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L'essoufflement souverainiste

25/11/2014 09:01 EST | Actualisé 25/01/2015 05:12 EST

Dans son récent livre Les nouveaux bien-pensants, le sociologue Michel Maffesoli analyse le grand décalage existant entre une bonne partie des élites françaises et la population de son pays. Selon lui, il ne fait aucun doute que politiciens, journalistes et autres propagateurs de «l'opinion publiée» ne comprennent pas le nouvel imaginaire populaire.

Au lieu de prendre acte de cette nouvelle sensibilité de l'imaginaire, plusieurs intellectuels recycleraient ainsi perpétuellement des projets politiques dont l'essoufflement se fait ressentir. Un peu partout, le conformisme idéologique étoufferait en vain la naissance d'un nouveau paradigme. Autrement dit, les élites vivraient dans un monde parallèle.

Bien que je ne partage pas la méfiance de Maffesoli envers l'héritage des Lumières, j'estime que la lecture de ce livre aiderait grandement le mouvement souverainiste à se renouveler. Car actuellement, il fait du surplace. Pire, il recule.

Le pont Champlain

L'histoire peut paraitre anodine : un gouvernement fédéral entend changer le nom du futur Pont Champlain - nommé ainsi en l'honneur du fondateur de Québec, Samuel de Champlain. Le ministre conservateur, Denis Lebel, propose de rebaptiser la structure en l'honneur du célèbre hockeyeur, Maurice Richard. À première vue, le nom de Maurice - à la fois symbole de l'émancipation nationale et légende du sport - semble une bonne idée.

Mais la réaction est aussi immédiate que prévisible : les gardiens de la conscience historique s'insurgent contre un projet visant à «anéantir l'identité québécoise». Le peuple, lui, regarde le spectacle d'un air ébahi. Ce n'est pas parce qu'il roule sur l'autoroute Henri-IV pour se rendre au travail qu'il joue au scrabble en rentrant chez lui et boit du Saint-Estèphe pour honorer ses ancêtres.

Finalement, le gouvernement recule. Par mimétisme, nos élus sont unanimes : il n'est pas question de changer le nom de ce fameux pont. Pendant ce temps, le peuple travaille, butine, se divertit. La superficialité de certains milieux lui fait perdre le goût de l'intérêt public. Le mépris de la culture populaire engendre le cynisme et l'indifférence.

La «pertinence du Bloc»

Quelques semaines plus tard, vient alors le tour de Pierre Karl Péladeau de faire une déclaration qui aurait pu lui fournir bien des appuis dans la population si elle avait été maintenue. Dans un premier temps, PKP soulignait spontanément qu'en 2014, le Bloc ne serait peut-être plus très efficace pour promouvoir les intérêts du Québec. Il faudra avouer que la question se pose. Surtout chez ceux et celles qui ne souhaitent surtout pas que soit portée au pouvoir la formation de Justin Trudeau.

Mais sans surprise, faux coup de théâtre : PKP recule. L'ancien premier ministre, Bernard Landry, lui aurait passé un coup de fil pour le convaincre de la «pertinence du Bloc». La journée suivante, PKP rectifie le tir. L'Église a parlé. Le Bloc est une «nécessité» pour l'avenir du Québec. En douter serait s'exposer à l'excommunication.

Objections

Il serait évidemment très facile de tourner en dérision ces deux anecdotes. On pourrait toujours prétendre que d'être attentif à la sensibilité populaire équivaudrait à sombrer dans le plus abject des populismes. Qu'on ne bâtit pas un pays en le privant de ses racines historiques.

Mais ce serait caricaturer mon propos : je ne propose pas de faire du Québec un grand Colisée à ciel ouvert où l'on servirait à quiconque du pain et des jeux, voire des hot-dogs et des combats extrêmes. Ce que je constate avec Michel Maffesoli, c'est qu'existe un grand déphasage entre les élites et la population en général. Et ce déphasage est néfaste.

Pour y remédier, le mouvement souverainiste doit laisser le peuple lui parler d'amour. Faut-il encore le rappeler ? Le mouvement nationaliste ne peut défendre les intérêts du Québec sans l'appui de la population.

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