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26 ans après Polytechnique: un registre des armes d'épaule... un autre!

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La coalition pour le contrôle des armes à feu s'est formée dans la foulée de cette tragédie, regroupant des femmes qui étudiaient dans cet établissement au moment du drame. C'est accompagné par deux représentantes de cette coalition, Nathalie Provost, une femme qui a été blessée lors de cette tragédie, et Heidi Rathjen, qui était étudiante à l'école Polytechnique lors de ces terribles événements, que le ministre intérimaire Pierre Moreau a annoncé le dépôt du projet de loi sur la création d'une «immatriculation» des armes d'épaule.

Il a évité soigneusement le mot registre au profit du mot immatriculation, probablement pour se dissocier du spectaculaire fiasco fédéral en la matière. D'ailleurs, tout contrat gouvernemental dans le domaine informatique sent la corruption, ou l'incompétence, à des kilomètres à la ronde depuis des lustres et bien peu de choses ont été faites pour corriger cette situation. Comme on peut le constater une fois de plus dans le fameux dossier médical informatisé au Québec.

Mais soyez sans crainte, ça n'arrivera pas dans le cas du registre québécois des armes d'épaule. Le ministre Moreau a commandé aux Câlinours une double dose de bombardements d'amour-arc-en-ciel pour les firmes informatiques. Ça les protégera à leur insu de toute envie de gonfler la facture. Miracle!

Et surtout, les ti-n'amis de la police vont être contents. Un registre, c'est important pour protéger... leurs emplois de bureau! Ouep! Une centaine d'emplois de pousseux de crayons, (info tirée d'un document obtenu via la loi d'accès à l'information. NDLR: dans le document, ils ne les appelaient pas «pousseux de crayons», mais comme ils préfèrent remplir de la paperasse inutile que de traquer des cyberpédophiles, je me permets quelque largesse) c'est utile pour faire croire à la population que le grand danger pour les policiers, c'est un honnête propriétaire d'arme à feu... et que les membres du crime organisé enregistrent leurs armes.

Oui, mais les policiers consultent ce registre avant de faire une intervention!

Quelle foutaise incroyable... Si au moins on n'avait pas accès à l'information, on pourrait intuitivement croire qu'il s'agit là d'un argument valide. Sauf que lorsque l'ancien registre était en place, les policiers québécois qui font la danse du bacon pour avoir leur registre, étaient aussi ceux au Canada qui consultaient le moins cette farce monumentale. Et pas qu'un peu: ils le consultaient douze fois moins que le Yukon, qui détient le record de consultation, et 2,49 fois moins que leur plus proche compétiteur dans la non-consultation, le Saskatchewan.

Les policiers savent déjà que les bandits sont armés et qu'ils n'enregistrent pas leurs armes. Ils savent aussi que si tu as un permis de possession et d'acquisition d'armes à feu, information à laquelle ils ont accès, ce n'est pas pour faire une collection de timbres! Bref, malgré la stupidité de leur discours officiel, la plupart des policiers (qui semble-t-il auraient ordre de se taire s'ils osent être en désaccord avec celui-ci) savent qu'il est inutile. Ben oui, toi-chose, un policier qui réfléchit, ça existe. Il doit juste le cacher, ça ferait mal paraître ses boss!

Les honnêtes propriétaires d'armes à feu non plus ne sont pas dupes. Nous savons que la pseudo-unanimité dont les policiers et politiciens se réclament sur la question n'existe pas. Dans la foulée de cette annonce, les émissions de lignes ouvertes ne dérougissaient pas. Et tant à Québec qu'à Trois-Rivières, les auditeurs étaient presque unanimement... contre le registre! C'est ben pour dire, hein?

Nous savons que cette mesure est une commande politique, comme l'était la loi Anastasia. Ce que confirme d'ailleurs le Sénateur Jean-Guy Dagenais, alors président de l'association des policiers provinciaux du Québec. Et permettez-moi de questionner les priorités de ce gouvernement, qui coupe dans tous les secteurs, mais se vote une augmentation de salaire et un registre qui a déjà prouvé son inutilité, en plus d'être un désastre financier prévisible.

Au final, les femmes de la coalition pour le contrôle des armes à feu ont le contrôle... des politiciens! Des femmes traumatisées, et on le comprend aisément. Mais cela justifie-t-il de gaspiller des fonds publics en évacuant complètement la question de l'efficacité? Pourrait-on suggérer à ces dames de lire la dernière page du rapport du coroner Tereza Z. Sourour sur la tuerie de Polytechnique?

«C'est délibérément que la question du contrôle des armes à feu n'est pas discutée. En effet, les munitions ainsi que le temps dont disposait sans contrainte Marc Lépine, lui auraient probablement permis d'arriver à des résultats similaires même avec une arme de chasse conventionnelle en elle-même facilement accessible. D'autre part, l'importance que représentent les questions relevées concernant les soins préhospitaliers et l'intervention policière d'urgence méritent toute notre attention.»

Propriétaires d'armes à feu ou pas, j'espère que les Québécois se lèveront pour dire non à cette mascarade faite à nos frais!

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