Jérôme Blanchet-Gravel

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Le grand zoo multiculturel

Publication: 05/10/2013 09:48

Il existe aujourd'hui un véritable courant féministe opposé à l'existentialisme. Vous savez, cette philosophie toute simple, humaniste, qui prétend que l'Homme est maître de son destin. Cette philosophie qui proposait d'affranchir l'Humanité des déterminismes. Aux femmes, l'existentialisme disait qu'elles n'étaient plus forcées d'obéir à une logique antique faisant d'elles des sujets programmés d'avance.

Les «néoféministes» sont celles qui se sont récemment positionnées en faveur du port du voile islamique pour les femmes au service de l'État québécois. Ce sont donc celles qui, le plus souvent à gauche, dénoncent la proposition du gouvernement Marois d'une Charte de la laïcité. Ce sont celles qui, sous le couvert du politiquement correct, revendiquent pour les femmes le droit de vivre dans le passé.

Des déchirements entre féministes et néoféministes ont eu lieu récemment. Mécontent(e)s du virage à droite de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) - à droite parce que mettant l'accent sur une logique essentiellement individualiste - d'autres féministes formeront leur propre regroupement, celui appelé «Pour les Droits des Femmes» (PDF).

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Il apparaît donc évident que ce récent schisme féministe est symptomatique d'une crise profonde au sein de la gauche québécoise. En fait: c'est que tout un mouvement de gauche, voire aussi libéral, s'oriente de plus en plus inconsciemment vers un conservatisme à sens unique (voir mon dernier blogue) dont les conséquences seront moralement désastreuses s'il parvenait à s'imposer durablement dans notre société.

La nouvelle gauche considère désormais certaines cultures comme le prolongement de la nature, comme l'expression tangible d'une résistance face à «l'artificialisation» du monde, face à son uniformisation produite par la projection massive de l'américanisme. C'est pourquoi elle aspire à protéger les communautés culturelles de toute ingérence de la modernité. L'immigrant doit rester bio, il ne doit pas être «contaminé» par les «pesticides idéologiques» de l'Occident capitaliste.

Dans cette perspective, la personne de couleur redonne un peu d'espoir à notre triste vie postmoderne de fossoyeurs de richesses culturelles. Le libéralisme économique, destructeur par excellence de la diversité mondiale et rejeton de la civilisation coupable - la nôtre évidemment - éradique partout ce qu'il reste encore du patrimoine de l'Humanité. Des «Mc Do» sont construits dans les endroits les plus reculés. Notre machinerie lourde fait disparaître des écosystèmes, empêchant cruellement les Indiens d'Amazonie de se nourrir.

Notre universalisme abstrait et laïque, hérité de la Révolution française, fait ainsi des communautés immigrantes des «espèces en voie d'extinction». Ces dernières disposent d'une authenticité indispensable à la création imminente de notre grand zoo planétaire, authenticité que nous, les Blancs, avons perdue depuis longtemps. Il faut reconstituer une nouvelle arche de Noé.

Autrement dit, la nouvelle gauche, dont l'un des avatars est le néoféminisme, s'inscrit dans une conception écologiste du monde. Si celle-ci répond à une récente fascination pour les cultures étrangères ainsi qu'à une culpabilité due au passé colonialiste de l'Occident, elle répond surtout à une stricte volonté de préservation. La conservation - voire le conservatisme - des cultures étrangères correspond à un certain degré d'acceptation des déterminismes culturels. Le multiculturalisme devient par extension le modèle à suivre en matière «d'écologisme humanitaire». L'idéologie multiculturaliste tend à parquer dans des réserves fauniques des êtres humains qu'on refuse de voir adopter le mode de vie occidental jugé nuisible pour l'environnement.

J'en reviens à l'existentialisme : vous l'aurez sans doute compris, c'est que le féminisme à la sauce islamo-gauchiste est antihumaniste, il est l'antithèse de la philosophie posée par Sartre. Le néoféminisme s'oppose au fait de penser la liberté d'abord et avant tout comme l'effet du pouvoir de l'Homme sur sa propre vie. Quand des «féministes conçoivent le voile comme le prolongement légitime d'un enracinement identitaire qu'il ne faudrait surtout pas saboter pour préserver «l'ordre naturel» de la femme musulmane, je pense surtout à la montée d'une nouvelle droite. Une gauche qui ne pense plus l'humain comme une entité capable de faire fi du poids des traditions n'est plus une gauche. C'est de toute évidence une étrange droite conservatrice qui enferme la liberté humaine dans des cellules ethniques, culturelles ou biologiques.

Mais le voile islamique n'est pas seulement un joli accessoire vestimentaire exotique qui ne pourrait que pimenter notre vie fade et hivernale de mangeurs de poutine. Et le Blanc n'est plus le prédateur, le grand méchant loup. Le Québécois ne joue pas au braconnier. Il espère seulement que les êtres humains qui ont immigré chez lui pourront partager ses valeurs.

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