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<em>Soumission</em> de Houellebecq: lucidité et actualité

11/02/2015 11:50 EST | Actualisé 13/04/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

On a beaucoup parlé du dernier roman de Houellebecq, Soumission, dans les dernières semaines. Sans surprise, certains bien-pensants y ont vu une montée de l'islamophobie. D'autres, moins hystériques, y ont décelé une entreprise de sauvegarde des grands principes républicains. Des journalistes ont aussi parlé d'une oeuvre complète, assumée et fidèle au talent de l'auteur. Des critiques littéraires ont enfin souligné la vocation grand public du livre dans un esprit un peu hautain.

Chose certaine, Soumission est une œuvre empreinte d'une extraordinaire lucidité et dotée d'une véritable dimension prophétique. Houellebecq dépeint une société française désabusée, fatiguée d'elle-même et traduit le suicide européen qui se dessine. La prise de contrôle de l'État français par une mouvance musulmane est moins une attaque extérieure que le signe d'une abnégation bien occidentale.

Déracinement et quête de sens

Le roman prend son envol dans une société cynique à l'image de son personnage principal. La France manque de dynamisme. L'hexagone s'essouffle tandis qu'on assiste à la montée des extrêmes politiques par un effet miroir. La vie n'a de sens que dans la mesure où on la baise, la bouffe et la boit. La vie est une fille plutôt moche que l'on maquille au quotidien afin de l'embellir. Mais en vain.

Autrement dit, la France vit une crise spirituelle comme de nombreuses autres sociétés occidentales. Épuisée sur le plan de la laïcité, mais plus largement sur celui des valeurs, la France ne parvient plus à faire de la population une entité unie. Les Français se cherchent. La France est un grand musée où l'on veut s'émanciper du poids du progrès.

C'est dans ce climat que Houellebecq fait évoluer une France inspirée par la recherche d'une authenticité qui s'accompagne paradoxalement d'un politiquement correct aseptisé. Une bonne partie de la classe politique adopte donc une approche xénophile visant à atténuer les effets du désenchantement du monde et à sortir de l'ennui profond dans lequel est plongé le pays.

Le génie de Houellebecq est précisément d'adopter un style nuancé nous permettant de saisir la subtilité, mais surtout l'absurdité du discours politique ambiant. Bref, l'ouvrage est réaliste et c'est pourquoi il est aussi percutant.

Suicide européen

À travers les dialogues, l'ambiance générale et le goût prononcé du personnage principal pour la décadence, c'est le suicide européen qui est annoncé. C'est la fin des rêves prométhéens qui est personnifiée. La France vit une crise existentielle qui ne pardonnera pas. Saturation : voilà le mot.

Les travaux des plus grands intellectuels montrent bien qu'une mutation est en cours et qu'il est évident que l'Occident ne parviendra pas à rayonner plus longtemps sous sa forme actuelle. Islam, économie chinoise, orientalisation des moeurs, équilibre des puissances : quel sera le facteur le plus déterminant dans cette affaire ?

Sans la réapparition d'une énergie créatrice, force est d'admettre que notre civilisation ne sera pas en mesure de se perpétuer, et c'est ce qu'exprime Michel Houellebecq dans cet ouvrage phare. Une économie forte ne sera pas éternellement garante de notre survie.

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