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Le mythe du racisme

07/11/2013 11:49 EST | Actualisé 07/01/2014 05:12 EST

On apprenait cette semaine que le Conseil musulman de Montréal (CCM) et le Collectif québécois contre l'islamophobie (CQCI) dénonçaient conjointement ce qu'ils considèrent comme une «montée du sentiment anti-islamique au Québec». Le porte-parole du CQCI, Adil Charkaoui, faisait état d'une situation jugée alarmante.

Alimenté « dangereusement » par le débat entourant la Charte des valeurs québécoises, le «racisme» serait donc de plus en plus présent en territoire québécois. Des hommes et des femmes seraient quotidiennement insultés dans la rue en raison de leur appartenance à la communauté musulmane, et c'est pourquoi il faudrait renoncer à notre entreprise légitime de laïcisation de nos institutions.

Il est un peu trop évident que ces organisations ne font que récupérer la rhétorique de l'islamophobie déjà un peu trop populaire en Europe. Cette rhétorique qui en bref, consiste à faire gratuitement l'amalgame entre race et religion, autrement dit entre ethnicité et théologie. C'est un thème que j'ai abordé dans un livre qui sortira sous peu, c'est pourquoi je me permets ici d'en décliner les principales caractéristiques.

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L'utilisation du concept «d'islamophobie» est liée à une volonté de réduction de la liberté d'expression face à l'islam. Son utilisation renvoie à l'usage d'un politiquement correct qui empêche parfois certains de nos compatriotes de s'exprimer librement au sujet des religions étrangères, du multiculturalisme et de l'immigration.

La logique consiste toujours à associer la méfiance vis-à-vis de l'idéologie islamique à une intention génocidaire. Dans le but de censurer les propos «blasphématoires» des libres-penseurs, des anticléricaux, mais aussi parfois de certains hurluberlus, on fait valoir «l'intolérance» que véhiculerait une critique le plus souvent saine et raisonnée de la religion musulmane.

En France, l'essayiste Pascal Bruckner a déjà averti le public concernant la fraude intellectuelle dont se rendent coupables les utilisateurs récidivistes du concept « d'islamophobie ». En 2010, il publiait un texte dans le quotidien Libération dans lequel il affirmait que le terme «islamophobie» était non seulement destiné à nier la réalité d'une offensive islamiste en Europe, mais aussi à museler les musulmans apostasiés qui remettent en cause l'autorité du Coran ou qui prônent ouvertement l'égalité des sexes.

En fait, l'islam est un système de croyances, non pas une race. Il s'agit d'une religion universaliste, c'est-à-dire une religion qui s'adresse théoriquement à tous les Humains. Nul besoin d'être très informé pour constater qu'il existe des musulmans noirs, asiatiques, blancs et «basanés». Ce n'est pas nouveau : la religion du prophète s'étend du Maroc jusqu'à l'Indonésie. L'islam est multicolore, il n'est donc pas forcément transmis par le sang.

À l'exception du judaïsme et de l'hindouisme, l'origine ethnique n'a souvent rien à voir avec les croyances individuelles des individus. Dans certains cas, l'idéologie est devenue si similaire à la religion, du moins en ce qui concerne son importance, qu'il serait erroné de parler de «discrimination» uniquement lorsqu'il s'agit de méfiance vis-à-vis de croyances religieuses. Je vois très mal en quoi quelqu'un peut être qualifié de «raciste» quand il s'oppose à la propagation de certaines croyances religieuses, alors qu'il peut (heureusement) attaquer les croyances politiques d'un autre individu sans être dérangé. L'égalité des convictions impose un même traitement.

Personnellement, je n'ai entendu récemment ni catholiques se plaindre de «catholicophobie», ni protestants de «protestophobie». Dans les derniers jours, je n'ai encore moins entendu de socialistes se plaindre de «socialistophobie». On peut autant se méfier du Tea Party aux États-Unis que du Congrès islamique canadien. Quelle est vraiment la différence, dans la mesure où chacun des deux groupes essaie d'influencer la sphère politique ?

Je suis tout à fait conscient que certains ignorants ne font pas la différence entre un «Arabe» et un «musulman», et c'est pourquoi il peut parfois paraitre normal d'évoquer un cas de «racisme». Mais je me demande de quel droit certains chroniqueurs stigmatisent les partisans de la Charte en évoquant certains faits divers qui sont déplorables et surtout aucunement représentatifs des critiques adressées à l'islam. Heureusement que le mouvement souverainiste n'a pas abandonné son grand projet la première fois que des journalistes du Canada anglais l'ont qualifié de xénophobe, de raciste et d'intolérant.

Brandir le spectre de l'intolérance, au beau milieu d'un Québec qui n'a jamais eu la moindre aversion pour le métissage, ne fait qu'entretenir une culture de la victimisation qui devrait être dénoncée. Il est totalement contreproductif d'alimenter un ressentiment envers une population québécoise qui ne souhaite que les nouveaux arrivants intègrent ses valeurs.

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