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Laurence et la société xénophile

25/01/2015 09:11 EST | Actualisé 27/03/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Il est de bon ton par les temps qui courent de condamner le racisme, l'exclusion sociale, la xénophobie et «l'islamophobie». Le refrain est tellement connu qu'il nous reste en tête. L'Occident serait toujours le représentant par excellence du rejet de l'Autre. Hypocrites, les sociétés occidentales couvriraient dorénavant leur haine de la différence sous les étendards de la laïcité et de la critique des religions.

Bien que manifestement stéréotypée et sujette au recyclage perpétuel, cette opinion contient une petite part de vérité. Je dis bien une petite part. Les sociétés occidentales n'ont pas complètement évacué la xénophobie de leur for intérieur. Mais comme toutes les autres, ces dernières ont beaucoup évolué, et de refuser de voir ce qui est pourtant évident relève de l'acharnement et du dogmatisme.

Laurence a 20 ans

Laurence a 20 ans. Elle voyage, ne lit pas vraiment, mais voyage. Vous voyez, elle aime dire qu'elle fait dans «l'humanitaire». Laurence a une conscience sociale car elle recycle les boîtes d'emballage de ses nombreux gadgets électroniques. Laurence sait donc de quoi elle parle lorsqu'elle démonise avec audace le capitalisme et toute la pollution qui en découle.

Laurence aime les cultures car c'est une citoyenne du monde. Oh oui, une vraie. Son Facebook est parsemé de photos colorées la montrant en Inde, en Afrique, à dos de chameau dans le désert. Laurence est de ceux et celles qui ont voyagé en Thaïlande avant de mettre le pied à Paris.

Pourquoi l'Europe, ce vieux musée poussiéreux, pense-t-elle? Pourquoi explorer sa propre civilisation quand il y a tant à voir dans le reste du monde? Pourquoi faire d'insipides hôtels quand on peut expérimenter la vie authentique, quand on peut dormir dans des tentes et renouer avec cette antique condition humaine ?

Laurence adore la nourriture asiatique et mange peu de viande car, dit-elle, la nourriture occidentale est trop «grasse» et surtout, trop «artificielle». Le vendredi soir, elle mange dans un restaurant végétarien en refaisant le monde avec ses copines. Mademoiselle m'expliquait dernièrement que la transformation de la nourriture pouvait nous rendre malades et que l'industrie alimentaire ne respectait pas les animaux. Laurence condamne vigoureusement l'artificialisation du monde; un pur produit de la civilisation occidentale.

Laurence utilise des produits de beauté «naturels» pour faire briller ses grands yeux verts. Laurence écoute de la musique aussi. Mais pas n'importe laquelle. La musique qui la fait vibrer et lui donne envie de s'échapper de son quotidien nord-américain qui la force à poursuivre des études pour trouver un travail ennuyant. Laurence rêve des parfums exotiques du tiers-monde en faisant son jogging dans le quartier Montcalm.

Laurence fait du yoga, croit en la réincarnation, bref à la transmigration des âmes. Elle ne le réalise peut-être pas, mais elle convoite les vestiges spirituels de l'Orient. Notre société est en quête de sens. La modernité a produit un déracinement qui nous pousse à l'exaltation de cette véritable xénophilie.

Ceux qui ne veulent pas voir ne verront jamais ce qui se trame vraiment dans notre société. Ils peuvent bien continuer de crier au racisme, à l'exclusion, aux diverses phobies. Ils peuvent bien continuer de vivre dans un monde parallèle. Mais nous, nous voyons.

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