochaine fois que quelqu'un dira Allah u akbar (Allah est le plus grand), répondez-lui «inch Allah»!

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- Pour Cabu, Charb, Wolinski et tous les autres... - l'hommage d'Anne Sinclair et la rédaction du HuffPost France aux victimes de l'attentat

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