Jessica Pearce Rotondi

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Avoir une sœur au tournant de la vingtaine : dix leçons de vie

Publication: 08/08/2012 00:08

Ma sœur cadette et moi sommes nées à trois ans d'intervalle, d'une mère qui s'était fait dire qu'elle n'aurait jamais d'enfant. Résultat : nous avons été aimées, choyées et même un peu gâtées. J'ai surnommé Morgan mon « âme sœur » il y a fort longtemps, et je ne manque jamais de la considérer comme ma meilleure amie dans chaque carte d'anniversaire ou courriel que nous échangeons. Nous avons les mêmes yeux bleus, la même peau sensible au soleil (nos parents nous obligeaient à porter des t-shirts assortis par dessus nos maillots de bain), et le même postérieur « volumineux » qui rend l'achat de jeans cauchemardesque. Nous partageons aussi un même drame : notre mère est morte lorsque nous avions 24 et 21 ans respectivement.

Lorsqu'on est une femme, entrer dans l'âge adulte sans mère est un peu comme voguer à la dérive sans point d'ancrage. Ma sœur et moi avons donc dérivé de plus en plus loin l'une de l'autre. Je me suis établie à New York pour me donner corps et âme au travail, tandis que ma sœur a pris le chemin de Dresde, en Allemagne, où elle avait étudié quelques temps. Nous avions d'ailleurs découvert cette ville lors d'un voyage en famille.

Un an après notre dernière rencontre, ma sœur et moi nous sommes retrouvées à l'occasion de ce qui aurait dû être le 58e anniversaire de naissance de notre mère. Nous avons constaté que les 6500 kilomètres qui nous séparent avaient contribué à nous rapprocher.

Avoir une sœur est un immense privilège, alors voici une liste des dix choses que la vingtaine m'a révélées à ce sujet:

Il est impossible de taquiner qui que ce soit comme on taquine sa propre sœur

Lorsque nous étions petites, Morgan avait l'habitude de subtiliser mes poupées Barbie, pour ensuite les décapiter et suspendre leur corps aux piliers de son lit à l'aide de mes rubans à cheveux. À l'adolescence, elle était cette petite peste qui s'assoyait à l'arrière de la voiture que je conduisais en direction de l'école, et qui croyait dur comme fer que le denim décoré de pointes de métal était une tenue acceptable. Vous auriez dû entendre nos répliques lorsque nous avons essayé de planifier la fête de Noël avec papa cette année.

Mais devinez avec qui j'ai continué de jouer aux poupées Barbie, avec qui j'ai continué d'aller à l'école, et à qui j'ai donné une accolade à Noël ? Eh oui, mon « âme sœur ». Peu importe nos sautes d'humeur, nous pouvons toujours être authentique en présence de l'autre. Ce sentiment d'acceptation est une chose précieuse.

Ma sœur est un miroir

J'aime voir les traits de papa et de maman dans le visage de ma sœur, dans son sourire, ou encore dans le regard fou furieux qu'elle fait juste avant de rire aux éclats. Il n'y a qu'une personne au monde qui partage la même enfance, et cela se voit jusque dans nos expressions faciales.

Ma petite sœur est plus « cool », et c'est tant mieux!

Ma sœur cadette a déménagé en Europe. Elle s'est fait tatouer, et interprète ses chansons originales à la guitare devant des publics internationaux. Je suis extrêmement fière d'elle. (Ma chère, pourrais-tu aider ta pauvre aînée, journaliste new-yorkaise sans le sou ? Pourrais-tu lui dénicher une petite villa dans un pays où il fait chaud ? Non ? Merci quand même.)

Si vous pouvez partager la même salle de bain, vous pouvez partager absolument tout

Ma sœur et moi avons partagé la même salle de bain durant notre enfance. Morgan manifestait haut et fort son dégoût lorsque j'enlevais les points noirs de ma peau, et j'en faisais de même lorsqu'elle essuyait ses dents sur les serviettes « pour prévenir la plaque ». (En fait, je crois qu'elle faisait exprès pour me provoquer.)

Désormais, nous échangeons des recettes de tarte, des soutiens-gorge de sport et des trucs pour éloigner les garçons qui auraient l'inconvenance de nous briser le cœur.

Les sœurs sont d'excellents professeurs

Si ce n'était des conseils de ma sœur de 21 ans, je n'aurais jamais su qu'on peut remplacer le sel et le jus de lime par la cannelle et le jus d'orange après une rasade de tequila. Cette pratique est peu recommandable, mais tout à fait possible! Par ailleurs, j'ai toujours rêvé de m'établir à l'étranger après l'université, mais seule ma sœur a réussi à relever ce défi.

Durant la plus grande partie de notre vie, nous avons toutes deux porté les cheveux longs, jusqu'à ce que Morgan ose les couper une première fois à l'occasion du défi Locks of Love. En se retrouvant complètement chauve à deux reprises, elle m'a démontré ce que l'altruisme signifie vraiment.

Les sœurs sont les meilleures compagnes de voyage

À l'occasion de notre premier voyage en tant qu'adultes, ma sœur et moi avons exploré les îles grecques avec un budget microscopique. Nous avons partagé des chambres humides, beaucoup de pain et de Nutella, ainsi que des conversations passionnantes au sujet des ruines antiques.

Ma sœur a veillé à ce que je ne me laisse pas embobiner par des hommes trop séducteurs, et que je n'arpente pas les collines de Santorin sur un véhicule tout-terrain. Peut-être se rappelait-elle mes déconvenues amoureuses et ma maladresse au volant, sur le chemin de l'école? Quoiqu'il en soit, avec un peu de recul, je peux me compter chanceuse de l'avoir eue comme ange gardien. Merci, Morgan. (Ok, Giorgio, tu peux m'appeler maintenant!)

Les sœurs donnent les plus beaux cadeaux

Les emballages-cadeaux soigneusement préparés par votre frangine sont toujours les plus agréables à recevoir. Pour mon anniversaire, Morgan m'a envoyé des fraises enrobées de chocolat, accompagnées d'une petite carte sur laquelle elle a écrit des blagues d'un goût douteux. Pour la Saint-Valentin, je lui ai envoyé des articles de cuisine en céramique à effigie de chouette - si laids qu'ils en étaient presque mignons. Mon colis contenait aussi un réveil à effigie de chouette. Ne me demandez pas pourquoi.
Chaque fois que j'entre dans un magasin et que je vois un bibelot qui me fait penser à ma sœur, je l'achète. Morgan en fait de même. Nous dialoguons par bibelots interposés, ce qui prouve que nos pensées sont assez similaires.

Les sœurs changent souvent pour le mieux

Eh oui, ma sœur est devenue végétalienne, ce qui rend les sorties au restaurant quasiment impossibles. J'ai hérité de tous ses objets en cuir, et je suis devenue la cobaye de ses recettes de cupcakes. Nous en sortons toutes deux gagnantes.

Elles nous surprendront toujours

Ma petite sœur était un garçon manqué, jusqu'au jour où elle a participé à un concours amateur, en sixième année. Elle y a interprété une chanson de son cru, tout en agitant un boa de plumes roses. Vous imaginez notre surprise ! Mes parents et moi ne l'avions jamais entendue chanter.

Quelques années plus tard, je lui ai rendu visite à Dresde au cours de sa première année d'université. Ma sœur végétalienne, sobre et quelque peu intransigeante a tout de même bu une bière en ma présence puis fait le « moonwalk » sur le plancher de danse du bar, pour enfin m'avouer qu'elle était amoureuse d'un homme qui fumait la cigarette!

Le changement le plus radical que j'ai observé en elle est survenu lors du décès de notre mère. Morgan a veillé sur maman sans arrêt durant ses derniers instants. Elle a passé la nuit sur un petit matelas posé sur le plancher de la chambre d'hôpital pour ne pas la laisser seule, et lui a récité ses poèmes préférés. À l'âge de 21 ans, elle a fait preuve d'une maturité et d'une compassion hors du commun. J'ai très hâte de la voir devenir maman à son tour. (Quand elle sera prête, bien entendu. Tante Jessica ne fera aucune pression en ce sens...)

Une grande marche en bonne compagnie peut résoudre tous les problèmes

La randonnée pédestre a toujours fait partie de notre quotidien. Nous avons grandi dans une maison isolée, située sur une route de gravier aux confins d'une petite ville de 4000 habitants. Marcher quelques heures par jour nous semblait tout à fait normal, voire amusant. Un été, ma sœur et moi avons parcouru 16 kilomètres jusqu'au village voisin, pour y acheter de l'eau embouteillée et revenir sur nos pas. Nous l'avons fait par pur plaisir.

Lorsque je me remémore ces escapades, je me rends compte qu'elles servaient surtout à prendre du recul par rapport à notre quotidien. Lors de notre voyage en Grèce, nous avons réalisé que nous avions l'habitude d'appeler maman au téléphone dans les mêmes circonstances. En ce qui me concerne, c'était lorsque j'arpentais les rues de Brooklyn. Quant à Morgan, elle composait le numéro de la maison lorsqu'elle prenait de longues marches le long de l'Elbe.

Désormais, c'est ma sœur que j'appelle à l'aide de Skype, mais le contexte reste toujours le même. Lorsqu'un grand bol d'air frais ne me permet pas de mettre de l'ordre dans mes idées, je sais que la personne qui me connaît le mieux au monde - et qui habite à des milliers de kilomètres - aura la réponse à toutes mes questions.

 

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