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«Moi, si j'étais Aussant»...

16/08/2013 12:37 EDT | Actualisé 15/10/2013 05:12 EDT

«Moi, si j'étais Aussant»...

C'est un début d'une phrase qu'un collègue de travail n'a malheureusement pas eu le temps de finir. J'ai éclaté de rire. Franchement, ce qu'il ne faut pas entendre.

Quoique, des sottises, on en lit et entend beaucoup depuis que Jean-Martin Aussant a publié, sur son blogue Urbania, une annonce visant à informer les citoyens de son retour au monde de la finance. Chez MSCI, pour être plus précis. À Londres.

Attendez. Londres comme dans Angleterre? Londres comme dans «capitale monarchique»? Londres comme dans «méchants Anglais»? Ouais, cette Londres-là.

N'en fallait pas plus pour qu'un gargantuesque déferlement de déchireurs de chemises se ruent sur les médias sociaux afin de souligner à quel point la vie est injuste que M. Aussant est un vulgaire traître. Oui, même si dans son blogue, il a clairement indiqué que ses services n'avaient pas été retenus par une firme québécoise. De quelque nature que ce soit.

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Jean-Martin Aussant quitte pour Londres


Même s'il a réitéré son amour pour le Québec dans son blogue. Même si lui, contrairement à la plupart des politiciens, a au moins l'honneur d'informer les citoyens de ce que la vie lui réserve maintenant au lieu de se contenter de la technique «take the money and run» et tout faire pour que personne ne sache où ils sont rendus. Je ne vise personne en disant ça; ce n'est pas mon genre de nommer Nathalie Normandeau en public.

Ceci étant dit, le Québec a levé le nez sur un de ses plus brillants financiers. Comme quoi, trop souvent, le Québec est son propre ennemi. Plate de même.

«Moi, si j'étais Aussant», donc...

Je sais pas pour vous, mais je n'oserais jamais questionner les décisions privées d'un individu. Que ce soit un politicien ou pas. C'est sa vie privée, il fait ce qu'il veut. Pis à part ça, voulez-vous bien me dire ce qu'il y a de mal à travailler à Londres?

Soyons sérieux: on en est encore rendus là? On en est encore à se méfier des méchants Anglais d'un oeil dubitatif? Sérieusement? À moins que ce ne soit MSCI, le problème? Vous savez que MSCI est une entité publique au Royaume-Uni qui n'a rien à voir avec Morgan & Stanley, pas vrai? Bien sûr.

J'ai même vu - tenez-vous bien - quelqu'un me sortir la théorie du complot. Le mec part de MSCI, se joint au PQ, claque la porte, fonde son parti, "divise le vote" (soupir) puis part après avoir démissionné. «C'est louche», m'a-t-on dit les bras croisés en mordant la lèvre inférieure.

Sans commentaire.

Tout compte fait, M. Aussant ne fait que retourner dans son domaine, là où on lui offre du boulot. A-t-il lâché le morceau trop rapidement concernant Option nationale? C'est une autre discussion. Mais une famille, ça ne peut se construire deux fois. Et vous savez quoi? De mon côté, j'admire l'audace qu'il a eu de dire «non, désolé» à ses militants et «oui» à sa famille. Dans le monde de fou dans lequel on vit actuellement, c'est pratiquement devenu ça, le vrai courage: emmerder le boulot pour se consacrer à sa famille. Je sais, c'est déprimant, mais c'est ça.

Oh!, je vous vois venir. «Mais aura-t-il plus de temps en tant que financer pour sa famille»? Quiconque a passé deux jours avec un ou une député(e), de quelque formation politique que ce soit, connaît la réponse à cette question.

Donc M. Aussant retourne au monde de la finance. Très bien. Je suis cependant étonné de voir certain(e)s de ses militants - qui se vantaient d'avoir un économiste comme chef il n'y a pas si longtemps - pourfendre sa décision de retourner exactement là où il était avant d'être politicien. Y'a quelque chose qui ne colle pas, mais bon. On n'est pas à une contradiction partisane près dans le merveilleux monde de la politique québécoise.

Ceci dit, en deux ans, M. Aussant a réussi quelque chose que personne ne croyait imaginable: il a rempli des salles d'universitaires, il a réintéressé les jeunes à la politique à sa façon, il a remis le mot «indépendance» sur la table, il a brassé le pommier des institutions démocratiques, il a fait sourire M. Parizeau plus d'une fois, il a réuni plus de 8000 personnes à sa cause et il a rappelé aux Québécois(e)s quelque chose qu'on n'avait pas entendu depuis longtemps: nous sommes un Grand peuple. Et si on s'aimait assez pour se dire «oui», juste une fois, tout serait possible. Il a fait ça, en deux ans, avec des jumeaux dans les bras.

Pas pire, vous pensez pas?

Bon vent, JMA. Prends soin de toi.

Et à bientôt.

Quoi que...«Moi, si j'étais Aussant»...

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