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Une mauvaise stratégie

25/10/2013 12:33 EDT | Actualisé 24/12/2013 05:12 EST

Si on en croit les signes avant-coureurs habituels du déclenchement d'une élection générale, il nous semble maintenant parfaitement plausible de voir le gouvernement péquiste inviter les Québécois(es) aux urnes avant la fin de l'année 2013. Probablement convaincu qu'il peut surfer sur la vague de la charte des valeurs québécoises, le PQ se dit fort probablement que c'est le bon moment de demander une majorité parlementaire à la population, d'autant plus qu'il n'a actuellement rien d'autre à offrir aux Québécois(es) pour s'attirer ladite majorité. Ceci dit, le mot «actuellement» est important dans la dernière phrase. Et l'impatience du gouvernement à obtenir une majorité pourrait bien devenir un ballon qui lui pète en plein visage.

Patience

Le livre blanc sur la jeunesse de Léo Bureau-Blouin est dans le four. Le projet de loi 52 sur l'aide médicale à mourir de Véronique Hivon est déjà prêt à servir. Pendant ce temps, Daniel Breton nous a promis une petite révolution en matière d'électrification des transports et Réjean Hébert, lui, est déjà sur le dossier de l'assurance autonomie. Voilà quatre dossiers très importants qui s'en viennent à grands pas et qui intéressent la frange progressiste de l'électorat habituel du Parti québécois. Celui qui s'en va tranquillement, comme du sable dans un sablier, grain par grain, vers Québec solidaire ou Option nationale, tendance qui s'est accentuée au cours des derniers mois à cause de la charte des valeurs québécoises.

Il y aura donc d'autres moments beaucoup plus propices pour le Parti québécois afin de déclencher des élections générales. D'autant plus que le temps des fêtes approche et que la participation citoyenne est essentielle à la formation de Pauline Marois: historiquement, les participations citoyennes faibles sont toujours à l'avantage du Parti libéral qui s'est souvent faufilé au pouvoir par manque d'intérêt général. Qui plus est, les citoyens sont déjà appelés aux urnes pour les élections municipales et la surdose de campagnes électorales et de grosses faces accrochées sur les poteaux pourrait être coûteuse au gouvernement.

Les frères ennemis

Parlant d'Option nationale et de Québec solidaire, ils pourraient s'avérer les pires ennemis du Parti québécois si une campagne électorale était déclenchée. D'ici une semaine, Option nationale aura un nouveau chef frais comme une rose qui voudra absolument faire oublier Jean-Martin Aussant à ses troupes et à son électorat le plus rapidement possible. Et il pourrait très bien se faire les dents sur un Parti québécois qui devient de plus en plus distant des valeurs onistes. Qu'il soit Sol Zanetti ou Nic Payne, attendez-vous à une pelletée de bêtises venant des bleus pâles sur les bleus foncés.

Quant aux oranges, ils sont à ce point en désaccord avec le point 3 de la charte des valeurs québécoises qu'ils ont offert la leur à la population, le Charte de la Laïcité de l'État québécois. Qui plus est, le réflexe de «clignoter à gauche pour tourner à droite» du Parti québécois a encore plus fermé les troupes solidaires envers ses supposés frères (à tout le moins cousins).

Les frères et les cousins pourraient bien montrer les crocs aux péquistes. L'allure qu'aurait le vaisseau amiral de la souveraineté face à deux frères ennemis qui le pourfendent serait catastrophique pour eux et le mouvement souverainiste. D'autant plus que le Bloc québécois a clairement signifié son intention de supporter le Parti québécois au prochain scrutin général. Luttes fratricides à l'horizon? N'oublions pas que ces luttes ont coûté beaucoup de circonscriptions aux souverainistes le 4 septembre 2012, alors que les circonscriptions de Jean-Lesage, Outremont, Montarville, Laurier-Dorion et Verdun ont échappé au PQ par faufilage dû à cette division du vote. Pendant ce temps, le PQ n'a pas de leçons à faire dans ce domaine puisque sa présence de fond de rang a coûté la victoire à Jean-Martin Aussant dans Nicolet-Bécancour.

Le vote libéral cristallisé

Rien à faire. Malgré neuf années plutôt douteuses du gouvernement Charest à l'Assemblée nationale, le vote libéral est plus cristallisé que jamais. Au point de se demander si quiconque voudra imprimer son visage sur des milliers de pancartes dans Robert-Baldwin ou Marquette. Les libéraux ont un nouveau chef à soutenir et les loyales troupes fédéralistes vont tout faire pour l'amener à la banquette principale du gouvernement.

Une CAQ endormie

Pendant ce temps, la CAQ apparaît moribonde et sans saveur. Malgré une tournée du Québec pour le projet Saint-Laurent et un livre que François Legault vient de publier sur sa vision politique (qui ne semble intéresser que les convaincus), la Coalition avenir Québec glisse sur une pente bien abrupte et ne semble pas trouver le moyen de se relever malgré plusieurs essais. Tant et si bien qu'on commence à regarder les banquettes caquistes pour mettre le doigt sur le premier député qui s'offrira au PLQ et jettera la première pierre à son chef.

Peut-être que le PQ ne compte que sur une faible majorité en allant ravir aux caquistes les comtés qu'ils ont perdus au dernier scrutin (Montarville, La Prairie, Drummond-Bois-Francs, Saint-Jérôme, etc.) Mais c'est très risqué de voir ce vote basculer vers les rouges au lieu de les attraper au vol. Attention aux mauvais calculs!

Des circonscriptions en danger?

Pendant ce temps, le PQ considère peut-être, à tort, certaines circonscriptions comme étant acquises. Prenons les circonscriptions de Sherbrooke et de Saint-François qui appartiennent respectivement à Serge Cardin (est-il encore en vie?!) et Réjean Hébert. Deux circonscriptions aux habitudes libérales qui ont donné un mandat aux péquistes au dernier scrutin, mais qui peuvent rapidement se tourner à nouveau vers les rouges, au prochain scrutin.

N'oublions pas les circonscriptions de Bonaventure et de Gaspé qui sont passées du rouge au bleu au dernier scrutin, mais qui auraient très bien pu demeurer dans le camp libéral. Le vote régional en faveur de la charte des valeurs rend cependant ces circonscriptions plus à l'abri que les deux circonscriptions à forte concentration anglophone de l'Estrie. Sans oublier les deux circonscriptions lavalloises ravies aux libéraux lors du dernier scrutin, soit celle de Laval-des-Rapides (Léo Bureau-Blouin) et celle de Sainte-Rose (Suzanne Proulx) qui sont loin d'être des forteresses. Même les circonscriptions de Terrebonne (Mathieu Traversy), Sanguinet (Alain Therrien) et celle d'Argenteuil (Roland Richer) peuvent passer au rouge ou au multicolore très rapidement. Bref, rien n'est acquis pour le Parti québécois. Et un départ hâtif en campagne électorale, alors que le début de mandat en a fatigué plus d'un, n'est probablement pas une bonne idée.

Conclusion

Un budget, c'est toujours un bon moment pour être inspirant et faire tomber les masques de l'opposition. Voyons voir s'il existe encore un fond rassembleur progressiste en ce Parti québécois jusqu'à maintenant péjorativement méconnaissable pour une bonne strate de la population. Sans quoi, le Parti québécois pourrait laisser le champ libre à M. Couillard sans le vouloir.

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